La 5G, un enjeu à plusieurs milliards

Cette fois, le coup d’envoi a été donné. L’opérateur télécoms américain Verizon a, le 1er octobre, annoncé avoir lancé un réseau 5G fixe dans quatre villes américaines. Tandis que dans l’Union européenne les enchères de fréquences et les tests se multiplient, l’Asie – en particulier la Chine où un déploiement commercial est prévu pour 2020 – et les Etats-Unis prennent les devants.

Le déploiement de la cinquième génération de réseau mobile en Europe aura probablement du retard par rapport aux marchés américain et asiatique, a averti S&P Global Ratings. Selon l’étude, publiée la semaine dernière, les «perspectives concernant cette technologie y sont moins réjouissantes que dans d’autres régions». Pour preuve, en Corée du Sud, une ébauche de réseau 5G avait été mise en place par KT à l’occasion des JO d’hiver de 2018. Au Japon, des essais grandeur nature seront réalisés peu avant les JO d’été de Tokyo en 2020. Le secteur des télécommunications est en effervescence.

Un temps de latence raccourci

Au centre de ce foisonnement d’initiatives, le réseau de télécommunications mobile de demain. La 5G offrira une vitesse supérieure – plusieurs dizaines de Gbit/s contre quelques centaines de Mbit/s pour la 4G – et un temps de latence raccourci, c’est-à-dire le temps de se connecter et de recevoir une information sera d’une milliseconde contre 40 en moyenne avec la 4G. Ceci permettra notamment d’accélérer la démocratisation de l’internet des objets.

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Le futur réseau permettra à des dizaines, voire des centaines de milliers d’objets par kilomètre carré d’avoir un accès à internet, dont les voitures autonomes. Selon ses promoteurs, ses effets irrigueront l’économie des territoires où elle sera déployée. En théorie, aux Etats-Unis, une ville de 30 000 habitants verra à terme la création de 300 emplois, prévoit une étude d’Accenture Strategy.

La 4G, un pactole aux Etats-Unis

Ce réseau mobile – dont les standards globaux sont encore à définir – sera l’armature des communications des prochaines décennies et manquer le coche risque d’être préjudiciable. Car la création d’infrastructure de réseaux mobiles permet à un pays de développer un avantage compétitif. C’est ce qui ressort d’une étude publiée en avril par la faîtière des opérateurs télécoms américains, la CTIA. Alors que le leadership sur la 2G et la 3G avait été respectivement européen et japonais, les opérateurs télécoms américains ont amorcé bien plus tôt le virage de la 4G à partir de 2011. Avec pour bénéfice un chiffre d’affaires annuel plus élevé de 125 milliards de dollars pour le secteur, outre-Atlantique.

Et au-delà, ce leadership américain sur la 4G a également permis à un écosystème de services impensable avec la 3G de se développer: les entreprises et les développeurs d’applications ont généré des revenus supplémentaires de plus de 40 milliards de dollars. Il devrait en être de même pour la 5G qui permettra à de nouveaux géants de la tech d’émerger.

Cette technologie devrait permettre, aux Etats-Unis, de créer 3 millions de nouveaux emplois, d’augmenter le produit intérieur brut (PIB) de 500 milliards de dollars, tandis que les investissements dans les infrastructures se monteront à 275 milliards de dollars, selon Accenture Strategy. Et surtout, accélérer la mise en place de la 5G d’un an permettra de générer 100 milliards de dollars de PIB en plus.

La Suisse pourrait prendre du retard

En Europe, les bénéfices de la 5G sont estimés à 113,1 milliards d’euros et la création de nouveaux emplois est évaluée à 2,39 millions, selon une étude de la Commission européenne. Le Conseil européen a d’ailleurs établi une feuille de route précise en décembre dernier: dès cette année, construction progressive du réseau; en 2020, au moins une ville par Etat membre doit proposer cette technologie et, en 2025, la Gigabit Society doit devenir réalité.

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Dans ce marathon, les opérateurs suisses sont dans les starting-blocks pour mettre en place la 5G. Sunrise a notamment lancé une antenne 5G en juin, Salt et Swisscom réalisent aussi des tests, en attendant les enchères prévues pour janvier de l’année prochaine. Seule ombre au tableau: les valeurs limites de rayonnement non ionisant sont dix fois plus strictes que dans l’UE. Pour les opérateurs, une adaptation est nécessaire car le développement de l’infrastructure 5G en serait entravé.

Aucune donnée chiffrée officielle n’est pour l’heure disponible en ce qui concerne la Suisse, mais dans un rapport publié en janvier, EY Suisse liste les avancées chez les voisins directs de la Suisse et prévient: «Le pays n’est pas encore en retard, mais il doit presser le pas s’il veut rester dans la course.»

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