ABB: le patron Ulrich Spiesshofer prend la porte

Patron d’ABB depuis septembre 2013, Ulrich Spiesshofer quitte à la surprise générale et avec effet immédiat le géant zurichois de l’électrotechnique. Peter Voser, l’actuel président du conseil d’administration et notamment ancien chef des finances du groupe, assure l’intérim, le temps de trouver un successeur à l’Allemand.

Dans un communiqué diffusé mercredi, ABB explique selon la formule consacrée que le départ d’Ulrich Spiesshofer a été décidé d’un commun accord avec l’organe de surveillance. Après avoir servi ABB durant près de quinze ans, M. Spiesshofer a pour sa part indiqué qu’il souhaitait s’accorder un peu de temps avant d’ouvrir un nouveau chapitre de sa vie professionnelle.

M. Spiesshofer avait succédé à mi-septembre 2013 à l’américain Joe Hogan à la tête d’ABB. Entré à la direction de la multinationale zurichoise en tant que responsable du développement organisationnel en 2005, l’Allemand a pris la tête dès 2010 de la division Automation industrielle et moteurs du groupe.

Le Suisse Peter Voser préside le conseil d’administration d’ABB depuis avril 2015. De 2009 à 2013, il a dirigé le géant anglo-néerlandais du pétrole Royal Dutch Shell, après en avoir assumé la direction des finances de 2004 à 2009. De 2002 à 2004, il a exercé des fonctions similaires au sein d’ABB.

Actionnaires critiques

Quand bien même les critiques de certains actionnaires à l’égard de M. Spiesshofer s’étaient multipliées ces derniers mois, son départ n’en constitue pas moins une surprise. Il y a quelques mois, soit à mi-décembre dernier ABB avait finalement cédé à la pression d’une partie de ses propriétaires en vendant 80% de sa division des réseaux électriques (Power Grids) au japonais Hitachi pour plus de 9 milliards de dollars.

La direction d’ABB était pourtant longtemps restées sourde aux appels de certains de ses plus gros actionnaires, dont Cevian Capital, qui avait manifesté publiquement et à plusieurs reprises le souhait d’une scission. D’autres importants détenteurs d’actions, comme le fonds américain Artisan ou Nordea Asset Management avaient repris à leur compte les exigences du fonds d’investissement suédois, arguant que la séparation entraînerait une augmentation de valeur.

Interrogé par AWP, Cevian Capital n’a pas souhaité commenter le départ de M. Spiesshofer. Le co-fondateur de la société scandinave, Lars Försberg, a simplement assuré son soutien à la stratégie d’ABB ainsi que sa confiance envers Peter Voser. Premier détenteur d’actions, AB Investor s’est aussi exprimé dans le même sens.

En parallèle à l’annonce du départ de M. Spiesshofer, ABB a dévoilé sa performance au 1er trimestre, une présentation qui n’était attendue que dans deux semaines. Entre janvier et fin mars, le géant zurichois a vu son bénéfice net se tasser de 6% sur un an à 535 millions de dollars (533,7 millions de francs), quand bien même ses revenus et commandes ont progressé.

Revenus et commandes en hausse

Le chiffre d’affaires a crû de 6% à 6,85 milliards de dollars. A taux de change constants, la hausse s’est inscrite à 4%. Les entrées d’ordres ont quant à elles augmenté de manière moins soutenue soit de 1% (3% hors effets de change), à 7,61 milliards.

Le résultat opérationnel Ebita a grappillé 2% en dollars, à 766 millions. Il s’est envolé de 10% à taux de change constants.

La division des produits d’électrification ainsi que celle de la robotique et des moteurs ont affiché des commandes en progrès de respectivement 6 et 5%. En revanche, l’unité Automation industrielle a subi un tassement de 5%, ABB faisant part d’une demande mitigée dans certains segments de clients.

La demande s’est en revanche révélée soutenue dans les industries minière ainsi que celle de la cellulose et du papier. Il en est allé de même pour les services ainsi que les solutions de numérisation ABB Ability. Le groupe note cependant un ralentissement dans l’automation ainsi que dans l’industrie automobile.

Cession et intégration coûteuses

A l’image des trimestres précédents, l’intégration des activités de solutions industrielles reprises au concurrent américain General Electric a pesé sur la rentabilité. A celle-ci, sont venus s’ajouter les coûts liées à la cession de Power Grids. La marge Ebita s’est ainsi détériorée d’un demi-point de pourcentage à 11,2%.

Evoquant les perspectives, ABB reste comme le veut son habitude plutôt vague. Les signaux macroéconomique demeurent mitigés en Europe, alors que la croissance de la demande devrait se poursuivre en Chine et aux Etats-Unis. Les marchés globaux devraient afficher une évolution toujours favorable, même si les incertitudes géopolitiques augmentent dans certaines régions.

Les informations délivrées par ABB ont comblé les investisseurs. Après avoir ouvert sur un bond de 4,53% à la Bourse suisse, le titre du groupe zurichois poursuivait son envol, décollant vers 09h45 de 5,57% à 21,23 francs. L’indice des valeurs vedettes SMI progressait dans le même temps de 0,14%. (ats/nxp)

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