En trott’ plutôt qu’à pied

A Genève, il y a peu, la tenancière d’un restaurant a été renversée par une e-trottinette et s’est fracturé le poignet. A Winterthour depuis début juin, on parle de trois accidents avec blessés dus à ces deux-roues motorisés. Les e-trottinettes de location foncent depuis une année à travers les villes suisses. La mode est née à Zurich où 1500 trottinettes électriques ont été mises en circulation par les trois loueurs autorisés pour l’instant, Tier, Circ et Bird. A Bâle, on en compte entre 400 et 600. Genève et Lausanne suivent, tout comme Berne, Lucerne et Saint-Gall. Et là où leur nombre croît, les accidents augmentent. Après les vélos électriques, on le constate désormais aussi pour les trottinettes.

Pourtant, l’essor de l’e-trottinette n’en est qu’à ses débuts dans notre pays. A Zurich, les autorités suivent de près le phénomène. «Nous n’avons pas encore constaté de problèmes sérieux», rassure Robert Soos, responsable communication au Département de la sécurité de la ville de Zurich. Mais il arrive bien sûr que des usagers roulent sur le trottoir ou à deux sur une trottinette, ce qui est illégal. «Nous recevons alors des réclamations.» Le nombre d’accidents reste peu élevé et ces incidents ne font pas l’objet de statistiques.

A Zurich, on mise sur la prévention. La police a posté sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle les règles principales sont énumérées et illustrées. Mais cela n’ira pas sans répression, pense Robert Soos: «Si on conduit ce type de véhicule n’importe comment, il faut s’attendre à une amende.» La ville de Zurich exige des loueurs d’e-trottinettes la preuve que la sécurité routière de leur type de véhicule est garantie. Et un nouveau régime d’autorisation et de taxe a été introduit le 1er avril 2019, qui prévoit que ces prestataires s’acquittent d’une taxe d’utilisation de 10 francs par mois et par véhicule. La ville espère connaître avec précision le nombre de véhicules en circulation avec ce règlement.

Nouveaux prestataires à l’affût

Ces nouvelles taxes ne sont pas de nature à intimider les acteurs du marché des e-trottinettes, car celui-ci semble très lucratif: selon certaines estimations, il devrait représenter un potentiel de chiffre d’affaires global de 17 milliards de francs. L’allemand Tier chasse le client à Zurich avec 500 véhicules, à Bâle avec 200, soit le volume autorisé dans ces deux villes. Selon son porte-parole Daniel Fuchs-Bauer, l’arrivée de Tier dans d’autres villes suisses est envisagée. A Zurich, hormis Tier, Bird et Circ se disputent aussi la clientèle. Circ est présent avec ses trottinettes de 20 kilos à Bâle, Zoug et Winterthour, ce qui en fait le prestataire le plus représenté dans les cités helvétiques.

Mais d’autres se bousculent au portillon. «A Zurich, de nouvelles demandes d’autorisation sont en cours d’examen», commente Robert Soos. Et ce devrait aussi être le cas dans d’autres villes où des entreprises diverses flairent la bonne affaire. Le suédois Voi, par exemple, vise neuf villes à lui seul. Son projet pilote à Saint-Gall, avec 100 trottinettes, s’est avéré une réussite. La concurrence devrait donc s’accentuer fortement ces prochains mois.

Critiques du lobby des piétons

Le lobby des piétons se montre peu enthousiasmé par l’arrivée d’un nouveau moyen de transport dans l’espace public. «Selon notre analyse, l’essor des e-trottinettes devrait rester une mode passagère, plutôt pénible pour les piétons», estime Dominik Bucheli, chez Pedestrian Mobility Switzerland, l’association faîtière des piétons.

Dominik Bucheli a aussi son opinion sur les motivations écologiques initiales de l’idée de la trottinette électrique. Les fournisseurs affirment que l’offre de véhicule partagé la rend écologique, puisqu’elle économise des trajets en voiture. «En réalité, l’e-trottinette remplace les trajets à pied ou en transports publics. Du coup, si l’on songe que ces véhicules sont collectés une fois par jour par un fourgon et répartis de nouveau dans toute la ville, au bout du compte ils engendrent plus de trajets motorisés qu’ils n’en économisent.»

Croissance oui, mais pas illimitée

Du côté des prestataires, ce genre de critique coule comme sur les plumes d’un canard. «Nous nous comprenons comme des partenaires de mobilité des villes et de leur population. La trottinette électrique n’est que le début d’une évolution», rétorque Daniel Fuchs-Bauer, chez Tier.

La suite de cette évolution devrait aussi dépendre de l’accueil que la population et les autorités réserveront dans les villes à la trottinette électrique. A Bâle, par exemple, où les prestataires peuvent encore agir sans autorisation, on constate de la résistance. Une des critiques évoquées est qu’elles sont abandonnées n’importe où. Et si, outre Tier et Circ, d’autres protagonistes devaient débarquer, l’ambiance au coude du Rhin se ferait encore plus lourde.

A Zurich aussi, la croissance de l’e-trottinette ne devrait pas être illimitée. «Nous observons la situation et veillerons à ce que le domaine public en ville ne soit pas bouleversé par ces mini-véhicules de location», promet Robert Soos, qui n’a pas de réponse à la question du nombre d’e-trottinettes «tolérable» à Zurich. «Pour l’heure, la question d’une limitation ne se pose pas.»

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