Comment la start-up Taurus lie monde financier et technologie

Quatre garçons dans le vent, avec une intuition géniale. Lorsqu’ils voient l’explosion du bitcoins en 2017, ils sentent que le temps est venu de se jeter à l’eau. «Je voyais des choses arriver en lien avec la digitalisation de la finance, explique Lamine Brahimi, l’un des cofondateurs de Taurus, ingénieur en systèmes de communication de l’EPFL. Et comme nous voulions nous engager sur la voie entrepreneuriale, on a sauté le pas.»

Début 2018, la start-up est lancée à Genève. «Les solutions que nous proposons aux banques permettent d’émettre, de transférer et de faire garder de manière sécurisée des actifs numériques», ajoute-t-il. Les quatre associés, issus de l’ingénierie, du droit et de la finance, ont la quarantaine tranquille.

On est loin des clichés sur les geeks, ces trentenaires férus de nouvelles technologies, ou sur les millennials désireux de concilier travail et intérêt personnel pour obtenir une meilleure qualité de vie. «Mais la quinzaine d’ingénieurs que nous employons fait typiquement partie de cette génération, raconte Lamine Brahimi, qui était à une époque responsable de la digitalisation de la banque Lombard Odier. Cela nous a permis d’être très réactifs au coronavirus, car nos employés travaillaient déjà tous partiellement depuis la maison.»

Des clients importants

Taurus a vite trouvé son public. «Nous sommes les seuls à servir tout le spectre d’acteurs financiers, banques d’affaires, banques universelles, banques privées, banques crypto et sociétés technologiques», assure Sébastien Dessimoz, autre cofondateur et ancien directeur opérationnel de l’asset management de la Banque Syz.

Pour preuve, des établissements comme Lombard Odier, Arab Bank et le groupe immobilier Investis Group, ainsi que la Tezos foundation, ont placé des billes dans l’entreprise. Car la firme vient de lever «entre 10 et 20 millions» auprès d’investisseurs pour financer sa croissance. «L’investissement permettra à Taurus d’accroître ses activités et d’étendre ses services à de nouveaux centres financiers, à commencer par Paris, Francfort et Londres», commente le porte-parole d’Arab Bank.

Convergence de deux mondes

Pour les quatre associés, l’histoire a débuté sur la base d’une simple observation. «En 2017, les aficionados des cryptodevises affirmaient, à tort selon nous, que leur technologie permettrait de remplacer la finance traditionnelle», explique Sébastien Dessimoz. À l’inverse, les banques classiques ne voyaient pas l’intérêt d’intégrer ces solutions technologiques. Les quatre fondateurs vont faire le pari de la convergence des deux mondes. Cela va marcher.

La firme veut numériser tous azimuts. «Les fondamentaux qui soutiennent la blockchain (ndlr: technologie de stockage et de transmission d’informations transparente et sécurisée) et permettent de digitaliser les activités bancaires sont extrêmement intéressants», assure Lamine Brahimi.

Un grand nombre d’opérations se fait encore sur papier dans le marché des capitaux

Lamine Brahimi, Cofondateur de Taurus

Les exemples fusent. «Un grand nombre d’opérations se fait encore sur papier dans le marché des capitaux, avec l’envoi de fax et la récolte de documents nécessitant de multiples signatures manuscrites, par exemple dans le domaine des titres ou des prêts», détaille-t-il. S’appuyant sur la technologie, la numérisation des processus permettrait de réduire jusqu’à 90% l’usage du support en papier.

Au départ, la société va se concentrer sur la sécurisation des actifs digitaux. Des crypto-actifs dont il faut protéger les clés numériques de manière hypersécurisée dans un coffre-fort digital. Les perdre revient à perdre son argent. À cet effet, Taurus va développer une plateforme technologique pour les banquiers et les Bourses. «Nous offrons un système sécurisé de haut niveau pour accéder au coffre-fort digital», souligne Jean-Philippe Aumasson, cofondateur et docteur en cryptographie.

Énorme potentiel

Au fil du temps, il apparaît que le potentiel est presque illimité. «Les actions des sociétés privées, certaines transactions immobilières, les matières premières ou encore l’or peuvent être concernés», détaille Oren-Oliver Puder, avocat et autre cofondateur de Taurus. Cela offre beaucoup d’avantages.

À l’avenir, l’accès au financement pour les entreprises devrait être facilité, simplifiant les procédures et réduisant les coûts. «Seules 230 sociétés sont cotées en Bourse en Suisse, alors que le pays compte 550’000 entreprises», relève Sébastien Dessimoz.

Si la firme table sur ce phénomène pour assurer sa croissance, les investisseurs pourraient également en profiter. Un exemple? Un canal de distribution digital permettant de réaliser des achats ciblés. «Vous pourriez au gré des opportunités acheter du capital d’une PME ou une part dans un projet immobilier», illustre-t-il. Des investissements aujourd’hui très difficiles d’accès.

Mais ce ne sera pas suffisant. L’investisseur devra pouvoir céder ses actifs numériques sur une place de marché s’il souhaite les revendre. Taurus a également planché là-dessus.

La firme envisage de lancer une plateforme d’échanges pour les placements digitaux. «Nous avons demandé à la FINMA une licence pour créer un marché secondaire», confie Oren-Oliver Puder. Bref, les quatre associés veulent avancer.

Créé: 10.05.2020, 17h05

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