Elon Musk prêt à tout pour sauver Tesla

Coup de tonnerre en pleine séance de la bourse, ce mardi à 12h48. En 61 caractères Twitter, l’emblématique patron de Tesla, Elon Musk, a bouleversé le marché avec son annonce. Il déclare retirer son entreprise de la bourse si elle atteint le prix de 420 dollars. Sous le choc, les mondes financier et médiatique spéculent sur la véracité de ces propos. Le chef de la marque américaine de voitures électriques risque gros. Il pourrait être accusé de manipulation boursière, et en plus, de mettre à mal sa réputation.

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Le ras-le-bol d’Elon Musk

Elon Musk ne veut plus continuer à traiter avec la bourse. Las de cette pression à la rentabilité et des commentaires de la part d’analystes et de médias, il dit stop. Dans son tweet, il affirme avoir les fonds nécessaires pour réaliser son projet. Pour sa part, François Savary, chef des investissements chez Prime Partners, se montre circonspect. «Tesla a certes annoncé une grande participation du fonds souverain des Emirats arabes unis, mais ce ne sera pas suffisant.»

Le problème est qu’Elon Musk détient 20% du capital mais doit trouver comment racheter les 80% restants. Le trader indépendant Thomas Veillet est pessimiste. «Avec 100 000 voitures vendues par année, Tesla n’est pas rentable. Pour racheter 70 milliards d’actions, qui voudrait parier sur des dettes?» De son côté, la chaîne américaine CNBC a mené son enquête et n’a pu trouver de banques au courant de ce fameux financement.

Renfort à coups de tweets

Les abonnés Twitter d’Elon Musk le savent, le fil d’actualité du patron de Tesla est son terrain de jeu privilégié. Nouvelles inattendues, buzz et parfois même insultes y fusent. Provoquant parfois des mouvements sur l’action de son groupe. Exemple, depuis son annonce, l’action de Tesla a varié de 8,5%.

Ces soubresauts n’ont rien d’étonnant. Le trader indépendant Thomas Veillet assure que tout cela est le résultat d’une stratégie visionnaire. «D’habitude, les short sellers [vendeurs à découvert] parient contre Tesla en vendant des actions, ce qui en fait baisser le cours. Elon Musk contre cela en annonçant des bonnes nouvelles, ce qui provoque l’effet inverse.» Une mécanique basée sur la spéculation, qui a permis à Tesla de se maintenir à flot toutes ces dernières années, selon le trader.

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Les tweets d’Elon Musk font souvent l’objet d’une grande attention. L’information divulguée mardi semble avoir été celle de trop. «Ce n’est pas tant le fond que la manière qui me dérange. Utiliser Twitter pour des annonces d’une telle importance, ce n’est pas très intelligent», estime François Savary.

Risque de procès

Le directeur de Tesla aura de la peine à faire oublier son tweet. Il risque de faire face à de nombreux problèmes. Il pourrait notamment être accusé de manipulation boursière.

Comme le relate le journal américain New York Times, la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier américain, considère que les messages de réseaux sociaux doivent être accompagnés d’une diffusion simultanée au grand public. Un ancien avocat de la commission a pourtant commenté: «Simultanément, c’est simultanément», et donc le tweet devrait être tenu au même niveau qu’un communiqué de presse.

«Si une personne vend son action à la suite de l’annonce faussée et que lorsqu’elle se rend compte de l’erreur, elle a perdu de l’argent, elle peut faire recours», justifie Me Charles Poncet, spécialiste du droit américain. Suite à son acte, Elon Musk risque d’encourir des conséquences juridiques multiples.

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Deux cas de figure

Charles Poncet constate deux cas de figure. Une action civile engagée par les actionnaires de manière collective, ou bien de la part de la SEC. Deuxième possibilité, une action pénale à l’initiative du procureur du district de Manhattan. L’avocat précise: «Les Etats-Unis privilégient les actions civiles en général. L’action pénale exige des preuves souvent trop importantes à réunir.»

Les répercussions de ces allégations seraient également réputationnelles, selon le trader Thomas Veillet. «Tout comme Trump, Elon Musk joue avec Twitter; il peut donner l’image d’un chef d’entreprise incontrôlable. Ce n’est pas rassurant pour les investisseurs.» De quoi générer un effet contraire à la stratégie de l’homme d’affaires qui tente de sauver Tesla depuis des années.

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