Glencore, Vitol et Trafigura accusés de corruption au Brésil

Nouveau rebondissement dans l’affaire Petrobras. La police fédérale brésilienne a annoncé mercredi mener une enquête contre les négociants Trafigura, Vitol et Glencore, tous basés en Suisse, ainsi que d’autres traders non cités. Elle les suspecte d’avoir effectué des paiements de nature corruptive à des employés de la compagnie pétrolière d’Etat et à des intermédiaires pour 31 millions de dollars.

«Les preuves indiquent qu’il existait un schéma à travers lequel les entreprises sous enquête payaient des pots-de-vin à des fonctionnaires de Petrobras pour obtenir des faveurs, des prix plus avantageux et réaliser des contrats avec plus de fréquence», détaille le procureur de l’Etat du Parana dans son communiqué.

«No comment» des traders

Les paiements se seraient échelonnés entre 2011 et 2014 et sont liés à 160 opérations de vente et d’achat de dérivés pétroliers. Et à des loyers de centres de stockage sous concession. Contactée par Le Temps, une porte-parole de Trafigura dit ne pas commenter «les affaires légales». Les services de presse de Glencore se fendent d’un «no comment» et ceux de Vitol n’ont pas pu être joints. Les trois négociants sont accusés par le procureur d’avoir versé respectivement 6,1, 4,1 et 5,1 millions de dollars de pots-de-vin.

Dans le cadre de ce raid, le 57e de cette opération baptisée Lava Jato (lavage express), la Cour fédérale de Curitiba annonce avoir émis 11 mandats d’arrestation et une assignation à comparaître, et effectué 27 recherches et perquisitions. Parmi les inculpés figurent trois intermédiaires des traders suisses et le représentant de Trafigura au Brésil. Pour les enquêteurs brésiliens, les dirigeants des négociants avaient une connaissance «totale et sans équivoque» du schéma, ont-ils soutenu en conférence de presse.

Un cran dans la «chaîne corruptive»

En novembre, les ONG Public Eye et Global Witness publiaient déjà un rapport sur ce volet de l’affaire Petrobras. Elles y dénonçaient un système «où la corruption a été érigée en règle du jeu» et des paiements de commissions à des «intermédiaires douteux» pour sécuriser des contrats pétroliers portant sur des milliards de dollars. «Les enquêteurs sont remontés d’un cran dans la chaîne corruptive, observe Marc Guéniat, coauteur du rapport pour Public Eye. Après les politiciens et fonctionnaires, ils se sont attaqués aux intermédiaires pour s’intéresser maintenant aux traders.»

Dans leurs réponses aux ONG, les trois négociants avaient nié que les documents produits constituent une quelconque preuve concernant le versement de pots-de-vin de la part de leurs employés ou de sociétés intermédiaires.

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