Genève se prépare à –6,5% de récession

Le creux en 2020 sera moins marqué dans le canton de Vaud. Le chômage va monter à 5,7% et s’aggravera en 2021.

Berne a fait état mardi matin d’une chute de –2,6% de l’activité du pays au cours des trois premiers mois de l’année. Une usine genevoise, ici celle de Kugler Bimetal.

Berne a fait état mardi matin d’une chute de –2,6% de l’activité du pays au cours des trois premiers mois de l’année. Une usine genevoise, ici celle de Kugler Bimetal.

TDG

Des prévisions publiées ce matin donnent une idée plus précise de l’onde de choc, liée à la pandémie du Covid-19, qui va toucher l’économie genevoise dans les mois à venir. Selon les chiffres du Groupe de perspectives économiques (GPE), l’activité dans le canton devrait être touchée par une récession de –6,5% cette année, plus profonde que celle de –5,5% prévue pour l’ensemble du pays. Ce choc intervient à la suite de deux bonnes années qui, mises bout à bout, ont offert une expansion de +5,6% à l’économie genevoise.


Comme leurs homologues vaudois, ces prévisionnistes – issus des collectivités publiques genevoises, du milieu bancaire et des caisses de compensation locales – marchent sur des œufs. Une nouvelle dégradation de la situation sanitaire restant toujours possible, «l’incertitude de [ces] prévisions est extraordinairement élevée». Pour rappel, en mars dernier encore, ce même GPE ne voyait pas l’économie genevoise décliner de plus de 4% cette année. Les choses bougent donc vite.
Afin de comprendre ce qui nous attend, quelques éléments de comparaison pour surnager dans ce torrent de statistiques.

Quid du chômage?

C’est la principale inquiétude économique de la population. Crainte fondée. La remontée du chômage sera «forte». Il faut «s’attendre qu’une partie des personnes au bénéfice des RHT [chômage partiel] se retrouvent inscrites au chômage lors des prochains mois», prévient le groupe d’experts.
En chiffres? Le taux de sans-emploi, qui était en dessous de 4% l’an dernier, pourrait grimper, selon eux, à 5,7% sur l’ensemble de 2020. L’inertie étant beaucoup plus forte sur les recrutements, le chômage pourrait même continuer sur sa lancée pour s’ancrer à 5,9% en 2021.

À titre de comparaison, au pire moment de la grande crise financière de 2009, le chômage avait dépassé brièvement les 7% de la population active du canton.

Pourquoi les Alémaniques sont moins touchés?

Deux principales raisons sont avancées. D’une part, des mesures de confinement plus strictes à Genève, notamment en ce qui concernait la fermeture des chantiers. D’autre part, le bout du lac est «plus exposé à la crise actuelle» qui paralyse les activités transnationales, notamment en raison de l’importance qu’y jouent le tourisme d’affaires, la Genève internationale ainsi que le négoce de pétrole.

Au fait, quelle est la situation actuelle?

Les chiffres officiels publiés ce matin par le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) le confirment: les restrictions mises en place sur le seul mois de mars, pour endiguer l’épidémie, ont suffi à faire reculer l’activité de –2,6% au cours du premier trimestre.

Bon, mais le canton de Vaud?

Il y a quinze jours, les experts du CREA – l’institut de recherche conjoncturelle de l’UNIL –, associés à ceux de l’État de Vaud, de la CVCI et de la BCV , ont esquissé une chute de –5,5% du produit intérieur brut (PIB) cantonal en 2020.

Et de l’autre côté de la frontière?

Aucun pays industrialisé n’échappera à une récession cette année, alors que le Fonds monétaire international s’attend à une crise d’une ampleur inconnue depuis la Grande Dépression des années 30. Mardi matin, sur l’antenne de RTL, le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, a évoqué un plongeon de –11% de l’activité cette année dans l’Hexagone. Paris tablait jusque-là sur –8%. Il a prévenu que le «choc économique est extrêmement brutal».

Rendez-vous l’an prochain?

Tentons de rester optimistes. Si une seconde vague épidémique ne déferle pas cet hiver, les experts du GPE tablent sur une reprise forte qui devrait atteindre +6% sur l’année 2021 à Genève.

Cela signifie que les traces laissées par la pandémie sur l’économie ne seront pas totalement effacées à la fin de 2021. Que ce soit en Suisse ou au bout du lac. «La crise du printemps 2020 aura occasionné une perte sèche pour l’économie», conclut le GPE.

Résumé des prévisions du GPE au 3 juin 2020.

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