Donald Trump s’invite dans la crise Boeing

«Je ne voulais pas prendre de risques.» Ces mots de Donald Trump pour justifier mercredi la décision de clouer au sol les Boeing 737 MAX après le crash du vol Ethiopian Airlines, dimanche dernier, ont créé des remous aux États-Unis. C’est normalement le rôle de la Federal Aviation Administration (FAA), une agence gouvernementale indépendante, de trancher en matière de sécurité aérienne et non pas celui de la Maison-Blanche. «Ce genre de décision n’est pas du ressort du président et j’espère qu’il ne l’a pas prise», réagit Richard Aboulafia, un expert aéronautique au sein du Teal Group dans la région de Washington. «Dans tout pays bien gouverné, il est important que l’Administration fédérale de l’aviation soit indépendante.»

Boeing est une compagnie fantastique, vraiment fantastique,
et j’espère qu’ils trouveront la réponse rapidement

Selon le «Washington Post», Donald Trump avait d’ailleurs acquiescé dans un premier temps, lorsque ses collaborateurs lui avaient recommandé de laisser la FAA annoncer la décision d’interdire provisoirement les vols des Boeing 737 MAX. L’homme aime néanmoins projeter l’image d’un président qui agit, même lorsque c’est à contrecœur, comme dans le cas de Boeing. Il a ainsi pris la FAA de court mercredi après-midi. «Nous n’avions pas à prendre cette décision aujourd’hui, nous aurions pu la repousser», a-t-il affirmé avant la publication du communiqué de la FAA. «Nous n’avions peut-être même pas à la prendre, mais je pensais que c’était important d’un point de vue psychologique et pour beaucoup d’autres raisons.»

Pour «une courte période»

Donald Trump a, toujours selon le «Washington Post», critiqué le 737 MAX en privé, mais n’a pas été avare de compliments sur Boeing, une compagnie dont il est proche. Depuis le début de la crise provoquée par le crash du vol Ethiopian Airlines, le président américain est en communication quotidienne avec Dennis Muilenburg, le patron de l’avionneur. Les États-Unis ont été les derniers à geler les vols des Boeing 737 MAX et Donald Trump a promis jeudi que cette décision ne serait que pour «une courte période»: «C’est une compagnie fantastique, vraiment fantastique, et j’espère qu’ils trouveront la réponse rapidement», a-t-il ajouté.

«Il n’y a pas de preuve que Boeing ait fait campagne contre la décision d’interdire à ses 737 MAX de voler», poursuit Richard Aboulafia. «S’ils l’ont fait, ce serait une grosse erreur.» Pour l’expert, le temps que se sont accordé les États-Unis avant de clouer les 737 MAX au sol s’explique par la volonté de collecter des données avant de prendre une décision. «La pression politique était intense, reconnaît-il. Même Donald Trump a critiqué la technologie des 737 MAX.»

Un précédent en Indonésie

L’enquête sur le crash d’Ethiopian Airlines est en cours, mais la FAA évoque déjà des «similitudes» entre cet accident et celui de Lion Air, le 29 octobre 2018 en Indonésie. Un dysfonctionnement du système de stabilisation du 737 MAX pourrait être à l’origine des deux tragédies, selon des experts cités par les médias américains.

Les conséquences économiques pourraient être importantes pour Boeing, dont le cours de l’action a chuté de 11% depuis le crash d’Ethiopian Airlines. Tout en disant comprendre la décision de la FAA de suspendre les 737 MAX, le PDG de Boeing a renouvelé sa «confiance totale en la sécurité» de cet appareil. Il a précisé que le choix de l’immobiliser était à l’initiative du constructeur pour rassurer le grand public.

(TDG)

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