La libra sera «made in Switzerland»

La Suisse aura le privilège d’encadrer la libra. L’autorité des marchés financiers, la Finma, surveillera la future cryptomonnaie d’un consortium emmené par Facebook pour ce qui concerne les aspects financiers. La gestion des données personnelles des utilisateurs devrait être supervisée par le préposé fédéral à la protection des données. C’est ce que le Suisse David Marcus, qui dirige le projet Libra au sein de Facebook, s’apprête à déclarer à des commissions parlementaires américaines. Ses propos ont été publiés par la Commission bancaire du Sénat lundi soir, à la veille de son audition.

Apaisement et précisions. La libra ne sera pas lancée tant que les questions sur sa surveillance n’auront pas été réglées, assure en substance David Marcus dans sa prise de position de 7 pages, mise en ligne lundi soir. Pour apaiser des parlementaires qui avaient demandé début juillet la suspension du projet Libra, son responsable affirme que «l’association Libra n’a aucune intention de faire concurrence à des monnaies ni de mener une politique monétaire, qui est le monopole des banques centrales». Cette association gérera depuis Genève le stock de monnaies traditionnelles qui constituera le pendant des libras émises durant le premier semestre 2020, selon le calendrier prévu.

Deux questions cruciales

Sous quelle surveillance? C’est là-dessus que portent les principales précisions apportées par David Marcus, qui a rejoint Facebook après avoir été président du spécialiste du paiement en ligne PayPal. Il est possible que l’association genevoise doive obtenir une licence bancaire. David Marcus n’est pas allé si loin dans les détails, mentionnant seulement que les discussions préliminaires avec la Finma portent sur «un cadre réglementaire approprié» en Suisse.

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Aux Etats-Unis, l’association prévoit de s’enregistrer en tant que prestataire de services financiers auprès de l’entité qui lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, le Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN), une division du Département du Trésor américain. En conséquence, l’association et ses membres devront respecter la loi sur le blanchiment et les règles sur le secret bancaire.

David Marcus aborde également les questions liées à la protection des données, un domaine sur lequel le projet de cryptomonnaie a été largement attaqué. Pour deux raisons: d’une part, le passif de Facebook en la matière, qui s’est révélé incapable de protéger les données de ses utilisateurs, et, d’autre part, le risque que les données financières des utilisateurs de la libra soient vendues à des commerçants, permettant un ciblage beaucoup plus précis de la publicité.

Pas de partage des données

En réponse à ces craintes, David Marcus précise que l’association Libra ne détiendra que des informations de base sur les transactions et les données personnelles qui devront être fournies pour utiliser Calibra, le futur porte-monnaie électronique que Facebook développe. Surtout, l’entrepreneur assure que ces données ne seront en aucun cas partagées avec le réseau social ni utilisées pour de la publicité ciblée.

L’objectif final de David Marcus, qui doit aussi s’exprimer mercredi devant une commission de la Chambre des représentants, est que la cryptomonnaie sur laquelle il travaille voie le jour. Misant au passage sur la fibre patriotique pour qu’il ne soit pas interdit par les autorités. «Je suis fier que Facebook ait lancé ce projet aux Etats-Unis. Je crois que si l’Amérique n’est pas un leader de l’innovation dans les monnaies et les paiements numériques, d’autres le seront. Alors nous pourrions bientôt voir une monnaie numérique contrôlée par d’autres dont les valeurs sont totalement différentes.»

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