La BrexitMania

Depuis l’annonce de la tenue d’un référendum le 23 juin prochain au Royaume-Uni pour déterminer le maintien ou non de l’île dans l’Europe, l’effervescence est à son comble. Qu’elle soit politique, institutionnelle, économique, sociale, financière ou intellectuelle, elle remplace la fermentation de la problématique au cours de ces dernières années.

La question est avant tout politique et amène manifestement aux alliances les plus extrêmes, elle retient pourtant toute l’attention des marchés financiers notamment pour ses conséquences économiques et financières. Et dans ce domaine la confusion s’installe. Les études les plus «sages», adossées de la signature de grands noms académiques ou institutionnels offrent une palette d’impacts des plus colorée. En rouge, selon une étude du Trésor britannique, la perte de croissance potentielle sur 15 ans atteindrait près de 8%. Les entrepreneurs locaux craignent une perte d’emplois de près d’un million. En vert, face à ces études institutionnelles alimentées par le FMI et l’OMC, certains économistes académiques brandissent plutôt l’arme de la croissance, de la compétitivité et du pouvoir d’achat retrouvés.

Sur les marchés financiers, difficile de déterminer le camp adopté par les investisseurs. La livre sterling a perdu de son éclat ces dernières semaines, mais la bourse britannique compte parmi les plus performantes de l’hiver tumultueux. Les marchés obligataires ont à peine intégré une dégradation potentielle de la note de qualité du gouvernement d’Outre-Manche et d’aucuns, prévisionnistes d’un jour, annoncent déjà le tremblement prochain de la zone euro si le Brexit devait être prononcé.

Depuis ce début d’année, les investisseurs nous ont habitués à détourner la raison macroéconomique pour dessiner les contours des horizons financiers les plus extrêmes. La BrexitMania remplace donc la RécessionMania de ce début 2016 et pourra certes accélérer le retour des chaleurs estivales sur les marchés.

Il sera néanmoins difficile pour les économistes de rassurer les esprits par des estimations les plus fondées. L’incidence économique d’un Brexit ne sera pas immédiate, à moins de créer un choc de confiance des acteurs économiques interrompus dans leurs activités respectives. Nonobstant, le déséquilibre de l’économie britannique, apparent dans ses déficits jumeaux (externe et domestique), la rend dépendante de l’attrait de son secteur bancaire et de son marché financier londonien, notamment auprès des investisseurs européens. Outre les déterminants bancaires tels les taux de change et taux d’intérêt, la confiance représente la principale prime de fidélité des investisseurs. Les amalgames ne sont dès lors pas permis.

Ne nous trompons pas de cible! Le Brexit n’est pas le Grexit! Certes, le secteur financier des deux côtés de la Manche est concerné, mais la crise d’identité est britannique et les vents tumultueux ne pousseront pas systématiquement la vague sur les plages des côtes belges et normandes alliées de la devise commune, l’euro.