Anouk tape dans l’œil d’un groupe italien

L’annonce de la vente de la chaîne de boutique Anouk au groupe italien Imperial a suscité quelques haussements de sourcils mercredi. Elle ne manque de rappeler la débâcle de la reprise en 2017 d’un Charles Vögele à bout de souffle par OVS, le H&M transalpin qui n’a pas mis dix-huit mois à tout fermer en Suisse.

«Notre situation n’a rien à voir, nous affichons une marge EBITDA [ndlr: marge bénéficiaire] dépassant 10% de nos ventes, aucune dette et une situation stable depuis cinq ans alors que le marché a plongé de plus de 25%», rétorque François Rueff, fondateur de ce réseau d’une cinquantaine de boutiques en Suisse. Bon mais alors… pourquoi vendre? «Mes enfants ont choisi une autre voie et je cherchais un repreneur depuis septembre», répond le vétéran bâlois de la confection.

Drôle d’époque

La fermeture de la plupart des commerces ces deux derniers mois – afin de limiter la propagation de l’épidémie de coronavirus – n’a rien changé à une transaction qui avait été négociée depuis décembre, assure François Rueff. Ce dernier ne précise pas le prix auquel il a vendu son entreprise.

«Après le déconfinement, les ventes pourraient bien être inférieures de 40% à 50% à la normale ces deux prochains mois»

Il reste à la barre d’Anouk – et y garde des parts – alors que des mois étranges s’annoncent. Ses boutiques rouvrent lundi, mais les restrictions sanitaires lui font tabler sur une activité «inférieure de 40% à 50% à la normale ces deux prochains mois; à voir ce qui se passe déjà en Autriche». François Rueff prévoit une année en retrait de 25 à 35% par rapport à 2019… si le pays est épargné par une deuxième vague de contamination.

«Fast fashion» bolognaise

À la différence de ce qui s’était passé avec Vögele, aucune coupe claire n’est anticipée de la part du nouvel actionnaire, qui n’a rien d’un inconnu. «Leurs jeans Please nous assurent une base de clientèle stable et environ 40% de nos ventes», explique le patron d’une enseigne revendiquant 140 000 détentrices de sa carte de fidélité. Principal changement, le reste de l’assortiment sera constitué «en grande partie» par Imperial et Dixie – autres marques du groupe créé en 1978 par feu Adriano Aere.

Basé à Bologne, Imperial est un pionnier de la «fast fashion», la production des collections en Italie permettant de proposer en boutique un modèle dessiné une semaine plus tôt. Son réseau comprend 70 points de vente dans la Botte et deux cents à l’étranger.

De son côté, François Rueff était responsable d’un grand magasin Manor avant de se mettre à son compte en 1986 pour lancer Kookaï en Suisse. «La grande époque, on avait ouvert une trentaine de boutiques simplement en s’autofinançant», se souvient-il. Il les revendra au français Vivarte – aujourd’hui en difficulté – au début des années 2000, avant d’amener Sandro, Maje et Claudie Pierlot en Suisse, dans une trentaine de points de vente cédés en 2014 à des financiers. Depuis, il développe également des partenariats à 50/50 avec les marques Gérard Darel, ba&sh et Jacadi.

Créé: 08.05.2020, 20h58

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