Construire des guitares électriques suisses

Qui l’a inventée? Un Suisse a au moins participé à la création de la guitare électrique: Adolph Rickenbacher, né en 1887 à Bâle, mort en 1976 à Los Angeles. Au début des années 1930, avec le guitariste George Beauchamp, il avait conçu un micro électromagnétique, baptisé Frying Pan (poêle à frire), et créé ainsi la première guitare électrique. La Rickenbacker Manufacturing Company, fondée en 1925, fabrique toujours des guitares en Californie.

En 2020 ou 2021, nous atteindrons le seuil de rentabilité.

Silvan Küng

Une clientèle prestigieuse

Depuis 2013, Silvan Küng s’efforce de faire de la Suisse un haut lieu de la production de guitares électriques. Il a donné à son entreprise, située à Sempach Station (LU), et à ses guitares le nom de Relish: un mot anglais qui signifie «savourer, prendre plaisir à faire quelque chose». La clientèle comprend des pointures de la scène musicale, par exemple Lionel Loueke, guitariste de Herbie Hancock.

Changement de priorités

Lorsque Silvan Küng s’est lancé avec un ami, il y a six ans, il ne pensait pas aux questions de prévoyance ou de fiscalité. «J’avais d’autres priorités», explique-t-il en riant. C’est le cas de la plupart des créateurs d’entreprise. Résultat: «Au début, les questions de fiscalité et de prévoyance sont souvent secondaires et donc reportées, affirme Patrick Arnold, fiscaliste diplômé qui aide les PME suisses à planifier leur prévoyance et leur fiscalité. Il est conseillé de s’intéresser à ces questions le plus tôt possible. On évite ainsi les surprises.»

Forme juridique et type de prévoyance

En matière de prévoyance, par exemple: si vous souhaitez créer une entreprise individuelle, une société en commandite ou une société en nom collectif, vous pouvez utiliser les fonds épargnés sur votre 2e pilier et votre 3e pilier lié (3a) comme capital de départ. Mais ce n’est pas possible pour les sociétés anonymes ou les Sàrl. Patrick Arnold recommande de puiser dans l’avoir de vieillesse avec parcimonie pour fonder une entreprise, car il s’agit, en fin de compte, d’une forme de capital-risque, même pour sa propre société.

La société Relish est née en 2013 sous forme de Sàrl avec un capital de 20 000 francs provenant de l’épargne privée. Sous cette forme juridique, le propriétaire est également salarié de l’entreprise et donc soumis à la prévoyance professionnelle obligatoire (LPP). Si Silvan Küng avait créé une entreprise individuelle, il serait un indépendant sans accès à une caisse de pension et la prévoyance relèverait de sa propre responsabilité. Il pourrait verser jusqu’à 20% de ses revenus sur son pilier 3a, dans la limite de 34 128 francs (mise à jour 2019), et les déduire de ses revenus imposables.


Une précision de haut niveau

Photos: Nik Hunger


Le Swiss Economic Award, un moment clé

La Sàrl Relish Guitars Switzerland, qui ne comptait au départ que deux salariés, est devenue la SA Relish Brothers et emploie aujourd’hui huit collaborateurs. Chaque mois, 35 guitares sont fabriquées dans l’atelier de Sempach. L’offre va bientôt s’élargir grâce à un modèle d’entrée de gamme. Si Silvan Küng peut prendre ce risque, cela est surtout dû au fait d’avoir été repéré par UBS, à la suite de sa nomination au Swiss Economic Award, en 2018. Un nouvel investisseur est entré au capital de l’entreprise et siège désormais au conseil d’administration.

Régler cette question le plus tôt possible, se verser un salaire de base et cotiser à la caisse de pension.

Silvan Küng

Attention, seuil de rentabilité en vue!

«En 2020 ou 2021, nous atteindrons le seuil de rentabilité», estime Silvan Küng. Cette transition, qui implique de passer du statut de start-up à celui de PME, est certes gratifiante pour l’entrepreneur, mais difficile à avaler d’un point de vue fiscal. Nombre de cantons favorisent les start-up en imposant les actionnaires sur la valeur intrinsèque. Les prix payés par les investisseurs ne sont pas (encore) intégrés à l’évaluation. Ce mécanisme prend fin lorsque des bénéfices sont dégagés régulièrement. Dès lors, c’est la valeur des investisseurs, souvent beaucoup plus élevée, qui prime.

A partir de ce moment-là, les fonds des investisseurs sont intégrés à l’évaluation de l’action et déclenchent une réaction en chaîne: l’impôt sur la fortune grimpe en flèche, le salaire du fondateur ne suffit plus à le payer. Il doit donc recevoir un salaire plus élevé, voire des dividendes, pour s’en acquitter, ce qui prive l’entreprise de capital et conduit à une augmentation de l’impôt sur le revenu du créateur, à titre privé. Et ainsi de suite.

Silvan Küng s’attend à une tâche ardue. «Je vais en discuter avec UBS et agir en conséquence.» L’expert Patrick Arnold ne peut qu’acquiescer: «À ce stade du développement de l’entreprise, la fiscalité devient vraiment complexe: les conseils d’un professionnel valent de l’or.»

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