La guerre commerciale n’effraie plus les marchés

Va-t-on vers la désescalade dans la guerre commerciale entre les deux plus grandes puissances mondiales? La question peut paraître saugrenue dans la mesure où les Etats-Unis ont étendu mardi le droit de douane punitif de 10% sur 200 milliards de dollars de biens importés de Chine et où Pékin a répliqué en visant 60 milliards de dollars de marchandises américaines.

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Mais voilà, alors que de telles annonces suffisaient il y a peu pour provoquer la tempête sur les marchés, ceux-ci sont restés stoïques ces deux derniers jours. Les bourses asiatiques ont même terminé la séance de mercredi en hausse. Les places financières européennes ont aussi clôturé au vert. Aux Etats-Unis, elles étaient orientées positivement mercredi.

John Indelicate, gérant pour Syz Asset Management sur le marché américain, a déjà intégré la désescalade comme un fait acquis. Pour preuve, il se montre totalement positif sur les actions américaines. «La guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis sera résolue, déclare l’investisseur américain au Temps. Lorsque le président Trump a remis en cause l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena) entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada, nous pensions que des changements majeurs interviendraient. En fin de compte, les modifications seront mineures.»

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Pression maximale sur la Chine

«En ce qui concerne la Chine, c’est un peu différent, et les négociations seront plus longues. Mais en fin de compte, Washington obtiendra gain de cause, sans pour autant que la Chine en sorte comme la grande perdante.» John Indelicate se réfère aux tactiques de «deal making» du président américain. «Il mettra la Chine sous une pression maximale d’ici à l’élection de mi-mandat et la négociation arrivera ensuite», dédramatise-t-il.

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Ce même sentiment laissant entrevoir le début de la fin de la guerre commerciale a aussi filtré lors d’une table ronde organisée mercredi à l’Institut de hautes études internationales et de développement à Genève. En vedette, Zhou Xiaochuan, qui vient de quitter ses fonctions de président de la banque centrale de Chine.

En poste durant quinze ans, il a mis en place la politique monétaire, notamment la politique de crédit à bas prix aux entreprises, aux propriétaires immobiliers et aux consommateurs chinois. Respecté à Pékin, l’homme du sérail a affirmé que son pays était prêt à passer à la table des négociations et, in fine, satisfaire les revendications avancées non seulement par les Etats-Unis, mais aussi par l’Union européenne.

Forte résistance

Primo, la Chine admet l’idée d’une Organisation mondiale du commerce (OMC) réformée. Après une forte résistance, Pékin affirme même que des changements renforceraient l’efficacité de l’organisation ainsi que le multilatéralisme.

Secondo, Pékin serait prêt à éliminer des subsides accordés à ses secteurs économiques. Zhou Xiaochuan a tenu à rappeler que le pays alloue seulement 0,6% de son produit intérieur brut (PIB) par année au soutien des infrastructures publiques. «Nous sommes partants pour changer les règles, a-t-il déclaré. Dans le passé, des excès ont été commis, mais nous nous améliorons.»

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Tertio, les entreprises publiques qui sont accusées de concurrence déloyale à l’étranger, seront privatisées, selon l’homme de Pékin. Il a expliqué que, dans les années 1990, les conditions économiques de la Chine étaient différentes et qu’à cette époque, l’existence des entreprises d’Etat était justifiée. Sous le même chapitre, Zhou Xiaochuan a fait comprendre que les banques allaient mettre fin à leur pratique d’accorder des prêts aux entreprises à des taux d’intérêt très bas. «Cela constitue bel et bien des subventions déguisées», a-t-il dit, tout en ajoutant que cette politique de soutien avait permis à l’économie chinoise de résister à la crise financière qui avait balayé l’Asie en 1997.

Economie chinoise en difficulté

Enfin, Zhou Xiaochuan a abordé le sujet de la propriété intellectuelle, un point de conflit majeur entre la Chine et les pays industrialisés. «Dans les années 1980, nous avions lancé la politique de transfert de technologie obligatoire contre un accès au marché chinois, a-t-il raconté. Cette politique est désuète et nous sommes en train de la changer.»

Capitulation? Une chose est certaine. L’économie chinoise est écornée par la guerre commerciale et serait contrainte de se plier aux exigences américaines. Lors d’un discours mercredi dans le cadre du Forum économique de Chine, le premier ministre, Li Keqiang, a reconnu que, «face à la tempête commerciale, l’économie connaît des difficultés pour maintenir une croissance stable».

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