La BNS, une transparence de convenance

C’est un tout petit pas. Mais un pas quand même vers un peu plus de transparence. La Banque nationale suisse donnera davantage d’informations, et plus souvent, sur ses interventions sur le marché des changes pour contenir l’envolée du franc.

Il ne s’agit pas d’un détail. Les Suisses sont en droit d’en savoir plus sur un des outils principaux de la politique monétaire ces dernières années, les achats de devises, qui a fait enfler son bilan dans des proportions inimaginables il y a quelques années. La crise sanitaire y a encore contribué, forçant l’institution à intervenir à coups de dizaines de milliards.

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Actions Facebook

La composition de ses réserves ainsi acquises est, elle aussi, importante. Il est possible d’en connaître les monnaies et les classes d’actifs, mais la BNS reste avare en détails. Si l’on sait qu’elle a détenu, à un moment donné, plus d’actions Facebook que Mark Zuckerberg lui-même, c’est parce que le gendarme de la bourse américaine (SEC) publie son portefeuille en actions américaines in extenso. Plus grave: c’est grâce à la SEC aussi que le public a pu savoir que la BNS avait investi dans des fabricants d’armes, des actions qu’elle a vendues sous la pression. Et c’est grâce aussi au régulateur américain que l’on sait que la BNS continue d’investir dans les plus gros pollueurs de la planète, comme ExxonMobil, ou dans le gaz de schiste.

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Qu’en est-il des autres milliards d’actifs investis dans les autres pays? Impossible de le savoir. Or, avec si peu d’informations, difficile, par exemple, de faire pression pour qu’elle tienne davantage compte de l’enjeu climatique, à l’instar de la Banque centrale européenne et d’une part croissante du secteur financier.

Exemplarité

La question de la transparence ne s’arrête pas à la gestion des réserves. La BNS n’est pas une institution comme une autre, c’est même l’une des plus importantes du pays. Comme ses pairs autour de la planète, la banque centrale joue depuis la crise financière de 2008 un rôle toujours plus important pour stabiliser l’économie. La pandémie n’a pas freiné cette tendance, au contraire. On a vu à quel point la capacité de réaction rapide des banques centrales était essentielle pour que la crise sanitaire ne se transforme pas en crise financière.

Lorsqu’on porte l’économie et le système financier à bout de bras, on n’échappe pas à un exercice de transparence plus abouti que celui présenté jeudi. Surtout lorsqu’on fait déjà partie des banques centrales les moins transparentes du monde. Les accusations de sexisme généralisé et de manque de diversité dans ses échelons supérieurs qui sont apparues dans la presse alémanique sont inquiétantes. Les balayer d’un revers de main ne suffit pas.

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