La hausse des taux de la BNS apparaît toujours plus lointaine

Il faudra encore patienter. Jusqu’au début de 2020, selon UBS. Peut-être même jusqu’au prochain cycle économique, selon Morgan Stanley. Les deux banques viennent de revoir leurs pronostics quant à la première hausse des taux d’intérêt de la Banque nationale suisse (BNS) depuis la crise financière. Lors de sa dernière décision de politique monétaire, en décembre, la BNS a maintenu son taux entre -1,25% et -0,25%. La prochaine réunion aura lieu en mars.

Les deux établissements ont repoussé cette échéance en raison de la Banque centrale européenne (BCE) qui devrait également temporiser avant de donner un tour de vis. Elle ne montre «aucun empressement à relever ses taux et devrait continuer à réinvestir les actifs arrivant à échéance de son programme d’assouplissement quantitatif», estiment les analystes de Morgan Stanley, dans une note publiée mardi. Ils prévoient une première action à la mi-2020 seulement et de façon limitée (+0,15%).

L’Europe faiblit

La raison de ce nouveau délai? Une économie européenne qui faiblit. La Commission européenne vient d’ailleurs de réduire sa prévision de croissance pour la zone euro, qui devrait atteindre 1,3% en 2019, contre 1,9% prévu en automne dernier. L’Allemagne et l’Italie représentent les deux pays dont l’économie devrait le plus freiner cette année.

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Or, tant que la BCE temporise, la BNS a en quelque sorte les mains liées si elle veut éviter que les pressions sur le franc ne s’accentuent. «Un pilier de la stratégie de politique monétaire de la BNS réside dans le maintien d’un différentiel de taux d’intérêt stable entre la Suisse et la zone euro», rappelaient les économistes d’UBS la semaine dernière. En outre, ce qui affecte l’Europe – et surtout l’Allemagne – touchant la Suisse, sa conjoncture et particulièrement son secteur d’exportation pourraient pâtir du ralentissement de la zone euro. UBS a d’ailleurs révisé sa prévision de croissance pour le pays de 2% à 1,5% pour cette année.

Si ces derniers éléments plaident pour un attentisme de la BNS, cette dernière doit aussi faire face aux pressions croissantes contre des taux négatifs qui perdurent, poursuivent les experts d’UBS. «Après quatre ans de taux négatifs, les effets collatéraux sur le secteur financier et sur les fonds de pension deviennent de plus en plus visibles, renforçant la résistance face à la politique monétaire actuelle», ajoutent-ils.

Attendre la BCE ou la précéder?

De là à précéder la BCE, UBS n’y croit guère. En revanche, elle estime que la BNS agira dès que son homologue le fera, c’est-à-dire au premier trimestre 2020. Elle pourra ramener les taux à zéro à la fin de cette même année et retourner en terrain positif dès 2021.

Morgan Stanley, elle, est plus prudente. Elle affirme que la BNS attendra plusieurs mois après la première hausse de la BCE, voire qu’elle ne bougera peut-être même pas du tout pendant ce cycle, c’est-à-dire pas avant que la croissance ne diminue plus puis se reprenne, ce qui pourrait prendre des années. Outre le ralentissement européen, elle se base sur des déclarations «accommodantes» de l’institution ces dernières semaines qui se sont multipliées. Son président, Thomas Jordan, déclarait d’ailleurs quelques jours après la réunion de décembre à la SRF qu’il était encore «trop tôt» pour relever le loyer de l’argent.

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