Et si la BCE remontait ses taux en 2020?

Un impôt américain sur toutes les recettes provenant de l’étranger, un départ de la Hongrie de l’Union européenne ou encore un effondrement du modèle suédois. Ces scénarios surprenants font partie des prévisions chocs pour l’année 2020 publiées par Saxo Bank mardi. Les analystes de l’établissement bancaire danois se sont livrés comme chaque année à cet exercice de prospective qui cherche à aller au-delà du consensus économique.

«Nous essayons toujours de partir des grandes tendances macroéconomiques que nous observons pour déterminer quel est le scénario qui n’est pas envisagé par le marché», précise Christopher Dembik, responsable de la recherche macroéconomique chez Saxo Bank. Ces prédictions sont aussi le fruit d’échanges avec les clients de la banque au cours de l’année. Si elles sont peu probables de l’aveu même de ses auteurs, elles auraient un impact majeur sur les marchés si elles se réalisaient.

Une volte-face fictive de la BCE

Certaines semblent plus difficilement envisageables que d’autres. Pour le cru 2020, Christopher Dembik a imaginé une volte-face de la Banque centrale européenne (BCE). «Aujourd’hui, si vous parlez à un analyste, il vous dira que les taux négatifs vont perdurer sur plusieurs années et que la BCE ne va probablement pas changer son mandat. Quand on reste dans ce consensus mou, on est incapable d’envisager des éléments hors cadre, qui vont avoir un vrai impact», souligne-t-il.

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Dans le scénario proposé, face à l’échec de sa politique monétaire qui ne parvient pas à pousser l’investissement productif et qui fragilise les banques européennes, la BCE augmenterait de nouveau ses taux. Rapidement, après une première hausse le 23 janvier, ils atteindraient le zéro et seraient de nouveau légèrement positifs à la fin 2020. «Aujourd’hui, l’idée que la BCE augmente ses taux est aberrante, mais force est de constater que son objectif final est d’avoir une relance budgétaire, détaille Christopher Dembik. Il n’y a pas 30 moyens de coercition pour y parvenir, et la hausse des taux en est un.» Cette hypothèse s’appuie également sur deux constats: le renforcement du débat sur le cadre de la politique monétaire de la BCE avec l’arrivée de Christine Lagarde et l’absence d’inflation.

Des prévisions parfois justes

Il arrive aussi parfois que les prédictions de Saxo Bank se réalisent, contre toute attente. «Sur les toutes dernières années, nous avions prévu le Brexit et la forte baisse du prix du baril de pétrole en 2014, note Christopher Dembik. Nous avions envisagé une baisse à 80 dollars le baril. Il est descendu à 30 dollars, mais nous avions vu la tendance. Par contre, nous n’avions pas prévu l’élection de Donald Trump.» Parmi les prédictions pour 2019, celle de l’entrée en récession de l’Allemagne au troisième trimestre a failli se réaliser. Après un recul de 0,2% de son PIB au deuxième trimestre, le pays avait finalement connu une croissance de 0,1% au troisième trimestre.

Pour l’année à venir, Christopher Dembik estime que deux hypothèses concernant les Etats-Unis ont plus de chances de se réaliser que les autres: la victoire des démocrates à la présidentielle et dans les deux Chambres, ainsi que le scénario d’une stagflation (situation économique marquée par une croissance de l’activité nulle ou très faible et de l’inflation, accompagnée généralement d’un taux de chômage élevé) américaine.

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