Les firmes suisses veulent percer en Perse

Les firmes occidentales se ruent en Iran. Les délégations économiques se succèdent, presque à la queue-leu-leu, à Téhéran et dans les autres pôles économiques de ce pays de 80 millions d’habitants. Demain, une quarantaine de chefs d’entreprises de firmes helvétiques seront dans les bagages du président de la Confédération, et ministre de l’économie Johann Schneider-Ammann, pour vanter les atours de la Suisse en Iran.

La période des sanctions ? Oubliée, même si les banques helvétiques ne seront pas du voyage, encore échaudées par les amendes salées infligées par les Etats-Unis. Or, des transactions commerciales ou financières entre l’Iran et les pays occidentaux se font encore en dollars, ce qui oblige les banques à s’exposer sur la devise américaine. Si, d’aventure, les relations entre Washington et Téhéran devaient à nouveau s’empoisonner, ces institutions financières pourraient se retrouver otages de tensions politiques, et elles ont horreur de cela. L’amende de 8,9 milliards de dollars (environ la même somme d’argent, en francs) que BNP Paribas a dû débourser à la justice américaine en juin 2014 est encore dans bien des mémoires de banquiers. Rappelons que le géant français – et sa filiale genevoise en particulier – s’était fait taper sur les doigts pour avoir commercé avec trois pays alors désignés comme étant ceux de « l’axe du Mal » (Iran, Soudan et Cuba). Et, avec les Américains, on ne sait jamais : Alcon, une entreprise spécialisée dans les produits ophtalmiques, a été placée sous enquête par la justice américaine en 2013 pour avoir vendu ses produits en Iran malgré les sanctions imposées par les Etats-Unis. Actuel propriétaire d’Alcon, le groupe pharmaceutique Novartis s’est refusé à préciser où en était ce litige.

650 salariés pour Nestlé

Avec son rival bâlois Roche, Novartis est présent en Iran. Mais uniquement sur le plan commercial, avec un intérêt évident : les ventes de médicaments pèsent près de 40% du total des exportations helvétiques vers l’ancienne Perse (lire notre graphique). Roche salarie 55 personnes à Téhéran et, comme Novartis, a passé des accords avec des firmes locales pour usiner et emballer ses produits. Aucun des deux géants pharmaceutiques n’envisage pour l’heure d’investir dans un site propre.

Nestlé, en revanche, possède deux sites industriels en Iran, dans la région de Téhéran. Et Nestlé Iran emploie plus de 650 employés. Tout comme d’autres groupes occidentaux et le leader genevois de l’inspection SGS, Nestlé n’a jamais déserté ce marché. En cas de redémarrage des activités, c’est un avantage. « Nous évaluons actuellement les implications de la levée des sanctions sur nos activités en Iran, mais il serait prématuré de se prononcer davantage pour le moment », précise une porte-parole de la multinationale vaudoise.

Désormais, les groupes helvétiques peuvent sortir de l’ombre, come leurs rivaux allemands, britanniques et italiens. En particulier dans le secteur énergétique, où les partenariats seront juteux. L’Iran va progressivement ouvrir ses robinets d’or noir (500000 barils de plus par jour et, en termes de réserves, le pays est le numéro quatre mondial) mais surtout de gaz (numéro un mondial).

Contrats mirifiques

En attendant ces lendemains qui devraient chanter, des contrats mirifiques sont conclus entre les grandes firmes européennes et des compagnies iraniennes. Fin janvier, Airbus a annoncé lors de la visite du président iranien Hassan Rohani à Paris et Rome la commande de 114 Airbus pour un montant de 17 milliards d’euros (près de 19 milliards de francs). Le constructeur européen prend donc ses marques, alors que son rival américain Boeing doit ronger ses freins.

