A peine ralentie, la Chine est prête à se relancer

Un bas niveau record. Avec l’absence d’un règlement de la guerre commerciale Chine-Etats-Unis à l’horizon et une conjoncture mondiale un brin déprimante, la croissance chinoise ne pouvait que décélérer. Elle s’est effectivement essoufflée au deuxième trimestre 2019 à 6,2%. C’est la plus faible performance depuis 1992, date à partir de laquelle Pékin compile des statistiques sur une base trimestrielle. Au premier trimestre, le produit intérieur brut avait augmenté de 6,4%.

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Cette évolution est tout de même préoccupante. Parce que la baisse conjoncturelle a eu lieu malgré les plans successifs de relance pour contrebalancer les effets de la guerre commerciale. Mais pour Max Zenglein, directeur du programme de recherches économiques à Mercator Institute for China Studies (Merics), basé à Berlin, la décélération se produit à un rythme modéré. «En réalité, le taux de croissance respecte l’objectif gouvernemental de 6 à 6,5% pour 2019, relève l’économiste. Il n’y a pas de krach en vue.»

En effet, plusieurs autres indicateurs publiés ces jours relativisent le relâchement. La production industrielle pour le mois de juin a rebondi de 6,3% et les ventes de détail de 9,8%. Dans son édition de lundi, le Global Times, journal en ligne proche des autorités chinoises, cite Cong Yi, professeur à l’Université de Tianjin. Selon lui, le pouvoir d’achat croissant des Chinois maintient la demande intérieure à la hausse. Le revenu disponible des Chinois a augmenté de 8,8% depuis le début de l’année par rapport à la même période l’année précédente, alors que les exportations du pays, l’autre pilier de l’économie chinoise, ont baissé de 1,3% en une année.

Investissements étrangers en hausse

«Pékin doit rester vigilant et éviter une décélération rapide, met en garde Max Zenglein. Il va donc poursuivre une politique monétaire et fiscale expansionniste. Comme on se dirige vers le centenaire du Parti communiste chinois en 2021, l’Etat a intérêt à augmenter la confiance dans l’économie.»

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L’économiste affirme aussi que, contrairement au vaste programme de relance mis en œuvre en 2008-2009, l’expansion du crédit et celle des dépenses publiques seront plus ciblées en 2019. «Pékin entend entre autres améliorer l’environnement des affaires, ainsi que l’accès au crédit pour le secteur privé, anticipe-t-il. D’autres mesures fiscales viseront à donner une impulsion à la consommation des ménages.» En effet, une telle action corrobore la stratégie officielle chinoise qui est de réduire la dépendance aux exportations et de donner une impulsion à la demande intérieure.

Délocalisation graduelle

Les effets du ralentissement ne se sont pas encore fait sentir à grande échelle sur le plan de l’emploi. Son évolution est suivie de près, d’autant plus qu’il a été question de délocalisation de la production de la Chine vers d’autres pays asiatiques, dont les exportations ne sont pas visées par l’administration américaine. En avril dernier, le taux de chômage, selon la presse chinoise, était de 5%.

Max Zenglein relativise: «Les activités industrielles délocalisées sont limitées. En réalité, les investissements étrangers directs ont augmenté de 3,5% – en dollars – entre janvier et juin 2019 par rapport à l’an dernier.» Selon lui, la pression pour délocaliser la production hors de Chine va sans doute augmenter, mais la transition sera graduelle. L’économiste rappelle que Pékin tient à la stabilité de l’emploi et, en même temps, s’attend à l’arrivée d’un nombre record d’universitaires sur le marché du travail cette année. «En anticipation, les autorités ont déjà pris des mesures pour les aider à créer leur propre entreprise», souligne-t-il.

Le relatif optimisme de Max Zenglein est partagé par les marchés financiers. Pour preuve, les bourses chinoises, qui étaient mitigées la semaine passée, ont clôturé en hausse lundi. Les investisseurs misent sur des nouvelles mesures incitatives pour aider les entreprises, notamment un assouplissement de la politique monétaire. Du reste, cet optimisme est l’un des facteurs qui ont poussé l’ensemble des places financières mondiales vers le vert.

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