«Greenwashing» ou placements durables?

Investir dans des produits financiers durables signifie, pour un investisseur, s’engager, entre autres, en faveur de l’environnement, des droits de l’homme ou de la justice sociale. Mais que se passerait-il si, en y regardant de plus près, un placement déclaré durable s’avérait être un placement conventionnel?

Des termes tels que «publicité mensongère» ou «greenwashing» fuseraient rapidement et les efforts en matière de durabilité, si sérieux soient-ils, pourraient être perçus par le public comme une simple manœuvre marketing. Il s’agit d’éviter cela, car tout préjudice à l’image aurait un impact sur le secteur de la gestion de fortune dans son ensemble. De nombreux gestionnaires de fortune suisses ont déjà pris d’importantes mesures en faveur de placements durables. Cependant, il est important que le secteur suisse de la gestion de fortune aborde cette question au niveau de l’industrie.

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La Swiss Funds & Asset Management Association (Sfama) considère comme un devoir et un défi de plaider non seulement en faveur d’un engagement à l’échelle de l’industrie et à long terme, mais aussi en faveur d’une conception commune et de la transparence nécessaire dans le domaine des placements financiers durables. Et ce indépendamment de la pression politique et réglementaire.

Travaux de l’administration fédérale/du Conseil fédéral

Traditionnellement, les activités de l’administration fédérale et des autorités de surveillance sont vues d’un œil plutôt critique par l’industrie financière. Cependant, dans le domaine de la durabilité, ce pourrait être l’occasion de considérer les travaux en cours «à Berne» comme une opportunité. Bien entendu, ce sujet soulève également la question de savoir où se situe l’optimum entre une politique de laisser-faire et une réglementation stricte, cette dernière étant généralement trop restrictive et pouvant donc avoir des effets négatifs sur le plan économique. Heureusement, le Conseil fédéral tente actuellement d’équilibrer les différents intérêts dans le domaine de la durabilité, en obligeant les associations à soumettre elles-mêmes des propositions concrètes.

Les moteurs de la durabilité environnementale sont les 17 objectifs de développement durable (sustainable development goals) de l’ONU et l’objectif en matière d’émissions de CO2 de l’Accord de Paris sur le climat. La Suisse s’engage dans ces deux projets. Il faut donc que la Suisse démontre également au niveau international qu’elle travaille sur le cahier des charges et qu’elle progresse. La Sfama est convaincue que le fait de mettre l’accent sur la durabilité dans le secteur financier peut devenir un facteur d’implantation important pour la Suisse – avec des conditions-cadres appropriées de la part des responsables politiques et des autorités. Ces conditions doivent reposer principalement sur le volontariat et les incitations, et non sur des prescriptions réglementaires.

Prise en compte des différences

Un facteur de succès clé sera de diviser ce vaste sujet en «portions digestibles». Dans le domaine de la gestion de fortune, les banques, les compagnies d’assurances et les gestionnaires de fortune sont présents dans différents champs d’activité. Les banques, par exemple, exercent des activités de crédit et de banque de détail et réalisent des émissions sur les marchés de capitaux. Les compagnies d’assurances font de la gestion de fortune au niveau de l’actif du bilan, tandis que l’underwriting, c’est-à-dire les activités d’assurance proprement dites, se reflète au passif. Et, comme leur nom l’indique, les gestionnaires de fortune font de la gestion de fortune pour les investisseurs institutionnels. Cette répartition devrait également s’appliquer au domaine de la durabilité. Chaque secteur devrait prendre la direction des opérations dans son cœur de métier et exercer, dans le cadre de recommandations ou de directives, les activités pouvant être qualifiées de durables dans son domaine. Bien entendu, cela doit se faire de la manière la plus coordonnée possible.

Aujourd’hui, les compagnies d’assurances gèrent déjà en grande partie leurs portefeuilles de placements selon les critères ESG pour des questions de risque. Toutefois, les questions critiques se posent également de l’autre côté du bilan, au niveau des activités d’assurance proprement dites: une centrale nucléaire peut-elle et doit-elle être assurée? Comment répondre à la question de savoir s’il est acceptable de proposer des contrats d’assurance privés aux dirigeants de ces centrales?

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Ce sont des questions dont les banques, les compagnies d’assurances et les gestionnaires de fortune discutent à la fois avec l’administration fédérale et publiquement: un groupe de travail ESG est à l’œuvre à la Confédération. Il débat de l’ampleur de la réglementation nécessaire et de ce qui peut être fait sur la base du volontariat afin que des mesures puissent être prises pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat. Cette discussion prend de plus en plus des formes concrètes, et c’est une bonne chose.

Durabilité et prévoyance vieillesse

Le financement de la prévoyance vieillesse est la préoccupation majeure de la population suisse depuis quelques années – et donc aussi un énorme défi politique. A cet égard, la gestion de fortune joue un rôle essentiel car les gestionnaires de fortune utilisent des solutions de placement pour fournir les rendements requis aux caisses de pension et financent l’économie réelle (entreprises et infrastructures). Tant la prévoyance vieillesse que l’activité de financement se conçoivent à long terme. En la matière, les réflexions sur la durabilité sont indispensables. L’industrie de la gestion de fortune est consciente de sa responsabilité. Elle se félicite que la durabilité soit désormais un sujet accepté par le grand public, discuté en politique et revendiqué par les clients.

La recherche et la mise en œuvre de placements durables ne sont donc pas une idée nouvelle en matière de gestion de fortune. Au contraire, les placements durables sont inhérents à la gestion de fortune suisse, mais cet état de fait doit être constamment entretenu en renforçant les connaissances et les compétences. En Suisse, il n’y a pas de place pour le greenwashing.

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