GS Banque fusionne avec la tessinoise Banca Arner

Créée à Genève en 2004, GS Banque fusionne avec Banca Arner, dont les racines remontent à 1994 à Lugano. Après avoir chacun connu des moments compliqués – maintenant résolus, les deux établissements se rapprochent pour viser une clientèle plus jeune. La nouvelle entité, dont le nom n’est pas encore défini, gérera environ 2 milliards de francs d’actifs.

Cette opération réunit deux établissements de taille similaire, la première gérant 800 millions de francs pour 27 postes de travail, contre 1,2 milliard et 35 employés pour la seconde. Les deux banques ont vécu un renouvellement des générations à leur tête et veulent intégrer de nouvelles technologies pour toucher une clientèle plus jeune et plus active dans la gestion de son patrimoine.

Une organisation en deux pôles

«A titre d’exemple, les mandats discrétionnaires [qui permettent à une banque de décider de la gestion des avoirs du client, ndlr] apportent peu de valeur ajoutée, le rôle d’une banque privée va évoluer vers davantage de conseil, le client définissant des thèmes d’investissement qui lui tiennent à cœur», précise le directeur général de GS Banque, Grégoire Pennone, qui dirigera également la future entité.

Dans le contexte actuel de forte pression sur la rentabilité des petites banques, le futur établissement sera organisé autour de deux pôles. Lugano permettra de couvrir les marchés tessinois, italien et est-européen, tandis que Genève accueillera le quartier général, en plus de servir une clientèle latino-américaine et moyen-orientale. Le marché suisse sera suivi depuis les deux implantations.

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Avec 2 milliards d’avoirs et des fonds propres renforcés (environ 30 millions), la banque «compte procéder à de nouvelles opérations de croissance externe», poursuit Jean-Jacques Schraemli, l’un des dirigeants d’Arner (32 ans). Des licenciements sont à venir, pour atteindre un effectif total d’environ 45 postes à terme, contre 62 actuellement.

Deux histoires mouvementées

Ces deux banques qui fusionnent via un échange d’actions ont aussi en commun d’avoir traversé des périodes difficiles. GS Banque s’appelait Banque Bénédict Hentsch lors de son lancement par l’ancien associé de Lombard Odier et Robert Pennone (le père de l’actuel directeur général), en 2004. A l’automne 2008, alors qu’il gérait 1,5 milliard de francs, l’établissement genevois fusionne avec le gérant de hedge funds américain Fairfield Greenwich, dont la moitié des actifs étaient confiés à Bernard Madoff.

La banque Hentsch avait près de 5% de ses avoirs placés dans un fonds nourricier exposé à l’escroc new-yorkais, dont la fraude fut découverte le 10 décembre de la même année. La fusion est par la suite défaite et les clients de la banque dédommagés intégralement. Début 2014, Bénédict Hentsch annonce son départ à la retraite et cède sa participation majoritaire à Robert Pennone.

Quittant ses bureaux de l’ancien stade de football des Charmilles pour emménager au Campus Biotech, celle qui se renomme «Geneva Swiss Bank» vise alors un développement ambitieux sous la direction d’Andreas Stricker, lançant notamment une activité de trading sur marge, abandonnée ensuite. Ses avoirs sont inférieurs au demi-milliard lorsque Grégoire Pennone en prend les rênes, à la fin de 2015. Les coûts ont été serrés, le service modernisé et deux acquisitions de portefeuilles réalisées.

Problèmes italiens

Côté Arner, la banque tessinoise fondée dans les années 1980 à Lugano approchait 9 milliards d’actifs au milieu des années 2000, avec une gamme de services étendue (asset management, conseil en fusions-acquisitions, trusts) et des présences à Dubaï, aux Bahamas et en Italie. C’est de Milan que viendront les difficultés du groupe, sa filiale locale étant placée sous administration judiciaire de la Banque d’Italie en 2008, soupçonnée d’avoir accueilli des fonds de l’ancien président du Conseil italien, Silvio Berlusconi. Un actionnaire d’Arner avait par ailleurs été accusé – puis acquitté – de fraude fiscale, dans une opération d’achat de droits de diffusion à Mediaset, une entreprise télévisuelle appartenant à Silvio Berlusconi.

Banca Arner abandonne ensuite des activités, vend des entités (dont la filiale transalpine) et se recentre sur les clientèles tessinoise et italienne. Les actifs fondent, aussi sous l’effet des programmes d’amnistie italiens, pour approcher 700 millions de francs en mars 2016, avant qu’un achat de portefeuilles soit effectué.

A la fin de 2014, Arner avait annoncé avoir été vendue à un financier mexicain établi à Zurich, Jesus Alejandro Garcia Alvarez, actif dans le négoce de produits agricoles à travers son groupe IXE Holding. L’opération ne s’est pas faite lorsque l’acquéreur n’a pas apporté les 22 millions nécessaires à la recapitalisation de la banque, selon le Wall Street Journal. Dans une interview, Alejandro Alvarez avait estimé que le coût total de l’acquisition d’Arner se serait élevé à 71 millions de francs. IXE avait ensuite cherché à acheter la succursale bahaméenne de la Banque Cramer, sans succès là non plus. 

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