La France redoute une vague de plans sociaux

Les Français scrutent avec inquiétude la courbe des contaminations au coronavirus, qui ne cesse de grimper. Un autre indicateur pourrait virer au rouge, celui de la santé économique de l’Hexagone. Alors que le conseil scientifique appelle à durcir les mesures sanitaires, le premier ministre, Jean Castex, a organisé lundi une rencontre avec les syndicats et les représentants du patronat. «Le dialogue social représente le meilleur antidote à la crise», soutient le chef du gouvernement.

La réunion visait à présenter les mesures pour faire face aux conséquences économiques de l’épidémie. Du côté des employeurs, l’inquiétude grandit. «Si on revient au confinement de mars, on va vers un écroulement de l’économie française», prévient Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef. Un scénario que souhaitent à tout prix éviter les autorités, qui soulignent le bon respect du protocole sanitaire en milieu professionnel et continuent d’encourager l’adoption du télétravail. Une approche qui fait écho aux discussions de la semaine passée entre le conseiller fédéral Guy Parmelin et les partenaires sociaux suisses.

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Moteur de la transformation

Instrument du plan de relance, l’activité partielle de longue durée concerne plus de 200 000 salariés en France. «De nombreuses entreprises ont l’intention d’y recourir à l’avenir», a précisé Thomas Audigé, directeur de cabinet de la ministre du Travail Elisabeth Borne, lors d’une conférence de presse.

Ce filet de sécurité pourra-t-il éviter une vague de plans sociaux? De mars à fin septembre, 65 000 personnes ont perdu ou étaient en passe de perdre leur emploi, soit plus du triple que durant la même période l’année passée, selon un récent rapport de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques. Exemple frappant: Airbus, fleuron de l’industrie française, a annoncé au début de l’été la suppression de près de 15 000 postes, dont 5000 sur le territoire national.

Une tendance qui préoccupe les syndicats. «Sur les dossiers d’annonces des suppressions d’emplois, il y a beaucoup de situations d’aubaine», a dénoncé Yves Verrier, secrétaire général de Force ouvrière, à la sortie de la réunion organisée à Matignon. «C’est toute une partie de l’économie des services qui s’effondre, pointe l’économiste Jean-Paul Betbeze, contacté par Le Temps. Le Covid-19 est un accélérateur de la transformation de l’activité économique. Les modes de consommation changent et le mouvement s’amplifie.»

Augmentation du nombre de faillites

«On s’attend à ce que les dispositifs d’aide permettent d’éviter aux entreprises de licencier en masse mais certaines seront dans l’obligation d’enclencher des plans sociaux pour rétablir leur rentabilité. Il va y avoir une augmentation du nombre de faillites», analyse Bruno Ducoudré, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques.

Le spécialiste a contribué fin juin à une évaluation de l’impact économique de la crise sanitaire, avec un éclairage sur la période de confinement strict. Ces huit semaines d’isolement ont abouti à une contraction du produit intérieur brut de 32%. Premières victimes: les salariés précaires. La nouvelle phase de l’épidémie aggrave la situation: «Si de nouvelles mesures sanitaires voient le jour pendant l’hiver, des emplois pourraient disparaître. Cela concerne d’abord l’intérim et les contrats courts avec une population particulièrement fragile, les jeunes.»

Des jeunes en attente

Une nouvelle génération de diplômés pourrait rapidement atteindre la case chômage. «En période de crise, les personnes qui arrivent sur le marché du travail se trouvent à la fin de la file d’attente. On pourrait observer un allongement du temps d’insertion professionnelle», confirme Bruno Ducoudré.

Pour limiter la casse, le gouvernement français a mis en place le plan «1 jeune, 1 solution», doté d’une enveloppe de 6,5 milliards d’euros, soit près de 7 milliards de francs. Objectif: inciter les entreprises à recruter. «Alors qu’on s’attendait à une chute des recrutements, on assiste à une stabilité des embauches pour les jeunes de moins de 30 ans», a indiqué Thomas Audigé, tout en insistant sur la fragilité de ce premier constat.

Dans cette crise appelée à durer, la prudence est de rigueur. «Nous en avons jusqu’à l’été 2021 au moins», a prévenu le président Emmanuel Macron lors de son entretien télévisé du 14 octobre. «Les mesures de soutien peuvent atténuer le choc à court terme mais elles ne sont pas de nature à inverser la donne, note Bruno Ducoudré. On pourrait notamment observer une augmentation de la pauvreté des jeunes.»

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