Donald Trump s’attaque aux voitures allemandes

Nouveau coup de sang! Dans la nuit de mercredi à jeudi, Donald Trump a lancé un assaut contre les voitures importées. En visant plus particulièrement celles provenant d’Allemagne. Rien de neuf, certes. Mais le 45e président des États-Unis réussit toujours à faire frémir le monde.

Se rencontrant à Pékin, presque au même moment, la chancelière allemande Angela Merkel et le président chinois Xi Jinping ont bien tenté un plaidoyer, aussi furtif que timide, pour le libre-échange. Mais, de son côté, Donald Trump a donné des ordres: «J’ai demandé au Secrétaire au commerce, Wilbur Ross, de lancer une enquête sur les importations de véhicules, y compris les camions et les pièces détachées, pour évaluer leur impact sur notre sécurité nationale. Les industries de base, comme l’automobile, s’avèrent en effet essentielles à notre puissance en tant que nation.»

Wilbur Ross a immédiatement obtempéré et annoncé l’ouverture d’une enquête. Cette étape, sans effet concret immédiat, ne surprend guère. Lors d’une rencontre avec d’importants acteurs de la branche, le 11 mai, Donald Trump avait déjà évoqué des droits de douane de 20 à 25% sur la valeur des véhicules importés, selon le «Wall Street Journal».

Peu après son entrée en fonction, le 20 janvier 2017, il avait en plus désigné en toute transparence sa cible prioritaire: les constructeurs automobiles allemands. Le New-Yorkais proposait à l’époque de taxer leurs voitures à la frontière à hauteur de 35% de leur valeur.

Des milliers d’emplois

Face aux réalités, la voracité fiscale de Donald Trump peut paraître disproportionnée. Les parts de marché des constructeurs allemands restent inférieures à 8% chez l’Oncle Sam, selon le VDA (Verband der Automobilindustrie). Ils y créent en outre des milliers d’emplois.

«Les groupes automobiles étrangers ont longtemps vendu des véhicules importés aux États-Unis. Puis, à force d’y accroître leurs parts de marché, ils ont développé des capacités de production au plus près de la clientèle américaine», relève Haig Stoddard, analyste chez WardsAuto, éditeur de diverses publications spécialisées sur l’industrie automobile.

Avec le temps, cette tendance et l’attrait de certains États ont stimulé une évolution fondamentale des objectifs stratégiques. Mercedes et BMW utilisent ainsi les États-Unis comme base pour des exportations vers l’Europe et l’Asie. À cette fin, les groupes étrangers apprécient ouvrir des usines dans des états du Sud, offrant un droit du travail flexible et des salaires relativement modestes.

Préoccupations électorales

Toyota et Mazda prévoient eux-mêmes d’investir 1,6 milliard de dollars (à peu près autant en francs) pour un site de production en Alabama, contre 1,1 milliard pour Volvo en Caroline du Sud. Au début de l’année, le président du directoire de BMW, Harald Krüger, insistait sur la pertinence de tels investissements.

Du coup, les constructeurs automobiles étrangers fabriqueront cette année plus de voitures aux États-Unis que General Motors, Fiat Chrysler et Ford réunis, selon WardsAuto, cité par le quotidien français «Les Echos». Cinq mois avant les élections de mi-mandat (le 6 novembre), cette perspective ne saurait rassurer Donald Trump. Il s’efforce donc d’apaiser un tant soit peu les craintes des citoyens de Detroit et de tout le Michigan, neuf ans après la débâcle de General Motors.

Pendant ce temps, les actions des constructeurs automobiles sont sous pression sur les marchés. Celle de Volkswagen a perdu jusqu’à 3% lors de la séance de jeudi. Et tout le monde s’interroge sur les intentions réelles de Donald Trump en matière de droits de douane sur l’acier et l’aluminium.

Pour voir l’infographie en grand, cliquez ici.

(TDG)

monchange.ch