Les Iraniens sont impatients de conduire des automobiles. Les fabricants l’ont bien compris. Le groupe tricolore PSA va, par exemple, créer en Iran une coentreprise qui pourra investir jusqu’à 400 millions d’euros (environ 440 millions de francs) sur cinq ans dans la conception et la production de véhicules. Cette nouvelle joint-venture avec Iran Khodro, partenaire historique du constructeur automobile français, vise à produire plusieurs modèles Peugeot à partir du second semestre 2017.

Ces accords se déroulent aussi dans des secteurs plus inattendus, à l’exemple du domaine ferroviaire. Le géant allemand Siemens va vendre 500 trains de passagers à l’Iran. La compagnies nationales de chemins de fer française et italienne ont aussi décroché des accords, agissant ainsi comme des représentants de commerce pour l’industrie ferroviaire de leurs pays. A l’exemple du groupe français Alstom, aujourd’hui propriété du géant américain General Electric, qui a fait profil bas en Iran, malgré les sanctions. Les plans de développement, dans ce domaine, pourraient s’élever à 22 milliards de francs, a récemment précisé Diego Diaz, directeur des projets internationaux à la SNCF.

Faut-il s’y ruer?

Faut-il se ruer en Iran ? Les premiers arrivés seront les mieux servis ?
« Le poids de l’Etat dans l’économie représente un enjeu important en regard de l’ouverture économique », admet Ramin Rabii, associé au sein de la société iranienne de conseil financier Turquoise Partners. « Mais les conditions offertes aux entreprises sont plus sûres que dans d’autres marchés émergents comparables », ajoute ce consultant basé à Téhéran, qui cite les facilités pour engager des cadres expatriés ou la possibilité pour les firmes étrangères à posséder 100% du capital.

L’Iran n’est pas pour autant un paradis pour entrepreneurs. La corruption est l’un des principaux maux dont souffre le pays. Selon Transparency International, une ONG qui met sous pression les Etats en leur décernant des notes, l’Iran occupe une place médiocre dans son classement, qui va de 1 (moins corrompu) à 168 (là où la corruption sévit le plus). L’ancienne Perse est 130e, en compagnie du Paraguay et de l’Ukraine, dans une meilleure situation que l’Irak ou le Venezuela, mais bien pire que la Moldavie ou le Guatemala. Les routes vers les marchés de l’ancienne Perse promettent de ressembler davantage à un sentier pierreux qu’à une autoroute goudronnée.

(TDG)

(Créé: 25.02.2016, 07h53)

Migros veut se lancer dans l’élevage de poissons

Alors que le marché suisse de la perche représente 2000 à 2500 tonnes par an toutes espèces confondues, la pêche dans nos lacs ne contribue en moyenne que pour 10% de ces volumes. Au final, 90% des poissons sont importés des pays baltes et d’Europe de l’Est.

C’est la raison pour laquelle Migros ambitionne de se lancer dans l’élevage de poissons en Suisse. Au sein des industries du groupe (M-Industrie), Micarna espère faire démarrer les premières piscicultures de perches dès 2017. En cas de succès, d’autres espèces pourraient suivre.

Micarna entend à terme couvrir ses propres besoins pour le marché domestique, a fait savoir son directeur, Albert Baumann, mercredi devant la presse. Pour surmonter les difficultés liées à l’élevage de la perche, l’enseigne a acheté le savoir-faire de deux frères irlandais puis créé l’an passé la coentreprise KM Seafood, basée à Schirgiswald-Kirschau (D).

Selon Albert Baumann, l’élevage des perches est laborieux et reste peu développé dans le pays tandis que les populations de cette espèce ont diminué en milieu naturel, conséquence de la trop grande «pureté» de nos eaux douces. A terme, l’objectif du projet de Migros est de faire venir les alevins (jeunes poissons) d’Allemagne jusqu’aux installations appropriées en Suisse.

Société valaisanne déjà à l’oeuvre

Mais il se trouve qu’à Rarogne (VS), Valperca est la première société au monde à avoir mis au point, voici vingt ans, un procédé permettant l’élevage de perches en bassin de l’oeuf aux filets. Avec 240 tonnes de production par an, l’entreprise commercialise 80 tonnes de filets, soit 3% du marché, a précisé à l’ats son directeur David Morard.

