En pleine deuxième vague, quels sont les effets concrets de l'app SwissCovid ?

SwissCovid a pratiquement disparu. Des discussions publiques, des médias, des interventions des autorités. La deuxième vague a beau être violente en Suisse – 9386 infections ont été annoncées jeudi –, l’application de traçage des contacts est paradoxalement passée inaperçue. Or elle a justement été conçue comme une aide pour lutter contre la pandémie. Est-ce à dire qu’elle ne sert à rien? Quatre mois après son lancement officiel – c’était le 25 juin –, penchons-nous sur l’apport de cette aide numérique contre le coronavirus.

Lors de notre dernier point de situation, fin août, l’application développée par l’EPFL totalisait 1,52 million d’utilisateurs, pour 2,26 millions de téléchargements. Aujourd’hui, l’app compte 1,86 million d’utilisateurs pour 2,68 millions de téléchargements. Le nombre d’utilisateurs progresse de manière continue depuis cet été – la hausse a été de 70 000 unités sur les sept derniers jours.

Codes inaccessibles

Cet été, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) espérait que le cap des 3 millions d’utilisateurs serait franchi cet automne. Un objectif a priori difficile à atteindre ces prochaines semaines. «Nous avons toujours l’espoir que davantage de personnes utiliseront l’application, Nous avons déjà atteint près de 2,7 millions de téléchargements», affirme un porte-parole de l’OFSP. Mais bien entendu, télécharger SwissCovid sans l’activer ne sert à rien.

Parlons maintenant des effets concrets de l’app. On l’entend autour de nous, on le lit sur les réseaux sociaux: si l’on a été testé positif, il faut souvent plusieurs heures, voire plusieurs jours, pour obtenir de la part des autorités sanitaires le code à 12 chiffres à entrer dans l’app. Taper ce code permet d’alerter, de manière totalement anonyme, les personnes que l’on a croisées les jours précédents. Or environ la moitié des utilisateurs de l’app qui demandent un tel code… ne l’obtiennent tout simplement pas. Cette proportion de 50% est calculée en comparant le nombre de «codes Covid» entré un certain jour avec le nombre d’infections déclarées, et en tenant compte du pourcentage (environ 28%) de la population qui utilise l’app.

Saturation

Comment expliquer une telle situation? L’OFSP reconnaît un sérieux problème: «Nous n’avons pas d’informations indiquant que ce taux est proche de 50%, mais nos statistiques et notre expérience montrent également qu’il devrait y avoir plus de personnes qui devraient entrer le code d’activation, admet un porte-parole. Malheureusement, certains cantons sont tellement occupés par la recherche de leurs contacts que la génération des «codes Covid» n’est pas optimale. Nous sommes en discussion avec les cantons pour améliorer la situation, mais nous devons accepter qu’en ce moment les priorités sont différentes.»

Le goulot d’étranglement se situe bien au niveau des autorités sanitaires cantonales. «Le problème de la génération des «codes Covid» n’a rien à voir avec l’app. Nous sommes très préoccupés par la génération lente de ces codes. Clairement, il faut que les processus soient immédiatement améliorés. Il faudrait que les codes soient disponibles dès qu’un résultat positif soit constaté. Cela permettra à l’app d’obtenir un impact épidémiologique maximal», note Marcel Salathé, directeur du laboratoire d’épidémiologie numérique de l’EPFL et membre de la Task Force Covid-19 de la Confédération.

De son côté, Edouard Bugnion, vice-président de l’EPFL, affirme qu’il «existe des différences statistiques entre les cantons, clairement mesurables, qui ne s’expliquent que par des différences dans le processus de génération et de transmission des codes aux malades». En clair: ce ne sont pas les utilisateurs de SwissCovid à Genève, à Neuchâtel ou à Uri qui se comportent différemment: ce sont les systèmes sanitaires de certains cantons qui ne parviennent pas à générer ces codes.

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Vaud promet des progrès

Contacté, le service de presse du médecin cantonal vaudois reconnaît que «on nous a en effet rapporté quelques situations de retard par le passé». Mais, poursuit la porte-parole, «depuis, le canton de Vaud a augmenté le nombre de personnes habilitées par l’OFSP à envoyer les codes SwissCovid. Et la nouvelle procédure mise en place depuis vendredi – envoi systématique de SMS pour l’annonce du résultat du test et renvoi à un formulaire à remplir pour le contact tracing – permet de régler cette problématique. En effet, les personnes positives demandent directement dans le formulaire à recevoir le code. Celui-ci leur est envoyé dans la journée. Avant, ce besoin était identifié uniquement lors du téléphone avec la personne.»

En dépit de ces soucis, le nombre de codes introduits par les utilisateurs dans l’app progresse rapidement: il a dépassé pour la première fois 1000 par jour ce lundi, un chiffre qui a doublé en l’espace d’une semaine. L’OFSP publie également, sur son site, le nombre de «codes Covid» saisis par les utilisateurs durant les sept derniers jours: on y constate une progression quotidienne de plus de 10%.

Etude à Zurich

A l’autre bout de la chaîne, on ne sait pas – à cause du côté anonyme de l’app – combien de personnes au total reçoivent des alertes de la part de personnes infectées. Mais jeudi, le professeur Viktor von Wyl, épidémiologiste à l’Université de Zurich, a publié une étude à ce sujet. Durant le mois de septembre, dans le canton de Zurich, 344 personnes infectées ont entré un «code Covid». Cela a généré, de la part des personnes ensuite alertées (dont on ne connaît jamais le nombre), 756 appels à la hotline, aboutissant à la recommandation de 166 mises en quarantaine. Et au total, 30 personnes ont été testées positives suite à une notification de la part de l’app. Conclusion de l’auteur de l’étude: en gros, dix «codes Covid» enregistrés aboutissent à environ un test positif. Et ce dernier n’aurait certainement pas pu être fait hors d’une notification de la part de l’app.

Selon Viktor von Wyl, l’app montre ainsi son efficacité dans le canton de Zurich. Pour autant que les processus cantonaux soient alignés, les résultats portant sur le canton de Zurich devraient certainement être extrapolés à l’échelle nationale. L’OFSP estime, elle aussi, que l’app «est clairement un succès.» A noter que le délai entre l’entrée du «code Covid» et sa réception par les personnes croisées va être raccourci via une mise à jour de l’app la semaine prochaine. Ce délai, aujourd’hui de maximum neuf heures dans certains cas, ne devrait plus dépasser quatre heures.

A noter par ailleurs que l’app n’est pas encore interopérable avec d’autres apps de ce type en Europe.

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