Donald Trump rompt l’ordre libéral

Dans les années 1930, la politique de beggar thy neighbour, c’est-à-dire l’adoption des mesures protectionnistes par des Etats au détriment des autres, avait conduit à la Grande Dépression. Celles-ci avaient fini par tuer la demande, l’activité, l’emploi et le pouvoir d’achat. Presque un siècle plus tard, la politique économique nationaliste menée par l’actuel président américain risque de conduire aux mêmes désastres. En voulant frapper l’acier et l’aluminium importés d’une surtaxe, Donald Trump joue avec le feu.

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Surtout, sa politique de repli tombe au pire moment. Parce qu’elle alimente le discours anti-libéral, qui gagne du terrain. Plus particulièrement dans les pays occidentaux, qui ont pourtant bâti leurs richesses grâce à l’ouverture des marchés. Si la tentation protectionniste l’emportait, elle mettrait en péril l’économie mondiale, qui renoue avec la croissance après une longue traversée du désert.

Slogans gagnants

Si «Make America Great Again» et «America First» sont des slogans gagnants, c’est qu’ils correspondent aux aspirations de la majorité des Américains. Ils guident l’action du président Trump. Depuis le début de son mandat, il a actionné au moins une dizaine de mesures protectionnistes. Notamment la suspension des négociations en vue d’un accord transatlantique de libre-échange, le retrait de l’Accord de partenariat transpacifique et la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain. Par-dessus tout, il a introduit des mesures de sauvegarde ou ouvert des enquêtes sur de nombreux produits importés aux Etats-Unis.

Par exemple au début de l’année, Washington a introduit une surtaxe sur les panneaux solaires et les machines à laver. Deux pays, la Chine et la Corée du Sud, étaient ciblés. Aujourd’hui, la nouvelle offensive sur l’acier et l’aluminium vise plus large, y compris ses alliés historiques. Il faut savoir que ces derniers ne représentent que 2% du commerce mondial et que les échanges concernent surtout des produits spécialisés, semi-finis ou finis.

Villes dynamiques et zones fantômes

Il est vrai que la métallurgie américaine a payé un grand tribut dans les années 80-90. Des villes dynamiques comme Pittsburgh dans la Rust Belt se sont transformées en zones fantômes et des milliers de métallos se sont retrouvés à la rue. Mais cette industrie a été plutôt victime de manque de vision. L’Europe a connu la même crise avec la fermeture des hauts fourneaux et des mines de charbon dans le nord-ouest de la France, en Belgique, au Luxembourg et en Allemagne.

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En plein essor économique depuis une vingtaine d’années, les pays émergents, eux, en ont construit pour satisfaire une demande exponentielle. Un pays comme la Chine, qui est en construction, n’a-t-il pas raison de développer sa propre industrie métallurgique? Elle compte pour 49% de la production mondiale, mais l’essentiel est utilisé dans le pays. Sa part dans les importations américaines de l’acier est de moins de 3%.

Ainsi les Etats-Unis ne peuvent pas accuser le reste du monde sur le dossier acier et aluminium de dumping. En voulant surtaxer ces deux produits, leurs objectifs sont tout autres. Donald Trump ne peut pas évoquer la protection des emplois américains alors qu’aux Etats-Unis, le taux de chômage est de moins de 5%.

Hyper-patriotique

Non, la vraie raison, c’est que le président américain croit dur comme fer dans ses slogans «America First» ou encore «Make America Great Again». Pour Donald Trump, tous les Etats doivent être au service des Etats-Unis. Il veut fixer seul les règles du jeu et surfer sur le courant hyper-patriotique pour séduire les électeurs américains. En prônant le repli et la démondialisation, il tord l’ordre libéral qui a pourtant permis aux Etats-Unis de devenir la première puissance économique mondiale.

L’administration Trump se donne une autre raison: l’importation de l’acier et de l’aluminium constitue une menace pour la sécurité nationale. Apparemment, le locataire de la Maison-Blanche se méfie même de ses partenaires historiques européens qui font partie de la même Alliance atlantique (OTAN).

Donald Trump n’a apparemment pas retenu les leçons d’une première crise de l’acier. C’était en 2002. Le président George Bush avait alors imposé une surtaxe de 8 à 30% sur le métal. Plusieurs pays l’ont contestée auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) – c’était même une première pour la Suisse – et avaient obtenu gain de cause. Les Etats-Unis ont alors dû revoir leur décision. Mais entre-temps, 200 000 emplois furent détruits dans les entreprises qui transformaient l’acier importé, qui était devenu plus cher.

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