Stagnation des ventes à 21 milliards de francs (+0,4%) et croissance organique de 2,3% alors qu’elle atteignait encore 3,9% un an plus tôt, les résultats trimestriels de Nestlé montrent que les temps sont durs pour le secteur alimentaire. Le point avec Yasmina Barin, analyste financière senior chez Syz Group.

Faut-il s’inquiéter de la stagnation des revenus de Nestlé au premier trimestre et cela depuis plusieurs années?

Les revenus ne sont pas la donnée la plus importante, car ils peuvent varier fortement, touchés par ce que nous appelons dans notre jargon «les effets périmètres». Ces derniers peuvent, par exemple, prendre la forme de cession ou rachat d’actifs comme la vente d’une marque. Le chiffre d’affaires est également sensible à l’évolution des taux de change. Nous préférons donc, nous concentrer sur l’évolution de la croissance organique, qui ne subit pas ces distorsions et permet de comparer la dynamique de croissance de Nestlé avec ses concurrents.

La croissance organique du géant veveysan est pourtant la plus faible de ces dernières années…

Ce trimestre s’inscrit effectivement parmi les plus faibles de la dernière décennie. Il est toutefois important de relever le fait que tout le secteur pâtit d’un environnement de prix resté difficile, dans un contexte d’inflation toujours basse. Ceci affecte tout le secteur qui peine à faire croître ses ventes au-delà de 3% par an. De surcroît, nous noterons que la base de comparaison était particulièrement difficile, puisque l’année 2016 était bissextile. Certains effets saisonniers sont également à prendre en considération à l’exemple des fêtes de Pâques, très tardives cette année.

Faut-il toutefois imaginer un changement de cap pour le paquebot Nestlé?

Globalement leurs résultats restent très solides. Maintenant un groupe, même très bien géré, peut être dynamisé. Tout récemment, nous en voyons l’exemple avec Unilever. Ce groupe a annoncé des virages stratégiques majeurs comme la cession prévue de ses margarines. Kraft et Heinz, déjà très rentables, ont également vu leurs marges progresser de manière significative depuis leur rachat par Berkshire Hathaway, la société d’investissement dirigée par Warren Buffett. Mark Schneider, le nouvel administrateur délégué, semble en tout cas vouloir apporter ce nouvel élan chez Nestlé. Dans un premier temps par la simplification et l’optimisation des processus de gestion puis par le dépoussiérage de son portefeuille de marques.

Les attentes des analystes, concernant Nestlé, ne sont-elles pas trop élevées?

Les investisseurs sont souvent impatients. Mark Schneider a d’ailleurs souhaité replacer leurs attentes à des niveaux plus réalistes. Une prudence qui pourrait notamment permettre à Nestlé de surprendre positivement les marchés au cours des prochains trimestres. (TDG)

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