Valperca fournit notamment Migros et Coop. Au vu de la forte demande, elle entend agrandir cette année ses installations afin d’accroître la production à 150 tonnes de filets par an. «Nous avons été informés en 2014 par Migros de leur intention de créer leurs propres élevages. Nous n’avons pas peur de la concurrence», assure David Morard.

Le spécialiste relève les défis que constitue une production à l’échelle industrielle, en termes de qualité. Sans parler des lacunes en matière de recherche et de formation dans le domaine de la pisciculture. (ats/nxp)

(Créé: 24.02.2016, 17h59)

Les entreprises suisses pourront être mieux surveillées

La Suisse va instaurer un numéro d’identification pour les entreprises actives dans le secteur financier.

Avec les membres du G20, elle pourra ainsi mieux surveiller ces sociétés. Le Conseil fédéral a ouvert mercredi la consultation visant à modifier la loi en ce sens. Le délai court jusqu’au 1er juin.

En décembre, la Suisse est devenue membre à part entière du comité international de surveillance du système d’identification des acteurs financiers. Pour appliquer ce système, elle doit adapter sa base légale.

Le système a été réformé après la crise financière de 2008. Les pays du G20 ont décidé de renforcer les moyens permettant d’identifier les parties prenantes. Par exemple, la banque J.P. Morgan apparaissait sous différentes dénominations comme JPM, JP Morgan ou J.P. Morgan. L’idée a donc été de trouver un identifiant standardisé.

Le système appelé Legal entity identifier (LEI) permet d’améliorer la qualité des données financières et facilite l’évaluation des risques systémiques. Il a été développé par le Conseil de stabilité financière et il est contrôlé par un comité de surveillance, le Regulatory Oversight Committee (ROC).

Actuellement, les entreprises suisses doivent demander ce numéro d’identification aux Etats-Unis, a expliqué à l’ats Fabio Tomasini, chef de la section Registre des entreprises au sein de l’Office fédéral de la statistique. La réforme doit permettre à cette dernière d’attribuer ces identifiants en Suisse.

Ce numéro d’identification concernera les entreprises actives dans les marchés financiers et les dérivés une fois que la loi sur l’infrastructure des marchés financiers sera entrée en vigueur. Ce système de surveillance pourrait ensuite être étendu à d’autres secteurs, a ajouté Fabio Tomasini. (ats/nxp)

(Créé: 24.02.2016, 11h42)

Mars rappelle ses barres en Suisse

Le géant américain du chocolat Mars a annoncé mardi avoir ordonné un gigantesque rappel dans 55 pays de ses barres chocolatées et confiseries produites aux Pays-Bas, après qu’un consommateur a trouvé un bout de plastique dans un produit du groupe.

«De ce que nous savons, 55 pays sont concernés», a déclaré Eline Bijveld, une responsable du groupe pour les Pays-Bas, ajoutant que le rappel concerne «uniquement la production aux Pays-Bas», dans une usine Mars de la ville Veghel (sud) et destinée à l’exportation.

En Allemagne, le rappel concerne toutes les barres Mars et Snickers, les Milky Way Mini et Miniatures ainsi que certains bonbons «Celebrations» dont la date de péremption est comprise entre le 19 juin 2016 et le 8 janvier 2017, a indiqué Mars Allemagne dans un communiqué.

Selon l’agence néerlandaise ANP, qui cite la filiale de Mars aux Pays-Bas, un rappel sur ces mêmes produits s’applique aussi dans ce pays.

En cours de journée, Mars France a également annoncé un rappel massif des barres Mars et Snickers, ainsi que des bonbons «Celebrations». Et le groupe a également indiqué vouloir rappeler certains produits en Italie, en Espagne, en Belgique et au Royaume-Uni.

«Nous voulons éviter que les clients qui ont acheté un de ces produits ne le consomment», selon Mars Allemagne, «nous avons délibérément choisi une plage de production très longue pour nous assurer que tous les produits potentiellement concernés seront rappelés».

