Face au succès croissant d’Instagram, Snapchat s’enfonce dans la crise

Il paraît déjà loin ce jour où la façade du New York Stock Exchange affichait le jaune flamboyant de Snap Inc., la maison mère se cachant derrière l’application Snapchat. Le 2 mars 2017, Wall Street était alors ravie d’accueillir «cette société fun» et son emblématique patron, le golden-boy Evan Spiegel, en ces murs. Dix-huit mois plus tard, le constat est indéniable. À la Bourse américaine, le ton a clairement changé au sujet de Snap.

Depuis mardi, le groupe est même assigné par la justice américaine (DoJ) et les autorités de régulations des marchés américains (SEC) à fournir des documents liés à son entrée en Bourse. «Bien que nous n’ayons pas une visibilité complète sur les enquêtes en cours, nous pensons que le DoJ s’intéresse aux informations fournies lors de notre IPO sur la concurrence d’Instagram», répondait l’entreprise par communiqué.

Tout en affirmant être prête à coopérer pleinement avec la SEC et le Ministère de la justice, Snap répétait mercredi que «les divulgations antérieures à l’introduction en Bourse étaient exactes et complètes». Un avis que certains actionnaires ne partagent pas au vu de l’action en justice entamée contre le groupe. Ces derniers estiment en effet avoir été induits en erreur par l’entreprise sur la manière dont la concurrence pourrait réellement affecter sa croissance. Or c’est là tout le cœur du problème pour Snapchat, l’évolution du groupe est au point mort étant donné qu’il n’arrive plus à attirer de nouveaux utilisateurs. Pire, depuis deux trimestres, il en perd environ deux millions chaque mois.

Chute des abonnés

Cette tendance, qui devrait selon le groupe se poursuivre en tout cas jusqu’à la fin de l’année, inquiète fortement les investisseurs. «Pour une société de ce type, la capacité à attirer de nouveaux abonnés est fondamentale. Seule cette croissance permettra à Snap de générer un jour des revenus suffisants pour être rentable et devenir une société prospère», explique Brice Mari, portfolio manager chez AtonRâ.

Même si Snapchat réussit à légèrement mieux monétiser sa base actuelle d’utilisateurs, le groupe continue de dépenser des sommes considérables. Au troisième trimestre, le réseau social essuyait ainsi une perte nette de 325,15 millions de dollars (contre 443,15 millions de dollars un an plus tôt). En trois ans et demi, le montant des pertes dépasse même les 5 milliards.

Concurrence d’Instagram

La situation du groupe américain est actuellement d’autant plus délicate que la concurrence se porte bien. Instagram Stories, son principal adversaire en mains de Facebook, a ainsi vu sa base passer de 250 millions à quelque 400 millions d’utilisateurs au cours de la dernière année (contre 186 millions pour Snapchat).

Dès le départ, la filiale du géant américain a représenté une épine dans le pied de Snap. «En tant que société créative, vous devez être prêt à accepter que quelqu’un finisse par vous copier si vous faites des trucs géniaux. Mais voilà, ce n’est pas parce que Yahoo! a une barre de recherche que c’est Google», osait railler Evan Spiegel au moment de l’IPO. Dix-huit mois plus tard, suite notamment au lancement désastreux de la nouvelle mouture de son application pour Android, Snapchat apparaît désormais «plus ringard que génial».

Du coup, certains réclament la tête du Golden-Boy de la Silicon Valley. «Le départ d’Evan Spiegel serait effectivement très bien perçu par les marchés», estime Brice Mari. Au vu de l’hémorragie récente survenue au sein de l’équipe de direction de Snap, dont le départ annoncé il y a deux jours de Nick Bell (l’un des proches du jeune patron), les milieux financiers ne semblent effectivement plus les seuls à contester la position d’Evan Spiegel.

Miser sur les jeux vidéo

Que ce soit avec ou sans son fondateur, Snapchat devra rapidement trouver des solutions pour s’assurer un avenir. «À l’exemple du chemin tracé par Facebook (une plate-forme destinée au départ aux jeunes), il faudrait que, pour conserver, voire attirer de nouveaux annonceurs, le groupe réussisse à élargir son audience en se tournant vers une clientèle plus âgée et plus aisée. Pour fidéliser ses utilisateurs, l’application pourrait également proposer de nouveaux produits comme des jeux vidéo», explique le portfolio manager chez AtonRâ.

Depuis quelques mois, l’hypothèse de voir l’application sociale se tourner vers le jeu vidéo semble de plus en plus solide. En s’inspirant du modèle économique développé par son actionnaire principal (le géant chinois Tencent), Snapchat pourrait non seulement générer des revenus supplémentaires, mais surtout réussir à se démarquer d’Instagram et séduire de nouveaux «Snapers». Des pistes qui pourraient redonner un peu de «vert» à l’action du groupe qui, mercredi, s’effondrait une nouvelle fois à Wall Street.

(TDG)

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