«Il n’y a aucune alternative à un multilatéralisme fort»

«Il n’y a aucune alternative à un multilatéralisme fort» pour l’avenir du travail. À Genève, le conseiller fédéral Alain Berset a vanté en ces termes le tripartisme de l’Organisation internationale du travail (OIT), institution dont la Suisse préside la conférence du centenaire qui s’est ouverte lundi. Angela Merkel et Emmanuel Macron figurent parmi la quarantaine de chefs d’État et de gouvernement attendus durant la dizaine de jours que durera la réunion de l’OIT.


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Alain Berset a défendu l’importance de l’OIT «à l’ère du tout numérique» et de la mondialisation, appelant les États à œuvrer en partenariat plutôt qu’à remettre en cause le libre-échange. «Nous avons plus que jamais besoin de standards communs pour assurer une concurrence loyale entre les pays», a-t-il affirmé. À quelques jours de la grève des femmes en Suisse, le conseiller fédéral a aussi estimé «essentiel» de leur garantir un salaire «équitable et décent». Il a appelé les pays à rejoindre la Coalition internationale pour l’égalité salariale (EPIC) d’ici à 2030.

«Partenariat social fort»

Face aux «risques de précarisation», Alain Berset a appelé à un «partenariat social fort». Une condition, selon lui, pour une croissance économique durable et favorable à l’environnement.

Le modèle tripartite de l’OIT entre autorités, employeurs et syndicats doit «se multiplier», a-t-il poursuivi. Or, la Suisse figure sur une liste noire de l’organisation, parmi 40 pays accusés de violer leurs obligations internationales. Celle-ci sera réduite à environ à 25 pays, décision attendue mardi, selon des sources convergentes. L’OIT estime que les travailleurs actifs dans les syndicats en Suisse ne sont pas assez protégés d’un licenciement. Ils devraient bénéficier d’une compensation financière plus importante s’ils sont sanctionnés pour leurs efforts dans ce cadre.

Dans son discours, Alain Berset a enfin appelé à continuer à investir dans l’éducation pour garantir l’emploi des jeunes et dans la formation tout au long d’une carrière professionnelle. Mais aussi dans la protection sociale pour des sociétés plus «compétitives».


L’intervention du président français, Emmanuel Macron, à la Conférence internationale du travail est très attendue. Elle va porter sur la protection des travailleurs au moment où débute «l’acte II» de son mandat dédié au volet social de ses engagements de campagne. Depuis son arrivée à l’Élysée, ses opposants lui reprochent de ne pas assez consulter les corps intermédiaires tels que les syndicats ou les élus locaux. À la tribune de l’ONU, Emmanuel Macron devrait leur répondre en faisant l’éloge du tripartisme (patronat, syndicats et gouvernement) qui a fait le succès de l’OIT.

Pour convaincre, Macron va aussi poser des jalons avant que la France ne préside la conférence des pays du G7 en août prochain. Des premiers signaux ont été envoyés vendredi à l’issue de la réunion des ministres du Travail des pays du G7 qui s’est tenue à Paris. La feuille de route poussée par la ministre française Muriel Pénicaud appelle à l’action «contre les inégalités sociales et à la protection des travailleurs». Macron va empoigner ce discours pour essayer de battre en brèche toutes les critiques sur sa vision ultralibérale de l’économie mondialisée.

À Genève, la diplomatie française va peser de tout son poids pour que le projet de convention universelle qui vise à mettre fin à la violence et au harcèlement dans le monde du travail soit adopté. Un gros chantier. Une majorité des deux tiers des membres est nécessaire. Après une première discussion l’année dernière, la Conférence du centenaire doit examiner l’adoption de cette convention accompagnée d’une recommandation.

Au cours de cette session, la Conférence internationale du travail va aussi travailler à l’adoption de la Déclaration du centenaire, a annoncé Guy Ryder, directeur général de l’OIT: «Elle doit établir un cadre pour l’institution, les États, les employeurs, les syndicats et les travailleurs pour les prochaines décennies.» Il s’agit de répondre aux questions posées au monde du travail par les nouvelles technologies, notamment les plateformes numériques comme Uber, mais aussi par le changement climatique, la mondialisation et l’augmentation de la population. «Symptomatiques, les résultats des récentes élections européennes et d’autres situations dans le monde ont montré le mécontentement de citoyens qui ont besoin de solutions», a expliqué Guy Ryder.

Plus largement, au-delà de la voie tracée par l’OIT, le président français devrait monter au créneau pour défendre une certaine idée du multilatéralisme, celle qui a fait de Genève une place incontournable pour les médiations en tous genres.

Alain Jourdan

(TDG)

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