Jour J pour l’offensive britannique de Temenos

Ce vendredi, il sera minuit moins cinq toute la journée au siège genevois de Temenos, le fournisseur méconnu des systèmes équipant les banques autour du globe. Lancée il y a deux mois, la conquête de Fidessa, le spécialiste londonien des logiciels équipant les salles de marché de la City ou de Wall Street, s’est transformée en guérilla boursière. Les requins des fonds spéculatifs sont aux aguets, avec un seul objectif: faire monter les enchères.
Le verdict va tomber en deux étapes: en début de soirée à Londres, date limite pour que les concurrents de Temenos sortent du bois; puis dans une semaine, quand les actionnaires du groupe britannique de 1700 employés se prononceront pour ou contre la proposition faite par Temenos. Un suspense – et des enjeux juridiques – qui empêche Max Chuard de s’exprimer sur le sujet. Le directeur financier de la multinationale genevoise remet cependant ces ambitions dans le contexte de la stratégie de Temenos.
Fidessa, clé de l’Amérique
«Ces huit dernières années, nous avons fait douze acquisitions», rappelle celui qui officie depuis seize ans au sein du groupe. Des rachats qui visaient à s’implanter dans un pays – Australie, France ou Allemagne – ou à mettre la main sur de nouveaux produits. Ce fut le cas en 2010 avec le rachat, pour plus de 100 millions de francs, d’Odyssey, spécialiste des logiciels de gestion de portefeuille. Dans le cas de Fidessa, la logique du rachat est de fournir les grandes maisons de courtage – et de brûler les étapes dans la conquête des États-Unis.

Objectif: se poser en Microsoft ou en SAP du monde bancaire. «Aujourd’hui, nos positions se renforcent d’elles-mêmes dans un secteur où l’adage veut que le gagnant ne laisse rien aux autres», décrit Max Chuard. Une réflexion qui illustre le fait que Temenos équipe 3000 banques et que le cercle vertueux du secteur veut que les sociétés équipant le plus de clients tiennent toujours un peu plus à l’écart leurs principaux concurrents – l’américain Oracle et l’indien Infosys.

Le vent de la révolution

Temenos a fait le point jeudi sur un premier trimestre qui a vu ses recettes s’envoler de 20%. Une expansion qui permet à la société fondée par George Koukis – qui rassemblait moins de 1000 collaborateurs en 2002 – de compter aujourd’hui près de 5000 salariés. L’effectif de son état-major du centre de Genève fait figure de goutte d’eau face aux 2000 salariés de ses centres de programmation de Chennai ou de Bangalore.

Le groupe est poussé par le vent de la révolution technologique qui souffle sur le secteur bancaire – une conjoncture «comme on en rencontre une seule fois dans une vie», selon son responsable. Des dizaines de PME «fintech» proposent sur Internet leurs solutions à prix cassé – par exemple dans le change de devises. Cela «ne peut qu’inciter les banques à utiliser des logiciels fournis par des sociétés externes, comme nous», assure Max Chuard.

L’impulsion est également réglementaire. En Europe, la directive PSD2 permet, depuis le 1er janvier, d’ouvrir les services bancaires, notamment aux géants du commerce en ligne. Un cauchemar pour les banques. Mais qui permet à Temenos – qui vient de remporter son premier contrat dans les télécoms avec Telia – de regarder au-delà de sa clientèle traditionnelle.

«Ces entreprises «fintech» sont le révélateur des retards considérables pris par le secteur dans la modernisation des infrastructures», lance le directeur financier. Le groupe, qui finance l’incubateur genevois Fusion, vient de créer une «marketplace», un club regroupant une centaine de ces PME. Les meilleures seront présentées à la fin de mai à Dublin à 1500 banques utilisant ses systèmes.

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