La BNS maintient le cap, mais sans convaincre

La Banque nationale suisse (BNS) n’a pas osé. L’institut d’émission a en effet renoncé à un taux d’intérêt encore plus négatif. Il maintient, au moins provisoirement, son taux de moins 0,75% introduit le 22 janvier 2015. Ce choix suscite une relative approbation. Mais sans dissiper de virulentes critiques. «Les taux d’intérêt négatifs causent des dommages structurels massifs dans l’économie du pays. Mais nous saluons la décision de la BNS de garder son taux d’intérêt sur les avoirs à vue à moins 0,75% », indique Michaela Reimann, membre de la direction de l’Association suisse des banquiers (ASB).

Cette issue semble avoir été favorisée par un coup de gueule –tenant compte des enjeux, le mot ne paraît pas trop fort- du président de l’ASB, Herbert Scheidt, le 12 septembre lors de la Journée des banquiers, à Zurich. Les rapports de force sur le marché des changes et les incertitudes pesant sur l’économie mondiale poussaient il est vrai les spécialistes d’UBS, Raiffeisen et J. Safra Sarasin à prévoir encore le mois dernier un taux directeur de la BNS passant à moins 1%. La Banque centrale européenne (BCE) a décidé, le même jour, de relancer ses rachats de dette publique et privée, à raison de 20 milliards d’euros par mois, à partir du 1er novembre. Le poids de cet élément s’est évidemment révélé significatif sur la balance monétaire de la BNS. Même si le président de la direction de la BNS, Thomas Jordan, avait clairement exprimé ses convictions lors de la dernière assemblée générale des actionnaires, le printemps dernier : « Si nous n’étions pas convaincus de la nécessité absolue du taux d’intérêt négatif, nous y renoncerions.»

Sans ignorer pour autant les doléances des banques. L’institut d’émission helvétique leur a en effet accordé une faveur, sous la forme « d’une augmentation du montant d’avoirs à vue exonéré de l’intérêt négatif pour le système bancaire », induisant de ce fait « une diminution des recettes de la BNS issues du prélèvement de l’intérêt négatif ».Maxime Botteron, économiste chez Credit Suisse, reconnaît un pas de la BNS en direction des banques, mais reste réservé : « La BNS leur cède une baisse des coûts des intérêts négatifs, mais se dote simultanément d’une marge de manœuvre accrue pour instaurer des taux négatifs plus bas, en cas d’appréciation du franc. Dilemme de l’établissement : prévenir les risques de retraits massifs de numéraire par les petits épargnants et, simultanément, de surévaluation du franc sur le marché des changes. »

«Mauvais pour les retraites»

Les caisses de pension se montrent encore plus réservées. «Les taux d’intérêt négatifs nuisent aux systèmes de retraite et nos membres ne spéculent pas sur le franc. Nous avions donc sollicité pour eux, en 2015, une exonération des taux d’intérêt négatifs. La BNS a refusé. Les caisses de pension doivent néanmoins disposer de liquidités pour payer les prestations chaque mois. Soit près de 30 milliards de francs en tout, chaque année. Dans ce contexte, les pouvoirs politiques doivent prendre conscience des effets néfastes des intérêts négatifs pour les assurés actifs et retraités. Des réformes s’imposent dans la prévoyance vieillesse et celles-ci se font toujours attendre», regrette le représentant romand de l’Association suisse des institutions de prévoyance, Yves-Marie Hostettler,

Swissmem (Association de l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux suisse) compte elle-même moins sur les décisions de l’institut d’émission que sur l’action des pouvoirs politiques : « La conjoncture s’est nettement affaiblie sur nos marchés les plus importants. Raison pour laquelle la politique assume une responsabilité d’autant plus grande quant au soutien de l’économie d’exportation. Notre organisation n’exige aucune subvention, mais de meilleures conditions-cadres. L’accord institutionnel avec l’Union européenne doit donc être signé avant la fin du mois prochain »

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