Grâce à son lifting, Nestlé Skin Health devrait rapporter une fortune

Cette fois, c’est une volte-face complète dans la stratégie de Nestlé. La multinationale veveysanne est en contact avancé pour se séparer de Nestlé Skin Health. Sa filiale dermatologique, née d’un investissement de plusieurs milliards il y a à peine cinq ans.

Le consortium mené par le fonds d’investissement suédois EQT ainsi que le fonds souverain émirati Abu Dhabi Investment Authority (ADIA), via l’une de ses filiales, seraient prêts à l’acheter 10,2 milliards de francs, annoncent jeudi matin les services de presse de Nestlé, confirmant une information du Financial Times.

La filiale dermatologique de Nestlé, dont le siège mondial est à Lausanne, produit des traitements contre l’acné, les rougeurs ou les dommages causés par une surexposition au soleil. Elle a généré 2,8 milliards de dollars de ventes en 2018, soit quelque 3% du chiffre d’affaires net de la multinationale. Elle emploie 5000 employés à travers 40 pays, et 400 en Suisse.

Plus belle la mariée

La transaction doit encore être approuvée par les autorités de régulation, mais «pourrait intervenir au second semestre 2019», avance Nestlé dans son communiqué. Son montant valorise Nestlé Skin Health à 3,6 fois ses ventes et 21 fois son EBITDA (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement). Il s’agit de «multiples supérieurs à nos attentes», pointent les analystes de la banque américaine Morgan Stanley. Ce serait la seconde plus importante transaction de l’histoire de Nestlé, après la vente de sa division ophtalmique Alcon à Novartis, début 2010, pour 38,8 milliards de francs.

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Ces derniers temps, la direction de Nestlé n’a jamais fait secret de son intention de céder sa filiale dermatologique. A l’occasion d’une session avec les investisseurs en septembre 2018, elle annonçait déjà considérer ce secteur comme «de plus en plus en dehors du périmètre stratégique du groupe». Une déclaration d’intention qui a engagé un processus de discussions avec EQT et Adia, le fonds d’investissement américain KKR ainsi que son concurrent, également américain, le consortium Advent International avec l’entreprise de capital-investissement britannique Cinven. Les enchères pouvaient alors grimper.

La stratégie de communication a donc payé, admet l’un des porte-parole de Nestlé. Il préfère, lui, pourtant mettre l’accent sur la «restructuration mise en place entre 2017 et 2018 qui a converti Nestlé Skin Health en entité performante et permis de la vendre en un ensemble».

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Des «gilets jaunes» à Vevey

L’ancienne direction de Nestlé avait investi 2,6 milliards d’euros (l’équivalent actuel de 2,94 milliards de francs), en 2014, pour racheter au groupe cosmétique français L’Oréal la moitié des parts de ce qui s’appelait encore Galderma. Mais depuis l’arrivée de Mark Schneider à sa tête, en janvier 2017, Nestlé a inversé la vapeur.

Il annonçait la fermeture d’une usine à Egerkingen (190 emplois à la clé) huit mois après l’entrée en fonction de la nouvelle direction. En octobre 2017, c’était la délocalisation vers la Suisse du laboratoire de recherche de Sophia Antipolis – site de fondation de Galderma en 1981 – qui provoquait 400 suppressions d’emplois. Puis le débarquement de 200 manifestants en gilets jaunes devant le siège de la multinationale… en février 2018 déjà.

Nestlé ne regrette pourtant pas ses choix. Les bonnes performances de la filiale dermatologique n’y changeront rien. «Deux tiers des activités de Nestlé Skin Health se situent en dehors de notre focus stratégique. A savoir des produits qui sont vendus sur prescription médicale et ne sont pas librement accessibles en pharmacie», souligne un porte-parole citant deux relaxants musculaires utilisés pour des raisons esthétiques (visage) ou thérapeutiques (après une chirurgie).

La marque et le siège se sauvent

Ces désinvestissements s’inscrivent dans la stratégie de Nestlé de recentrer ses activités sur ses secteurs les plus porteurs: le café, la science nutritionnelle et les produits alimentaires véganes et bios. Dans leur note d’investisseurs, les analystes de Morgan Stanley disent s’attendre à ce que Nestlé «utilise ces recettes pour procéder à de nouvelles acquisitions ou rachats d’actions». La multinationale a, elle, avancé qu’elle communiquera une fois que la transaction sera confirmée sur l’utilisation de la recette. Suspense.

Les potentiels repreneurs ont, eux, tenu à rassurer quant à leurs intentions. Dans un communiqué également diffusé jeudi matin, ils annoncent vouloir continuer à investir dans «l’excellence commerciale» ainsi que dans la recherche et l’innovation. Ils précisent aussi que «l’entreprise maintiendra son quartier général en Suisse et sera renommée Galderma».

Si le nom d’origine devrait être sauvé, on n’en sait pas plus du côté des ressources humaines. Contacté par Le Temps, le fonds EQT n’a pas donné plus de précisions quant au sort des 5000 employés.

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