La bicyclette sera la petite reine du déconfinement

Table à l’entrée, gel désinfectant, marquage au sol, coup de balai: Marek Defert, gérant du magasin Cyclable, à Genève, est paré pour la réouverture de ce lundi. Et gonflé à bloc: «Nous nous attendons à un retour assez intensif, car les Genevois, comme les frontaliers, qui privilégiaient de plus en plus le vélo ces dernières années, vont s’y mettre encore davantage, ne serait-ce que pour éviter les risques de contagion dans les transports publics.»

Il anticipe déjà une forte demande de vélos cargos électriques, dont les grands bacs peuvent transporter aussi bien des courses que des enfants. «On est vraiment dans le vélo de ville, pas le VTT de sportif pour montagne, précise-t-il. Et ici, si on veut se déplacer vite et parquer facilement, le choix s’impose de lui-même.» La ville a du reste promis des aménagements pour les vélos, et la Fondation des Parkings vient d’instaurer des tarifs réduits dans quatorze vélostations gérées par ses soins.

Souhait des entreprises

Bien qu’elles privilégient encore le télétravail lorsque c’est possible pour une partie de leur personnel, les entreprises conseillent vivement d’éviter les transports publics, surtout aux heures de pointe, pour les salariés dont les tâches requièrent une présence au bureau. Certaines font même un pas de plus, comme Lunaphore, start-up active dans la lutte contre le cancer, qui a acquis quelques vélos électriques pour ses employés. «Nous avons acheté quatre e-bikes pour les personnes qui doivent venir dans nos locaux, à l’EPFL, et qui n’avaient pas leur propre moyen de locomotion, explique la cofondatrice, Déborah Heintze. Nos quarante employés sont plutôt sportifs, et cette mesure va dans le sens de notre philosophie qui privilégie la mobilité écoresponsable.»

Un doublé gagnant aussi mis en avant par Velosuisse, l’Association suisse des fournisseurs de bicyclettes, qui appuie également sur le gain de temps: «Un e-bike est le moyen de déplacement le plus rapide sur une distance de 25 km en agglomération, à condition que point de départ et point d’arrivée se trouvent tous deux en ville», souligne Martin Platter, responsable médias.

«Avec le déconfinement, la demande a explosé en Allemagne et en Autriche»

Julien Crenner, directeur de Veloland Lausanne

«Inégalité de traitement»

Pour les professionnels de la branche, les mois de mars et avril ont été difficiles, et ce même si les ateliers de réparation, maintenus ouverts par décision du Conseil fédéral, ont réduit la casse. Toutefois, la branche a hâte de rattraper le temps perdu depuis le 27 avril, rappelle Martin Platter: «Dès cette date, les grands magasins de bricolage, qui ont aussi des rayons vélos, ont pu rouvrir, alors que l’interdiction de la vente physique était encore en vigueur pour les enseignes spécialisées, ce qui constitue une inégalité de traitement.» Les ventes par internet non seulement occasionnent des dépenses supplémentaires, «mais en plus ne compensent pas le manque à gagner pour des magasins basés sur le conseil personnalisé».

Le sentiment de perte est d’autant plus vif que le beau temps du mois d’avril a redonné aux gens le goût de la bicyclette. «Nous espérons un gros coup dès lundi», confirme Julien Crenner, directeur de Veloland Lausanne, qui s’attend à un «vrai rush». «On a vu que la demande a explosé en Allemagne et en Autriche avec le déconfinement. Mais pour donner un véritable élan, une prime à l’achat, telle qu’elle se pratique en France par exemple, serait la bienvenue. On constate des aides de la part des pouvoirs publics dans certaines communes, mais une mesure incitative à l’échelon fédéral serait la bienvenue.»

Car un bon vélo, surtout électrique, ce n’est pas donné, même si, sur la durée, le rendement est plutôt intéressant (lire ci-contre). Raison de plus pour en louer, et sur ce créneau, Publibike, présent dans cinq villes romandes, est fin prêt, assure la responsable de presse, Katharina Merkle: «Le vélo présente un grand intérêt pour cette sortie de crise, et le retour des gens au bureau, même partiel, va augmenter la fréquentation de nos stations. Rappelons qu’avec un abonnement, la première demi-heure est gratuite à chaque changement de vélo!»

Créé: 08.05.2020, 19h20

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