Comment traiter la vigne… et le consommateur?

Le 42e congrès de l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV) – que l’on surnomme volontiers «l’ONU du vin» – s’est ouvert lundi à Genève pour une semaine sur le thème «Préserver et innover: attentes environnementales, économiques et sociales». Quelque 500 experts des cantons viticoles suisses et du monde (47 pays) participent à la rencontre organisée pour la troisième fois en Suisse romande, après Lausanne en 1935 et Nyon en 1977, en même temps qu’une précédente Fête des Vignerons.

Lundi, une conférence sur les traitements de la vigne et la perception des consommateurs a ouvert les feux. Comment réduire l’impact de la viticulture sur la planète? Faut-il intervenir sur les vins ou les laisser faire? Et que faire pour influer sur la perception souvent très négative du consommateur sur les traitements de la vigne?

Le professeur Hans Reiner Schultz, président de la Hochschule Geisenheim University (D), a d’abord rappelé l’importance de la préservation des sols, «un facteur sous-estimé dans le réchauffement climatique», qui recèlent davantage de carbone que notre air et en rejette donc beaucoup lors de pics de températures. Avec des effets pervers: cette augmentation de CO2 a par exemple favorisé une génération supplémentaire de vers de la grappe, un ravageur de la vigne…

Des UV contre le mildiou

Le spécialiste a proposé quelques pistes pour freiner l’impact de la branche viticole sur le climat et, partant, sur elle-même. Parmi elles, les cépages résistants mais aussi, plus surprenant, le traitement aux rayons UV du feuillage réduiraient l’utilisation de fongicides, pour lutter contre les champignons de la vigne, comme le mildiou. Cette solution, qui fait appel à la mécanisation – une machine portant de grands panneaux diffusant des UV passe entre les rangs – semble toutefois difficile à appliquer dans les vignobles pentus de Lavaux et du Chablais.

Une autre piste: si l’on réduisait le poids de la bouteille de vin de 30%, il en résulterait entre 2 et 10% de réduction de l’impact écologique (économie d’énergie, de matériaux et de transport). Mieux, en optant pour le pas très glamour «cubi», on réduirait cet impact de 87%!

«Marketing cognitif»

C’est Gérard Bronner, professeur de sociologie à l’Université Paris Diderot (F), qui a clos la conférence sur le thème de l’inquiétude des consommateurs et du rôle de la science. Le Français a plébiscité le «marketing cognitif». Soit une communication plus active et accessible du monde scientifique, qui prendrait la place des «radicaux» sur les réseaux sociaux plutôt que de les censurer. Car pour lui, la question très technique des intrants dans la viticulture peut se comparer à celle des vaccins: «Personne n’a le temps de s’y plonger vraiment. On va donc se fier à l’information disponible, souvent minoritaire mais très visible car portée par des gens très actifs. Cette information biaisée nous éloigne de l’équilibre réel des tensions entre différents points de vue scientifiques.»

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