En quoi consiste le leadership inclusif et pourquoi est-il si important?

Après une réflexion approfondie sur l’évolution de la mondialisation au cours des 40 dernières années, ainsi que sur mes expériences personnelles passées en tant que directeur général du groupe UBS et actuelles, en tant que Président du Conseil de Fondation de l’IMD, membre de divers conseils d’administration et philanthrope, j’estime que le leadership peut et doit avoir un impact positif sur la société. Le leadership a beaucoup évolué. Mais de quel style de leadership avons-nous besoin aujourd’hui et pour l’avenir? Comment inspirer les leaders et éviter ainsi à l’humanité les guerres et révolutions du passé en développant la théorie et la pratique de cette discipline? Je suis résolument convaincu qu’une nouvelle approche du leadership «inclusif» peut contribuer à une avancée significative.

Mais qu’entend-on précisément par «inclusif»? Dans la littérature, le «leadership inclusif» désigne la nécessité d’une plus grande diversité, ainsi que le développement de meilleures relations entre les cadres dirigeants et leurs équipes. Je pense que nous avons besoin du plus grand nombre possible de leaders à tous les niveaux et dans toutes les couches de la société, par opposition à ce concept de «leaders hors du commun» dont on parle dans les livres et qui n’existent que rarement dans la vraie vie. Le leadership ne devrait pas être un concept destiné uniquement à un nombre très restreint de personnes. Voici donc mes quatre principes-clés du leadership inclusif:

1. Dynamique et orienté vers le changement

On a longtemps considéré que les hauts cadres étaient censés diriger depuis le sommet de leur organisation en dictant les «bonnes choses à faire» et l’on attendait de leurs équipes qu’elles se bornent à «bien faire» ces dites choses. Or, la réflexion dans le domaine du leadership a bien évolué. Le leadership inclusif est particulièrement utile quand il s’agit de savoir quelle est «la bonne chose» à faire et comment «bien la faire», tout en disposant d’une extrême flexibilité pour s’adapter à un environnement qui change en permanence.

2. Collaboratif afin de tisser des liens entre les différents secteurs de la société

Notre ère mondialisée, avec son interdépendance et ses défis urgents, appelle un leadership collaboratif, ouvert d’esprit, touchant tous les secteurs de la société et toutes les cultures. Les cadres dirigeants s’efforcent d’assurer la réussite de leur entreprise, mais ignorent ce qui se passe au-delà de leurs sphères immédiates. Les leaders de la société civile tentent de rendre le monde meilleur, mais n’ont aucune idée de ce que les entreprises sont capables d’accomplir. Les dirigeants politiques voient tout sous un angle national, régional ou local, parfois sans tenir compte des forces globales qui sont à l’œuvre. Il est indispensable d’améliorer l’écoute, la compréhension, le respect et la collaboration.

3. Holistique et applicable à grande échelle en intégrant le plus grand nombre possible de personnes et de points de vue différents

Face à la complexité des tâches qui incombent aux leaders actuels, revoir la définition du leadership et rendre sa pratique plus accessible serait souhaitable. En effet, au lieu de rechercher les «perles rares», nous devrions plutôt essayer de tirer parti de toutes les compétences en leadership existantes, toutes régions et catégories socio-professionnelles confondues. Cela stimulerait le partage des connaissances et des expériences à travers tous les segments de la société et donnerait naissance à de nouveaux talents.

4. Incitatif en encourageant les leaders à réfléchir et à prendre position en fonction de leurs valeurs et de leur éthique

La théorie et la pratique du leadership doivent intégrer des valeurs plutôt que des idées et opinions de circonstance. Les leaders doivent veiller à réfléchir à leur conception personnelle de l’éthique, de leurs valeurs et les appliquer de manière cohérente. C’est la base pour mieux comprendre les différences de point de vue entre collègues et favoriser une collaboration plus étroite entre eux, indépendamment de leur sexe, leur origine ou leur âge.

En résumé, je pense que le leadership inclusif est une approche dynamique, collaborative et applicable à grande échelle. Il doit tenir compte des transformations provoquées par la mondialisation et se fonder sur une éthique et des valeurs claires. Le leadership inclusif est essentiel parce qu’il constitue un atout pour maîtriser les défis qui résultent de l’évolution de la mondialisation. Il doit aider les sociétés à tirer parti de ses avantages afin d’éviter les crises majeures.


* Peter Wuffli est l’auteur d’Inclusive Leadership: A Framework for the Global Era, publié par Springer