10 millions de barres par jour

Les consommateurs en possession de barres incriminées sont invités à se manifester auprès de Mars, par téléphone ou sur internet. Le site de la société n’était toutefois pas accessible mardi à la mi-journée.

Mars Inc. est un géant américain de l’agro-alimentaire, non coté, connu pour ses barres chocolatées mais qui fabrique aussi d’autres produits agro-alimentaires, entre autres du riz et des pâtes et de la nourriture pour animaux.

L’usine allemande du groupe à Viersen (ouest) produit chaque jour quelque 10 millions de barres chocolatées de différentes marques.

(afp/nxp)

(Créé: 23.02.2016, 13h27)

Nestlé investit dans la nutrition médicale

Nestlé se renforce dans la nutrition médicale. La multinationale veveysanne investit par le biais de Nestlé Health Science 42,3 millions de francs dans Pronutria Biosciences, une entreprise basée à Cambridge, dans le Massachusetts.

Cette start-up américaine est spécialisée dans le développement de produits thérapeutiques et nutritionnels à base d’acides aminés, a indiqué Nestlé mardi. Le patron de Nestlé Health Science, Greg Behar, fera son entrée dans la direction de Pronutria.

Le portefeuille de Pronutria Biosciences compte notamment le produit expérimental PN-107 contre la fonte musculaire causée par l’âge ou l’immobilisation. La société utilisera les fonds injectés par Nestlé pour la recherche et le développement du PN-107. (ats/nxp)

(Créé: 23.02.2016, 15h48)

La politique monétaire de la BNS porte ses fruits

La nouvelle orientation politique de la Banque nationale suisse commence à porter ses fruits, selon son président Thomas Jordan. Les mesures prises par les banques centrales des pays voisins de la zone euro leur ont permis de retrouver une certaine marge de manoeuvre.

Certains pays, dont la Suisse, ont décidé de garder une politique autonome après l’introduction de l’euro. Depuis l’éclatement de la crise en 2008, il est cependant devenu plus difficile pour les pays voisins de la zone euro de mener une telle stratégie, a déclaré M. Jordan mardi lors d’un discours donné à Francfort, siège de la Banque centrale européenne (BCE).

Mieux qu’avant la crise de 2008

Dans l’ensemble, les pays voisins de la zone euro ont jusqu’ici plutôt bien résisté aux années de crise, a-t-il relevé en comparant les politiques monétaires de la Suisse, de la Suède, de la République tchèque et du Danemark.

En Suisse comme en Suède, le PIB dépasse d’environ 12% son niveau d’avant la crise et dans la République tchèque, de plus de 9%, ce qui montre les avantages d’une politique indépendante, a expliqué le président de la Banque nationale suisse (BNS) selon le texte de son discours.

Marge de manoeuvre retrouvée

En Suisse, la suppression du cours plancher le 15 janvier 2015 a permis à la BNS de retrouver une certaine marge d’action. La monnaie helvétique s’est même légèrement affaiblie au cours des douze derniers mois. Elle reste néanmoins nettement surévaluée par rapport à l’euro. Quant à l’introduction des taux négatifs, elle n’a pas, «contrairement à ce que l’on craignait», «entraîné de ruée sur le numéraire» jusqu’ici.

Mais «les options de politique monétaire ne sont pas illimitées». Les mesures conventionnelles, basées sur les taux d’intérêt, et les mesures non conventionnelles doivent être employées «avec discernement». Des conditions favorables à l’économie et une grande capacité d’adaptation des entreprises sont aussi des facteurs déterminants pour qu«un pays puisse résister aux perturbations et surmonter les crises, selon le président de la BNS. (ats/nxp)

(Créé: 23.02.2016, 14h28)

Bénéfice net en hausse de 31% pour Swiss Re

Swiss Re a accru son bénéfice net de près d’un tiers l’an passé ( 31%) à 4,6 milliards de dollars (4,6 milliards de francs). Le réassureur zurichois annonce la nomination d’un nouveau directeur général en la personne de Christian Mumenthaler.

