Euronext fait une prise sur le terrain de la Bourse suisse

Le siège de Sequana Medical était installé sur le Technopark zurichois l’été dernier encore. Lundi matin, la cérémonie de sa première cotation s’est pourtant tenue à Bruxelles. Cette entrée en Bourse vient concrétiser les efforts déployés depuis deux ans par Euronext – la société privée exploitant le plus grand marché boursier paneuropéen – pour attirer à elle les perles de la «tech» suisse.

Entendu, ce fabricant de pompes implantables destinées à gérer de graves maladies du foie montrait déjà des affinités pour le Plat Pays. Piloté par un ancien banquier britannique, Sequana Medical avait convaincu cet automne des financiers bruxellois et flamands – ainsi que le fonds souverain belge SFPI – de lui apporter 8,5 millions d’euros. Ce qui l’avait conduit à transférer son quartier général à Gand. Sa migration vers la Bourse de Bruxelles est la première à être revendiquée par l’antenne installée par Euronext en Suisse en 2017.

Plusieurs candidats en lice

En septembre, cette représentation helvétique a enrôlé une dizaine de PME dans son cursus de formation TechShare. En Suisse romande, le concepteur de tests de dépistage Abionic fait partie des recrues. Portrait-robot des 125 autres candidats qui y participent en Europe? Une centaine de collaborateurs, des ventes annuelles pour une dizaine de millions de francs et l’obtention d’une quinzaine de millions de financements.

Sequana n’a pas été enrôlé par ce biais. «Je les ai contactés peu après mon arrivée à Zurich. Je connaissais déjà certains de leurs investisseurs», se souvient Søren Bjønness. À en croire le représentant d’Euronext en Suisse, plusieurs autres entreprises helvétiques «envisagent sérieusement une cotation (ndlr: en Europe)», qui pourrait intervenir «d’ici à la fin de l’année» pour certains.

Zurich reste de marbre

Installé depuis deux ans sur le Technopark zurichois, cet ancien officier de marine norvégien se défend de pousser à la délocalisation. Et milite pour que «les sociétés suisses cotées chez nous se maintiennent à l’endroit qui les rend les plus fortes». À l’instar de Geneuro, une société biotech qui, trois ans après sa cotation sur Euronext Paris, maintient son siège à Genève.

La Bourse de Zurich ne semble guère voir de menaces dans ce braconnage. Pas plus que dans les conditions offertes par Euronext aux start-up: celles-ci peuvent envisager une cotation en ne mettant à disposition du public qu’un paquet d’actions de 2,5 millions d’euros, soit le dixième de ce qui est exigé à Zurich. «L’expérience montre qu’un montant plus élevé permet une meilleure liquidité dans le négoce des titres, un des besoins les plus importants des investisseurs», rétorque un porte-parole de SIX Swiss Exchange, la société d’exploitation de la Bourse suisse. Quid de l’accès à la communauté financière gravitant autour des places boursières fédérées par Euronext – notamment le millier de sociétés de placement dédiées aux PME technologiques? Le porte-parole lui oppose la présence en Suisse du «premier centre de gestion de fortunes transfrontalière au monde».

Une assurance qui reflète peut-être également le fait que douze sociétés ont rejoint la Bourse à Zurich l’an dernier, du jamais-vu depuis la bulle internet de 2001. De quoi faire rapidement oublier la désertion de Sequana Medical, dont les débuts en Bourse s’avèrent ardus: la valeur des titres de l’ex-société zurichoise décroche de 15% depuis lundi matin.

(TDG)

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