La branche du tourisme se prépare à vivre une année difficile à cause du coronavirus

Annulé, reporté ou maintenu? La tenue ou non du Salon de l’automobile, prévu dans une semaine à Palexpo, agitait Genève jeudi. Tandis que la pression grandissait sur les réseaux sociaux pour qu’il soit annulé, de la part de simples quidams comme de personnalités publiques, la question était toujours débattue au sein de l’organisation: «Nous réévaluerons la situation demain [vendredi] dans la journée et vous informerons dès que possible», a indiqué une porte-parole au Temps.

L’événement fait sans doute partie du «feu d’artifice d’activités touristiques» promis au début du mois par Suisse Tourisme pour l’année qui venait de démarrer. Sauf qu’au final, l’épidémie de coronavirus pourrait bien lui donner l’effet d’un pétard mouillé. «La joie et la peine sont malheureusement trop étroitement liées», a relevé jeudi devant la presse Martin Nydegger, directeur de l’organe de promotion du tourisme helvétique; il venait d’énumérer les records de l’année écoulée, avec 39,5 millions de nuitées (+1,9%).

«Ombre d’incertitudes»

Un enthousiasme aussitôt douché par la brusque flambée du virus en Europe et la découverte de premiers cas en Suisse, qui «jette une ombre d’incertitudes pour les divers acteurs de la branche», a observé Martin Nydegger. S’il a souligné les difficultés à évaluer les conséquences de l’épidémie pour la branche en l’état, le patron de l’organisation a dévoilé quelques chiffres, portant sur les premiers mois de l’année: «Nous devrions enregistrer moitié moins de visiteurs chinois au premier trimestre par rapport à l’an passé», a-t-il déclaré, chiffrant le manque à gagner à près de 20 millions de francs. Un marché qui a représenté 4,7% des nuitées l’an passé.

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«En ne tenant compte que de l’ensemble de la clientèle asiatique, nous prévoyons une baisse de 10% des nuitées, pour autant que la situation se normalise dans les quatre à huit semaines. Si elle devait perdurer plusieurs mois (entre trois et six), nous tablons sur la perte d’un quart des nuitées. Et nous mettrions près de deux ans à retrouver les niveaux d’avant l’épidémie», a-t-il estimé. La semaine dernière, l’Association du transport aérien international (IATA) évaluait à 13% la baisse de passagers chez les transporteurs de la région Asie-Pacifique pour cette année, soit des pertes de recettes de 27,8 milliards de dollars. «Une mise à jour devrait être publiée prochainement», a indiqué jeudi une porte-parole.

Grands événements annulés

A ces défections devraient prochainement s’ajouter celles des visiteurs européens. «Il est trop tôt pour quantifier le phénomène. Mais en attendant de voir comment évoluera l’épidémie et suite à l’annulation de nombreux événements grand public, nous constatons actuellement un gel des réservations», a relevé Walter Kunz, de la Fédération suisse du voyage, qui regroupe agences et tour-opérateurs.

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Au Tessin, où a été détecté le premier cas d’infection en Suisse mardi, les festivités de carnaval ont été annulées, tandis que les matchs de hockey se joueront à huis clos. Jeudi matin, alors qu’un premier cas à Genève était annoncé, on apprenait l’annulation du rendez-vous horloger Watches & Wonders Geneva (ex-SIHH) prévu fin avril à Palexpo – Swatch Group avait aussi renoncé à la tenue de Time to Move fin mars à Zurich, tandis que Baselworld dit examiner la situation.

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«Il faudra probablement compter avec des centaines de milliers de nuitées en moins pour le millésime 2020», a de son côté déploré Thierry Lavalley, président de la Société des hôteliers genevois, qui dirige par ailleurs l’hôtel de luxe Fairmont dans la ville lémanique. Il réagissait à l’annulation du rendez-vous horloger genevois. Genève qui était par ailleurs, avec la Suisse orientale, l’une des deux seules régions sur les 13 identifiées par Suisse Tourisme à afficher une baisse des nuitées l’an dernier (-1% à 3,2 millions). Et l’hôtelier de craindre un possible «effet boule de neige» de ces annonces.


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