Etrange proximité entre Raiffeisen et des PME choyées par son ancien directeur

Depuis 2012, Raiffeisen investit dans des PME à travers sa participation dans Investnet, une société de capital-investissement présidée (et détenue maintenant à 15% et à titre privé) par Pierin Vincenz, ex-directeur général de la banque coopérative.

Cette filiale de Raiffeisen fait aujourd’hui l’objet d’une procédure auprès de la Finma, de même que Pierin Vincenz lui-même, pour de possibles conflits d’intérêts. L’ancien directeur conteste toute collusion inappropriée.

Basée à Herisau, Investnet dispose de moyens importants pour investir dans des PME affichant 5 à 35 millions de francs de chiffre d’affaires. Elle a près de 200 millions de francs de capital à disposition. Son équipe d’une vingtaine de personnes gère 300 millions de francs d’actifs, qui sont investis dans quelque 20 entreprises représentant 1200 employés au total et environ 300 millions de francs de chiffre d’affaires.

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Le portefeuille de cette société de private equity (investissement dans des entreprises non cotées) est diversifié. Mais ses relations d’affaires étroites avec Raiffeisen peuvent paraître surprenantes.

Dans le capital-financement, en effet, les investisseurs visent une hausse de valeur de leur participation, mais les sociétés visées sont en principe «le plus indépendantes possible» de l’investisseur, selon des experts. Pourtant plusieurs PME présentes dans le portefeuille d’Investnet dépendent plus ou moins directement de Raiffeisen.

De l’externalisation à l’investissement

Ainsi Trendcommerce Group, à Saint-Gall, spécialisé dans le marketing direct et l’impression d’opérations bancaires. Il gère, dans son centre hautement sécurisé, tous les relevés bancaires de plus de 200 banques Raiffeisen. La HandelsZeitung a appris que Raiffeisen était même le premier client de Trendcommerce. Un nouvel appel d’offres pour ses prestations vient d’être lancé, sous la conduite d’une grande fiduciaire.

Lorsque la banque coopérative avait externalisé son service d’impression à Trendcommerce, en 2012, cette dernière avait repris 15 employés de Raiffeisen. Moins de quatre ans plus tard, Investnet, sous la présidence de Pierin Vincenz, acquiert la majorité de Trendcommerce. Ni la coopérative, ni Pierin Vincenz ne tiennent à commenter les transactions liées à Investnet.

Les relations sont également étroites avec JLS Digital, une participation d’Investnet depuis mi-2013 et récemment vendue à la fondation d’investissement Renaissance. La société gère les écrans d’affichage numériques visibles dans les vitrines de 170 succursales Raiffeisen. JLS Digital offre ses services également à d’autres banques. Mais ces dernières, contrairement à Investnet, ne sont pas propriétaires de l’entreprise de marketing numérique.

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La proximité de Raiffeisen avec les PME dans lesquelles Investnet a investi fait débat, autant que l’étendue des fonds à disposition de ce véhicule d’investissement. Le marché des PME est «étroit», note Roger Kollbrunner, associé de la société d’investissement Artum. «Les 200 millions disponibles accroissent la pression à investir», explique-t-il. Investnet est diversifié en termes de branches, mais elle est active dans toutes les étapes de la vie d’une entreprise, du financement de sa croissance à la succession.

Adaptation: Emmanuel Garessus

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