Franchise à 10 000 francs: ils seraient preneurs

Jacques l’affirme sans détours: s’il existait une assurance maladie bon marché, à 60 ou même 80 francs par mois, il signerait immédiatement. Et ce, même si la franchise était de 10 000 francs. Cet informaticien vaudois n’est pas inconscient: il est père de famille et tient à sa santé et à celle de ses proches. «Mais en trois ans, les primes que nous payons pour la famille ont augmenté de 2000 francs, explique-t-il devant le tableau Excel qu’il tient pour faire ses comptes. C’est énorme! Moi et ma compagne avons pris une franchise à 2500 francs pour réduire la facture, mais elle reste difficile à payer.»

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Si Jacques s’exprime sous un nom d’emprunt, c’est pour une bonne raison: l’idée de Philomena Colatrella, à la tête de l’assurance maladie CSS, a provoqué une vague d’indignation chez les politiciens, mais aussi au sein de la population, sur les réseaux sociaux. Les membres d’un collectif de lutte contre l’augmentation des primes, qui manifestera le 26 mai prochain dans plusieurs villes de Suisse, se montrent choqués sur la page Facebook de leur groupe. «Jamais de la vie! s’exclame par exemple Francine parmi des dizaines de réactions outragées. C’est une option qui prétériterait encore plus les pauvres qui sont malades.» Et pourtant, précise-t-elle, elle a déjà de la peine à payer ses primes…

Jamais malade

Dans ce contexte, Jacques préfère ne pas dire tout haut qu’il est séduit par la proposition de la CSS. Mais son intérêt est justifié: d’abord, il n’est jamais malade, ou très rarement. Ensuite, il serait probablement en mesure de s’acquitter de frais de santé à hauteur de 8000 ou 10 000 francs.

Ce Vaudois n’est pas le seul à penser que l’idée de la CSS, certes loin d’apporter une solution à la hausse des coûts de la santé, soulagerait à court terme le porte-monnaie des citoyens suisses. Stéphane, artiste basé à Genève, n’hésiterait lui non plus pas une seconde. «Je paie 370 francs par mois avec une franchise à 2500 francs, explique-t-il. C’est beaucoup. Si ma facture pouvait se réduire à moins de 100 francs par mois, je pourrais économiser pour le cas où il m’arriverait quelque chose. Pour moi, ce système pousserait les gens à se montrer plus responsables en s’occupant mieux de leur santé, et à consulter moins souvent.»

Les franchises élevées séduisent de plus en plus de Suisses. En 2016, 23% des assurés adultes, soit 1,5 million de personnes, avaient une franchise à 2500 francs. Cette proportion ne cesse d’augmenter: en 2015, elle était de 20%, et en 2012, de 16%, selon des données communiquées par Santésuisse, la faîtière des assureurs maladie. «Selon un sondage que nous avons fait il y a trois ans, les hommes entre 35 et 54 ans sont les plus enclins à prendre une franchise élevée, car ils n’ont pas besoin d’aller souvent chez le médecin», explique Christophe Kaempf, porte-parole de Santésuisse. Parmi eux, combien seraient susceptibles d’opter pour une franchise à 10 000 francs?

Evaluation en cours

La CSS est précisément en train de l’évaluer, répond Luc-Etienne Fauquex, porte-parole de l’assurance. «Cela fait vingt ans que tout le monde parle de réformes et rien ne bouge, dit-il. C’est pourquoi nous avons lancé cette idée. En baissant les primes d’une partie des assurés, cela libérerait du pouvoir d’achat.» Les cantons, qui paient les primes à la place des assurés insolvables, pourraient eux aussi y voir un avantage.

En 2016, plus de 408 000 assurés faisaient en effet l’objet de poursuites pour n’avoir pas payé leurs primes d’assurance maladie, selon l’Office fédéral de la santé publique. On ne sait en revanche pas combien de personnes sont aux poursuites parce qu’elles n’ont pas été en mesure de payer l’une ou l’autre de leurs factures médicales.

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