Apple accusé de «racket» par la société genevoise ProtonMail

Une «mafia», de l’«extorsion», un «abus de monopole» et au final une situation «intolérable». Lorsqu’il parle du comportement d’Apple, Andy Yen ne mâche pas ses mots. L’homme dirige une société réputée dans les messageries sécurisées, ProtonMail, forte de 200 employés. Basée à Plan-les-Ouates, à côté de Genève, cette firme compte plus de 20 millions d’utilisateurs. ProtonMail souffre des pratiques d’Apple sur son magasin d’applications, affirme Andy Yen. L’homme mène aujourd’hui une lutte mondiale contre la marque à la pomme.

L’enjeu de ce combat est majeur et concerne tous les utilisateurs de smartphones. Il s’agit de la commission prélevée par Apple non seulement lors de l’achat d’une application, mais aussi, et surtout, lors d’achats au sein même de cette application. Il peut par exemple s’agir de paiements de services ou d’abonnements. Le montant de cette commission est de 30% et ces derniers mois, c’est surtout Epic Games, éditeur du jeu à succès Fortnite, qui s’est élevé contre ce montant.

Domination renforcée

Avec un premier succès. Mercredi, Apple a accepté de baisser cette taxe de 30 à 15% pour les entreprises qui réalisent, par année, un chiffre d’affaires inférieur à 1 million de dollars sur l’App Store. De la poudre aux yeux, selon Andy Yen. «Pour Apple, ce n’est qu’une tentative pour échapper à une régulation. En fait, la société estime qu’aussi longtemps que vous n’êtes pas assez grands pour sérieusement les concurrencer, vous avez droit à une taxe plus basse. Mais dès que vous avez du succès, nous utilisons immédiatement une tarification anticoncurrentielle pour renforcer notre domination.»

Contacté jeudi, Andy Yen affirme que ProtonMail a déjà «versé plusieurs millions de dollars à Apple» et restera donc soumise à une taxe de 30%. «En apparence, cette commission touche surtout les plus gros acteurs présents sur l’App Store. Mais en réalité, ce système pénalise des millions d’entreprises qui ont besoin de ce magasin d’applications pour toucher des milliards de clients potentiels. Avec ses pratiques, Apple menace l’innovation. Car dès que vous commencez à la concurrencer, vous êtes punis.» Andy Yen affirme que de nombreux éditeurs d’apps ont peur d’Apple et de ses pratiques jugées dictatoriales, avec des directives parfois peu claires.

Lire aussi: La messagerie suisse ProtonMail ne cesse de se développer

Concurrence demandée

ProtonMail est membre fondateur de la Coalition for App Fairness, aux côtés de Spotify, de Match Group (éditeur notamment de Tinder), Deezer ou encore Epic Games. Andy Yen estime, aux côtés de ses alliés, que le geste d’Apple de réduire de 30 à 15% le montant de la commission pour de nombreux éditeurs d’apps n’est pas suffisant: «Ces 15%, c’est sept fois plus que ce que demande un émetteur de cartes de crédit. Ce montant est beaucoup trop élevé.»

Que propose Andy Yen? «Nous ne demandons pas de montant spécifique de commission. Mais nous voulons avoir le choix: qu’Apple laisse payer, dans son magasin d’apps, par carte de crédit ou PayPal. Comme il y aura concurrence entre les différents moyens de paiement, les prix parviendront naturellement à un niveau qui sera juste.»

Google dans l’ombre

Contactée jeudi, Apple a renvoyé vers son communiqué de presse publié mercredi, dans lequel la société estime aider davantage les petits entrepreneurs. Il semble peu probable que la marque à la pomme accepte d’insuffler de la concurrence au sein de son magasin d’apps. On estime que l’année passée, le groupe américain a gagné environ 15 milliards de dollars en commissions via l’App Store.

Pour l’heure, les critiques ne ciblent pas Google. D’abord parce que sur les téléphones Android, la multinationale tolère la présence d’autres magasins. Ensuite car Google a, jusqu’à présent, été plus souple avec les éditeurs d’apps qui proposaient à leurs utilisateurs de souscrire des abonnements via leurs sites web, par exemple. Mais Google a annoncé qu’il allait durcir ses pratiques en 2021.

Alors que les autorités européennes et américaines enquêtent sur Apple, Andy Yen espère que la Confédération fera de même. Contactée jeudi, la Commission de la concurrence (Comco) dit avoir discuté avec ProtonMail, «mais, comme il s’agit d’un cas international, nous laissons travailler l’Union européenne à ce sujet. Et si la solution trouvée concerne la Suisse, nous n’agirons pas», affirme Olivier Schaller, vice-directeur de la Comco.

monchange.ch