Djebots popularise le dialogue avec les robots

Les couleurs sont vives, passant du vert au violet. Des bannières frappées du sigle de l’EPFL parlent de Smart living lab, où les chercheurs planchent sur l’habitat du futur. Les formes carrées et rectangulaires dominent l’intérieur de la Bluefactory à Fribourg, basée sur le site de la défunte brasserie Cardinal. Nous n’allons pourtant pas parler cellule photovoltaïque ou recyclage d’eau. Nous allons parler interface permettant le dialogue entre les personnes et les machines. Chatbots, quoi.

Trouver un job ou changer d’employeur? Les applications nommées chatbots ou bots semblent particulièrement intéressantes pour les agences de placement et de recrutement de personnel. «Notre interface est utilisée par New Work Human depuis l’été dernier», confie d’ailleurs Jean-Marie Ayer, cofondateur de Djebots en 2016. Précurseur, ce dernier a cofondé dans les années 90 la société d’analyse vidéo Dartfish, qui permettait notamment de superposer les images de skieurs lors des compétitions retransmises à la télévision.

Utilisé avec Mesenger

Les bots dédiés au marché du travail? Intéressant. Le système va repérer les offres d’emploi et les envoyer automatiquement aux personnes dont le profil correspond. Le tout via l’application Messenger. «Notre concept est la location des chatbots contre un abonnement mensuel avec l’objectif d’aller vers les utilisateurs qui ont Messenger», précise son associé Jean-Daniel Faessler, spécialiste «en digitalisation de processus et formulaires».

Démonstration sur un écran géant, une interface claire apparaît. Je suis une agence de recrutement. Sur l’interface, je vais déterminer les points clés qui me permettront de filtrer les intéressés à la recherche d’un emploi: région, secteur d’activité et temps de travail souhaité. En quelques clics, c’est réglé. Messenger, me voilà.

Avec un téléphone mobile, les personnes à la recherche d’un emploi pourront «dialoguer» avec l’interface en répondant aux questions proposées, ce qui nourrit leur profil. Si l’on répond région Vaud, hôtellerie et travail temporaire, on recevra tous les jours les postes ouverts répondant à ce profil. Voilà pour l’application la plus connue créée à l’aide de la plateforme de Djebots.

Au-delà, Djebots travaille aussi avec Gruyère Energie, «pour tout ce qui a trait au support, en cas de panne de réseau électrique ou de questions plus générales», explique Jean-Marie Ayer. Bref, une petite interface répond sur Messenger. Cela permet aux utilisateurs de ne plus avoir à poiroter de longues minutes sur un central téléphonique. «En parallèle, les entreprises peuvent par ailleurs mieux allouer les compétences humaines», souligne-t-il. Parmi les projets à bout touchant, il existe aussi un chatbot dédié aux touristes, une interface qui pourrait prochainement venir renforcer l’offre des Offices du tourisme du canton de Vaud.

Les exemples sont nombreux

En vérité, le monde regorge d’interfaces permettant d’échanger avec la machine. Cela va de Lingio pour les quiz aidant à apprendre une langue, à Poncho qui permet de recevoir la météo au réveil, en passant par le ludique Voxe, proposant un quiz sur l’actualité. Les clubs sportifs s’y mettent aussi, à l’image des basketteurs américains des Golden State Warriors. «Les clubs peuvent ainsi dialoguer avec les fans en donnant des informations sur les matchs ou la vie du club», relève Jean-Marie Ayer, qui ajoute que «de manière générale, les États-Unis sont très en avance dans le domaine.»

De son côté, l’agence de stratégie digitale Staenk met en avant l’avantage offert aux sociétés commerciales: «Les chatbots ont un réel intérêt pour les marques. Ils permettent non seulement de répondre instantanément aux besoins et questions des utilisateurs, mais également de générer des ventes, comme c’est le cas pour Domino’s ou 1-800 Flowers.» Depuis l’arrivée des chatbots sur Messenger au printemps 2016, plus de 100’000 petites interfaces de dialogue auraient été lancées. «Plus de 80% des entreprises devraient avoir leur propre chatbot d’ici 2020», anticipe l’agence Staenk. Un objectif qui concerne en premier chef le marché américain.

Des scénarios préparés

Les bots comportent-ils une part d’intelligence artificielle? Pas vraiment dans les versions actuelles. «On est aujourd’hui plutôt sur des modèles «précâblés», où l’on guide les utilisateurs sur la base de scénarios préparés», explique Jean-Daniel Faessler. Les modèles «semi-ouverts» montent aussi en puissance. Dans ce cadre, certains bots peuvent interpréter une phrase, «ce qui déclenche un processus susceptible de vous diriger vers une nouvelle conversation». De l’habillement aux assurances, on imagine assez bien les possibilités commerciales offertes. Parole de chatbots. (TDG)

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