Conseils pour bien anticiper la reprise


Cet article a été rédigé par les journalistes de «Bilan». Retrouvez le suivi de l’actualité sur Bilan.ch


Cela semble encore irréel, mais il y aura une vie après la crise du coronavirus. En termes d’investissement, cela débute par une simple question: comment réorganiser un portefeuille? La réponse dépend évidemment du scénario retenu. Dans la médiane du scénario publié le 17 mars par le KOF, ce dernier table sur une récession au premier semestre (-0,2%) suivie d’une reprise qu’il est encore difficile d’estimer. Faut-il donc se débarrasser de ses titres risqués dans la perspective d’une crise profonde ou, au contraire, baliser le chemin pour profiter d’une reprise rapide?

«Le coronavirus est une torpille qui a frappé le paquebot de l’économie mondiale», constate Yves Bonzon, directeur des investissements chez Julius Baer, alors que celle-ci multipliait jusqu’alors les signes d’une amélioration à venir. Le plus grand risque, au-delà du plongeon provoqué par les restrictions, est donc celui d’une reprise lente. «Je ne crois pas à une récession longue. Le premier semestre sera impacté, mais pas le second», confirme Marie Owens Thomsen, responsable de la recherche chez Indosuez Wealth Management.

Cela signifie-t-il privilégier les obligations aux actions? «Les actions étaient plutôt bon marché, hormis les américaines, surévaluées de 20% par rapport à leurs cours d’équilibre, avance le stratège de Julius Baer. Les titres européens, après la chute de février-mars, sont désormais attractifs.» De plus, anticipe-t-il, «les primes de risque se comprimeront dès que le marché anticipera le bout du tunnel». Donc: rebond des cours, croit cet économiste.

Attention à la dette

Mais attention, les sociétés lourdement endettées sont les plus à risque, comme l’indique la hausse marquée des indices de CDS (credit-default swaps), qui montrent le degré de méfiance des investisseurs vis-à-vis des obligations émises par les entreprises, particulièrement aux Etats-Unis. Les regards pointent évidemment vers Tesla, qui valait plus de 100 milliards de dollars en février avant de perdre près de la moitié de sa valeur en trois semaines.

Les géants technologiques dans l’ensemble ont néanmoins l’avenir pour eux en raison de la progression de la numérisation de l’économie et de la société. Autres thèmes appréciés: la pharma et le vieillissement de la population. A condition, comme en tout temps troublé, de privilégier les grandes valeurs solidement établies et qui ont vu leur prix massacré ces dernières semaines. Y compris les grandes banques, qui ont perdu entre 40 et 50% de leur valeur? Plombées par le souvenir de la crise de 2008, elles suscitent toujours la méfiance.

Le retour du climat

Les obligations, très recherchées, vont-elles vers un krach lorsque la tempête se calmera? «Je conseille au contraire de les garder», affirme Marie Owens Thomsen. Selon Yves Bonzon, le choc du coronavirus devrait exercer des effets déflationnistes sur l’économie, du fait du ralentissement de l’activité et de la baisse (même temporaire) du pouvoir d’achat.

Et lorsque l’économie retrouvera son rythme de croisière, elle retrouvera aussi ses anciens défis, à commencer par le climat, avance l’économiste en chef d’Indosuez Wealth Management: «Du fait du réchauffement, les coûts d’exploitation engendrés par les catastrophes naturelles vont continuer de croître, ce qui sera un facteur de ralentissement pour l’économie mondiale.»

Créé: 01.04.2020, 11h40

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