Des trucs et des astuces pour échapper à la vigilance financière de Pékin

Depuis la semaine dernière, une banquière d’UBS est retenue en Chine et doit être entendue ces prochains jours. Dans le pays, certains spéculent sur le fait qu’il pourrait s’agir d’une affaire de sortie de capitaux non autorisée, les Chinois n’ayant pas le droit d’extraire plus de 50 000 dollars par an du pays.

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Pourtant, les membres de la classe moyenne chinoise sont de plus en plus nombreux à vouloir placer leur argent à l’étranger. Pour échapper au bras autoritaire de l’Etat, à la dévaluation du yuan, aux soubresauts de la bourse ou au fisc, ils ont développé un arsenal de tactiques afin de contourner ces stricts contrôles sur les sorties de capitaux.

Des dizaines de cartes bancaires

«Ils peuvent par exemple contracter un prêt auprès d’une banque étrangère en utilisant comme garantie les fonds qu’ils maintiennent auprès d’un établissement chinois», détaille Bill Majcher, un ancien policier canadien qui conseille le gouvernement chinois en matière de fuite des capitaux. D’autres vont se servir de banques souterraines. Les devises sont déposées auprès de la filiale chinoise de l’un de ces bureaux de change illégaux, puis récupérées dans une autre antenne à l’étranger, souvent à Hongkong.

«Certains citoyens chinois possèdent une dizaine de cartes bancaires dont ils se servent pour effectuer des retraits dans les distributeurs d’argent à l’étranger», complète Ho-Fung Hung, un expert des flux financiers chinois à l’Université Johns Hopkins. Lorsque les bancomats de Macao ont été équipés mi-2017 d’un système de reconnaissance faciale pour éviter ce genre de manigances, les retraits effectués avec une carte bancaire chinoise auprès de ceux de Hongkong ont bondi de 20 milliards de dollars hongkongais (2,5 milliards de francs) par mois.

Des bulles immobilières à l’étranger

Les achats d’immobilier à l’étranger sont une autre façon de placer ses billes en dehors de Chine. «Ces dernières années, le prix des maisons a explosé à Hongkong, Vancouver, Melbourne ou Auckland, en raison de la demande chinoise», dit Ho-Fung Hung. Pour échapper à la vigilance de Pékin, les clients d’Ausin, un promoteur immobilier australien, versaient leurs acomptes à une filiale de ce groupe basée en Chine.

«Entre 150 et 300 milliards de dollars ont été extraits illégalement de Chine ces dernières années», estime Bill Majcher. Pour les gestionnaires de fortune des banques occidentales, il s’agit d’une aubaine. «Ils n’ont pas le droit de promouvoir leurs produits directement sur sol chinois, mais ils sont nombreux à effectuer des voyages sur place pour rencontrer de potentiels clients, note Ho-Fung Hung. Ils vont alors les inviter dans un centre offshore comme Hongkong ou Singapour, pour leur ouvrir un compte bancaire.»

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