La tournée chinoise d’Ueli Maurer a pris fin mercredi à Hongkong. Devant la presse, le conseiller fédéral en charge des Finances s’est réjoui de «la très bonne atmosphère» qui a entouré ce voyage d’une semaine, marqué notamment par des visites auprès de quatre banques chinoises à Pékin et Shanghai. «Nous avons parlé avec les représentants de China Construction Bank, déjà présente à Zurich ainsi qu’avec ceux d’ICBC, pour laquelle la licence est attendue dans les semaines ou les mois qui viennent», a expliqué Ueli Maurer.

Le conseiller fédéral a en outre vanté les atouts de la Suisse auprès de deux autres établissements susceptibles de s’y installer, Bank of China et Shanghai Pudong Development Bank (SPDB). «Nous avons rencontré les dirigeants de ces deux banques», a indiqué Jörg Gasser, , également du voyage. Les deux responsables suisses ont cependant fait preuve de prudence. «Le sujet n’était pas comment venir en Suisse, mais mieux comprendre leur stratégie d’expansion en Europe, a tempéré Jörg Gasser. Ces deux banques sont toujours en train de réfléchir et n’ont pas encore pris de décision.»

Un retour sans perdre la face

Dans les milieux bancaires suisses, on spécule sur la façon dont Bank of China fera son retour sans perdre la face, après un premier échec en 2011 au bout de trois ans. Moins connue, est classée par The Banker dans les 30 plus grandes banques du monde. L’établissement de Shanghai s’est fait remarquer l’an dernier par une émission d’obligations vertes de plus de 3 milliards de dollars.

D’autres places courtisent les banques chinoises. L’an passé, SPDB a signé un «memorandum of understanding» pour s’installer au Luxembourg. Le Grand-Duché pourrait ainsi avoir bientôt huit banques chinoises sur son sol.

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Ueli Maurer croit aussi en ses chances pour ouvrir la Chine aux banques suisses. «Les autorités [chinoises] sont ouvertes à propos de l’accès à leur marché financier, mais cela ne viendra pas tout de suite. Ni pour le monde entier. Nous leur avons dit que la Suisse pourrait être un test pilote», a détaillé le conseiller fédéral, comme la Chine l’a fait en concluant un accord de libre-échange avec la Suisse avant tout autre économie européenne d’envergure. La conseiller fédéral a aussi souligné que «Genève a aussi l’attention de la Chine, pas seulement Zurich».

«Je suis sûr qu’il y a un intérêt mutuel, a complété Jörg Gasser. Les Chinois pourraient non seulement bénéficier du savoir-faire, mais aussi de la gamme de produits financiers que la place suisse offre.» En retour, les banques suisses ont un intérêt à pouvoir s’installer plus facilement en Chine. La délégation comprenait d’ailleurs des représentants de l’Association suisse des banquiers, de la Banque Cantonale de Genève, de la Banque Bonhôte ou encore de SIX et de l’assureur Zurich.

Les établissements suisses ont pu exposer leurs idées pour faciliter l’expansion d’activités liées aux valeurs mobilières (securities). La règle actuelle limite la participation étrangère à 49%, et contraint en particulier le développement d’UBS et de Credit Suisse, déjà présentes. Ce sujet a été abordé avec des représentants de la banque centrale chinoise ainsi que du gendarme des marchés (CSRC). «Aucun calendrier n’a cependant été arrêté, a reconnu Jörg Gasser, mais la visite du président Xi Jinping en Suisse en janvier a renforcé la dynamique, déjà excellente, entre les deux pays.»

Echange automatique d’informations financières

Après l’acquisition de Syngenta par un groupe chinois, le cas d’une banque pourrait-il se présenter? «Nous n’avons pas évoqué un tel rachat. Les discussions ont porté sur la coopération. On peut tout imaginer, y compris une telle opération, mais cela me semble peu probable», a répondu Jörg Gasser.

Dernière étape de la mission suisse, Hongkong, où les discussions ont porté sur l’avancement d’un accord d’échange automatique d’informations financières. Dans un communiqué diffusé mercredi, le secrétaire hongkongais aux Finances a lui aussi confirmé son intention de conclure un tel accord. Ueli Maurer anticipe une mise en œuvre de l’échange dans le courant 2019, «à condition que le parlement puisse traiter tous les accords en cours», soit plus de quarante.

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