Intérim à la tête de Renault, Nissan inquiété

Le groupe Nissan pourrait lui aussi faire l’objet de poursuites judiciaires, après la spectaculaire arrestation du président de son conseil d’administration Carlos Ghosn sur des soupçons de malversations. Ni Nissan ni le bureau des procureurs de Tokyo n’ont confirmé cette information.

Selon des médias locaux, qui ne citent pas leurs sources, le parquet estime que si faute il y a, la responsabilité en incombe aussi à l’entreprise: c’est en effet elle qui a remis aux autorités les documents financiers inexacts dans lesquels M. Ghosn aurait dissimulé une partie importante de ses revenus.

Les enquêteurs envisagent d’entendre l’actuel patron exécutif de Nissan, Hiroto Saikawa, rapporte la chaîne de télévision publique NHK. Les personnes réellement impliquées dans les éventuelles falsifications peuvent quant à elles voir leur peine allégée en cas de coopération avec la justice, ce en vertu d’une récente loi qui n’a pour le moment été utilisée que dans un autre cas.

Bolloré aux manettes

Coté français, le conseil d’administration de Renault a désigné mardi soir le numéro deux de l’entreprise Thierry Bolloré pour assurer l’intérim de Carlos Ghosn, qui reste PDG malgré son arrestation au Japon sur des soupçons de malversation, sur fond d’interrogations quant à l’avenir de l’alliance avec Nissan et Mitsubishi.

M. Bolloré, 55 ans, que M. Ghosn avait choisi comme bras droit en février dernier, s’est vu confier «à titre provisoire» la direction exécutive du groupe et disposera donc des «mêmes pouvoirs» que le PDG «temporairement empêché». La question clef pour Renault est de «préserver les intérêts de Renault et d’assurer la pérennité de l’alliance» avec les constructeurs japonais Nissan et Mitsubishi Motors.

Cette nomination sans surprise de M. Bolloré épouse le souhait énoncé plus tôt mardi par le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire. Le conseil d’administration de Nissan doit se prononcer quant à lui jeudi sur une proposition de limogeage de son président. Et Mitsubishi Motors (MMC) prévoit de le «démettre rapidement»: un conseil doit se tenir la semaine prochaine, selon un porte-parole de la société.

Lâché au Japon, Carlos Ghosn, considéré à 64 ans comme un des plus puissants capitaines d’industrie au monde, est toujours détenu à Tokyo, où il a été interpellé lundi à l’arrivée de son jet privé. Le parquet reproche au Franco-libano-brésilien d’avoir «conspiré pour minimiser sa rétribution à cinq reprises entre juin 2011 et juin 2015», en ne déclarant que 4,9 milliards de yens (environ 37 millions d’euros) contre près de 10 milliards de yens sur la période.

Lors d’une conférence de presse lundi, le patron de Nissan a également mentionné «de nombreuses autres malversations, telles que l’utilisation de biens de l’entreprise à des fins personnelles», qui auraient été découvertes après plusieurs mois d’enquête interne.

Mardi soir, le conseil d’administration de Renault a demandé à Nissan «de lui transmettre l’ensemble des informations en sa possession dans le cadre des investigations internes dont M. Ghosn a fait l’objet», disant ne pas être «en mesure de se prononcer sur les éléments dont disposeraient Nissan et les autorités judiciaires japonaises à l’encontre de M. Ghosn». La rémunération de ce patron aussi puissant que secret a déjà donné lieu à bien des polémiques, tandis que son train de vie a également pu susciter des commentaires, à l’image par exemple de sa réception de mariage en grande pompe au château de Versailles en 2016.

Fragile équilibre

Au-delà du sort personnel de M. Ghosn, c’est toute l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors, dont il orchestrait le fragile équilibre, qui tangue à la suite de ce coup de tonnerre.
L’affaire survient au moment où le PDG de l’ensemble aux 10,6 millions de véhicules travaillait, selon le «Financial Times», à une fusion entre Renault et Nissan, une opération que le constructeur japonais rejetait et cherchait à bloquer de crainte qu’elle ne grave dans le marbre son statut de «second ordre» dans la structure, toujours selon le quotidien.

M. Ghosn voulait rendre les liens «irréversibles» entre Renault et Nissan, a commenté dans une note Kentaro Harada, analyste chez SMBC Nikko Securities. «Nous ne pouvons pas exclure la possibilité que l’alliance se retrouve affaiblie». «Cela va-t-il changer l’équilibre du pouvoir (entre les parties française et japonaise), c’est la principale question», souligne-t-il.

L’agence de notation Standard and Poor’s a d’ailleurs annoncé mardi qu’elle envisageait de baisser la note de la dette à long terme de Nissan, en raison en particulier des doutes autour de ce mariage à trois. Soucieux de rassurer, les gouvernements français et japonais ont réaffirmé mardi dans un communiqué commun leur «important soutien» à l’alliance.
Les titres des trois entreprises ont chuté après l’annonce de l’arrestation, mais l’action Nissan se reprenait mercredi. (ats/nxp)

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