Des menottes pour le gendarme financier

C’est à Credit Suisse d’être à la une: la FINMA, le gendarme financier suisse, reproche à la deuxième banque du pays des lacunes dans la lutte contre le blanchiment.
D’une part, il s’agit d’un détournement de fonds de l’ex-premier ministre géorgien Bidzina Ivanichvili par un gérant de la banque, qui lui avait siphonné 143 millions de francs. Ce gérant, qui a été condamné à cinq ans de prison au début de février 2018, avait continué à bénéficier de primes grâce à ses performances.

L’UDC voudrait menotter le gendarme qu’elle ne s’y prendrait pas autrement

L’autre investigation de la FINMA concerne la corruption visant la FIFA, la société pétrolière du Venezuela PDVSA (un iceberg qui émerge lentement) ainsi que le groupe pétrolier brésilien Petrobras, dont 500 relations d’affaires ont été contaminées auprès d’une cinquantaine de banques suisses, ouvrant 82 procédures pénales du Ministère public de la Confédération contre 88 personnes, avec la saisie de presque un milliard.
Parmi les nombreux responsables des banques impliquées, certains ont démissionné, grimpant ensuite dans le conseil d’administration d’autres établissements. Une histoire qui s’enrichit régulièrement de nouveaux chapitres ainsi qu’il ressort des communiqués de la FINMA: UBS, Julius Bär, banque Coutts, Falcon Bank, BSI, PKB et tellement d’autres. La FINMA fonctionne: son travail produit des rapports instructifs mettant en lumière le système criminogène des primes en faveur de certains gérants de fortune avec un statut privilégié. Son intervention n’est pas punitive, mais plutôt corrective.

Chaque rapport se conclut avec une série de recommandations dans le but d’améliorer le système antiblanchiment et un régime de surveillance grâce à des rapports périodiques concernant le niveau de mise en œuvre des recommandations du gendarme financier.

Les banques jouent le jeu. Ce sont plutôt les politiciens qui tentent de saper les compétences et le savoir-faire dont le gendarme suisse de la finance jouit au niveau international. Ainsi, une initiative parlementaire de l’Union démocratique du centre vient-elle de convaincre la Commission de l’économie et de redevances du Conseil national que la FINMA doit appliquer la loi en choisissant les décisions qui ne défavorisent pas la place bancaire helvétique du point de vue de la concurrence. Une intervention dont la prémisse est fausse: on prétend qu’à cause de la FINMA, la Suisse a dû adhérer aux standards minimaux de l’OCDE concernant la transparence fiscale internationale, ce qui aurait endommagé la place financière helvétique.

En réalité, 7000 milliards de patrimoines gérés par les banques suisses représentent un record historique. Fausse prémisse mais but subversif. La FINMA ne devrait plus appliquer la loi ni les principes juridiques fondamentaux mais se plier aux caprices de la concurrence. C’est le même argument d’après lequel les grandes banques s’étaient opposées à l’augmentation du capital propre, ce qui a eu des conséquences catastrophiques. L’UDC voudrait menotter le gendarme qu’elle ne s’y prendrait pas autrement.

(TDG)

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