Coop et Migros font face à la pandémie, mais les tensions logistiques persistent

«Vous êtes maintenant dans la file d’attente.» Voici ce qu’on pouvait lire sur LeShop.ch, le magasin en ligne de Migros mardi après-midi. Il fallait patienter quarante-trois minutes avant de pouvoir faire ses emplettes parce que «presque tous nos créneaux sont actuellement pleins». Sur le site, un message se veut rassurant: s’il faut patienter, c’est parce que le distributeur manque de bras pour répondre à l’afflux de demandes. Pas par faute de nourriture ou de papier toilette.

Pas de pénurie. Le géant orange martèle ces mots depuis plusieurs semaines. Un message qu’on répète également du côté de Réservesuisse, une coopérative chargée de l’organisation des réserves obligatoires de denrées alimentaires, et de l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE).

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«Aucune crise dans l’alimentaire»

«Nous ne devons pas puiser dans les réserves stratégiques du pays», indique Hans Haefliger, responsable de la direction de Réservesuisse. «Aucune crise dans l’alimentaire», renchérit Stefan Menzi, adjoint du chef de la section stockage à l’OFAE.

La loi sur l’approvisionnement économique du pays oblige les entreprises d’une certaine taille à devenir membres d’organisations mandatées par Berne, comme Réservesuisse pour les aliments (d’autres faîtières chapeautent d’autres secteurs stratégiques: pétrole, médicaments, engrais ou gaz naturel). Réservesuisse recense ainsi 118 membres, des sociétés comme Coop et Migros en passant par Nestlé, Coca-Cola et des négociants en matières premières. Tous sont tenus de participer à l’effort des réserves stratégiques dans le cadre d’un partenariat public-privé mis en place en 1932.

Au 31 décembre 2019, 55 000 tonnes de sucres étaient stockées dans des entrepôts, dans des endroits tenus secrets dans le pays, de quoi couvrir trois mois de besoin. Parmi les autres denrées stratégiques figurent du riz, du blé, des céréales fourragères, des semences et du café. Les besoins à couvrir s’étalent de deux à douze mois.

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Si des goulets d’étranglement se produisaient, nous pourrions passer à des produits suisses

Stefan Menzi, adjoint du chef de la section stockage à l’OFAE

«Il n’y a pas de pénurie mais un défi logistique», estime Hans Haefliger, alors que les quantités en vrac, de farines ou de sucres, en général destinées aux restaurants – aujourd’hui fermés – sont encore rarement redirigées vers les particuliers.

«Coop et Migros ont massivement investi pour centraliser le stockage et la distribution, ce qui a permis de réaliser d’importants gains en efficience. Mais une telle concentration n’est pas sans risque», indique Markus Koch, spécialiste des biens de consommation au sein du cabinet de conseil Deloitte. Coop regroupe une grande partie de sa logistique à Schafisheim (AG) où travaillent près de 2000 personnes – le plus gros chantier privé de Suisse lors de sa construction achevée en 2016, qui a coûté plus de 600 millions. Migros centralise la distribution de ses produits alimentaires à Suhr, en Argovie également, où travaillent quelque 460 salariés. Des observateurs se demandent quelles seraient les conséquences si un cas de Covid-19 devait s’y déclarer.

«Nous sommes en état d’alerte et nous surveillons la situation de près auprès de nos membres. Pour l’instant, tout fonctionne, les camions roulent, la main-d’œuvre est présente, même frontalière», relève Stefan Menzi. «Si des goulets d’étranglement se produisaient, nous pourrions passer à des produits suisses pour la mozzarella, par exemple. La disponibilité des fruits et légumes est garantie, la logistique fonctionne à la fois par la route et par le rail», confirme un porte-parole de Migros.

Le Covid-19 et l’économie

Trouver une nouvelle main-d’œuvre

Des travailleurs saisonniers, sollicités pour les récoltes, ne viendront pas cette année. «Peut-être que des salades vont pourrir, mais il ne s’agit pas de denrées stratégiques vitales pour l’approvisionnement, souligne Hans Haefliger. Le coronavirus s’en prend à l’homme mais pas aux denrées alimentaires; la main-d’œuvre pourrait manquer, mais pas la nourriture, pointe le cadre de Réservesuisse. Il faut s’organiser en conséquence.»

L’Union suisse des paysans a mis en place une plateforme pour recruter des travailleurs et remplacer les agriculteurs absents, pourquoi pas parmi les employés d’entreprises à l’arrêt. Pour garantir les récoltes, l’association Fruit-Union Suisse et l’Union maraîchère suisse, une organisation des producteurs de légumes, ont annoncé mardi collaborer avec Coople, un portail de recrutement, dans une logique similaire.

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