Décriée, l’OPEP garde son rôle d’arbitre

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a-t-elle encore sa raison d’être? Ce n’est certes pas la première fois que l’on pose la question, alors que le cartel des pays producteurs de pétrole se réunit à Vienne jusqu’à vendredi pour tenter de freiner la chute du prix du brut. Et que les Etats-Unis continuent de faire pression sur l’Arabie saoudite pour maintenir son cours à la baisse.

Devant les caméras et les agences de presse, les 15 membres de l’OPEP auront aussi à cœur de minimiser leurs différends, malgré le retrait annoncé du Qatar d’ici à janvier. Même s’il ne pèse qu’un dixième de la production saoudienne, l’émirat était un membre historique du cartel depuis 57 ans. Son départ affaiblit un peu plus une organisation qui n’extrait plus qu’un tiers du brut mondial. De quoi faire douter un peu plus de ses capacités à agir durablement sur les cours.

Les cours et les budgets font le yoyo

En octobre, alors que le cours de l’or noir frisait les 86 dollars le baril, analystes et négociants s’interrogeaient sur la capacité de repasser durablement au-dessus de la barre symbolique des 100 dollars. Depuis, les cours ont chuté de quelque 30% (à 63 dollars), dont 10 pour cent rien que la semaine dernière.

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Une catastrophe pour l’équilibre budgétaire de la plupart des pays producteurs, désormais habitués aux coupes conjoncturelles. «A chaque fois que le cours baisse de 10 dollars, les membres de l’OPEP perdent 319 millions de dollars de recettes supplémentaires par jour», a évoqué la semaine dernière Saad Rahim. L’économiste en chef du négociant genevois Trafigura a lui aussi été contraint d’amender le titre de sa présentation Cent dollars ou une récession, pour l’adapter à un seuil plus réaliste de 80 dollars, lors d’une conférence organisée la semaine dernière par le gestionnaire d’actifs genevois Appletree.

La promesse de Riyad d’abaisser sa production n’a pour l’heure pas suffi à enrayer la dégringolade. Avec pour conséquence des interrogations de plus en plus vives concernant la durabilité de la stratégie de l’OPEP. En 2014, le cartel avait décidé de laisser chuter les prix, pariant sur une asphyxie des producteurs de schiste américain dont les coûts d’extraction étaient alors plus élevés. Pari perdu. Quatre ans plus tard, les Etats-Unis de Donald Trump sont devenus le deuxième producteur de pétrole au monde avec, en 2018, une moyenne de 9,4 millions de barils par jour. Juste derrière l’Arabie saoudite, mais devant la Russie. Sans être ni membres de l’OPEP ni associés à elle.

Parts de marché contre baisse du cours

En réalité, malgré un accord en janvier 2017, tous les pays semblent de nouveau rivaliser sur les parts de marché, ce qui entraîne de fait une situation de surproduction. L’Arabie saoudite a atteint cet automne un niveau historique avec 11 millions de barils par jour (un de plus qu’en début d’année). La Russie a rouvert les vannes cet été et retrouvé son plus haut niveau de production. S’ajoutent au cocktail baissier une croissance mondiale plus faible que prévu et des sanctions iraniennes à la carte.

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A Vienne, le cartel tentera de s’entendre sur des quotas de production, décidés en fonction des capacités de chaque pays. Les analystes d’UBS s’attendent à ce que les leçons de 2014 soient tirées et évoquent des «coupes d’au moins un million de barils/jour». De quoi stabiliser les cours et même envisager un baril à 80 dollars au premier semestre prochain.

Un baril de WTI à 50 dollars

D’autres sont plus circonspects. «Le cartel devrait-il réellement couper sa production d’un million de barils par jour afin de sauver les investissements de l’industrie et maintenir le pétrole de schiste sous stéroïdes?» fait valoir Magma Oil dans une note. Le cabinet genevois évoque le besoin pour l’OPEP de se conformer à la «nouvelle réalité» d’un baril de WTI à 50 dollars (54 actuellement), qui a au moins l’avantage de freiner le pétrole de schiste, en attendant le regain de la demande.

Dans les faits, l’OPEP reste pourtant la seule organisation au monde à pouvoir jouer sur près d’un tiers de la production mondiale. Face à un marché aussi atomisé que celui des producteurs de schiste américains, c’est peut-être encore le meilleur atout du cartel.

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