La performance du numéro deux mondial du secteur de la réassurance, derrière l’allemand Münchener Rück, est en ligne avec la moyenne des attentes des analystes consultés par l’agence financière awp. Ceux-ci tablaient en effet sur un bénéfice net compris entre 4,35 milliards et 4,83 milliards de francs.

Les primes et honoraires encaissés se sont montés à 30,2 milliards de dollars l’an dernier, soit un milliard de moins qu’en 2014. Les actionnaires profiteront de la croissance du bénéfice. Ils se voient proposer par le conseil d’administration un dividende relevé de 8,2% à 4,60 francs par action.

Nouveau directeur général

La publication des comptes annuels coïncide avec l’annonce d’un changement à la tête de la direction générale du groupe (CEO). Le Luxembourgeois Michel Liès, âgé de 62 ans, en poste depuis 2012, cédera sa place au Suisse Christian Mumenthaler, 46 ans. La passation de pouvoir interviendra au 1er juillet prochain.

Michel Liès aura travaillé durant plus de 35 ans pour Swiss Re, précise le communiqué. Quant à Christian Mumenthaler, il est employé par le réassureur zurichois depuis 17 ans, occupant la direction de la division Réassurance depuis 2011. (ats/nxp)

(Créé: 23.02.2016, 07h24)

Près de 14’000 postes biffés en 2015

En raison du franc fort, les entreprises suisses suppriment toujours plus de postes. L’an dernier, 387 sociétés ont annoncé des licenciements collectifs, contre 268 en 2014 ( 45%). Genève et Zurich sont les cantons les plus touchés.

L’année passée, ce sont près de 14’000 postes qui ont été biffés en Suisse, révèle lundi l’émission «10vor10» de la télévision alémanique SRF.

Quelque 84 entreprises du canton de Genève étaient concernées par environ 1700 licenciements. Un an plus tôt, elles étaient 49 à avoir renvoyé au total 1300 personnes.

Chiffre stable dans le canton de Vaud

Dans le canton de Zurich, 67 sociétés ont décidé de supprimer près de 4100 postes de travail. Si le nombre d’entreprises touchées n’a pas autant augmenté (53 en 2014) que dans le canton de Genève, celui des employés licenciés a pratiquement doublé en une année (environ 2200 postes en 2014).

Les sociétés en terres vaudoises qui ont procédé à des licenciements collectifs sont passées de 22 à 25 en 2015, un chiffre relativement stable. L’office cantonal de l’emploi n’a toutefois pas communiqué le nombre de salariés concernés.

Selon la loi, le terme de «licenciement collectif» s’emploie lorsque le nombre de personnes renvoyées s’élève à 10 pour une entreprise qui engage entre 20 et 100 travailleurs, à 10% pour une firme qui en compte entre 100 et 300 et enfin à 30 licenciements pour un établissement qui en emploie au moins 300. (ats/nxp)

(Créé: 22.02.2016, 22h50)

Fin de l’enquête judiciaire sur UBS pour fraude fiscale

Des juges d’instruction ont clos leur enquête sur le système présumé de fraude fiscale pour lequel sont inculpées la banque suisse UBS et sa filiale française, avec une caution record pour la première, a-t-on appris de source judiciaire lundi.

Dans cette affaire devenue emblématique de la lutte contre l’évasion fiscale, UBS est soupçonnée d’avoir mis en place, entre 2004 et 2012, un système pour inciter de riches clients francais à ouvrir des comptes en Suisse à l’insu du fisc.

La banque suisse, inculpée pour démarchage illicite puis pour blanchiment aggravé de fraude fiscale, s’était vu imposer une caution d’1,1 milliard d’euros, qu’elle a contestée en vain, devant la cour d’appel puis devant la Cour de cassation. Sa filiale française est également mise en examen pour complicité.

Quelque 38’000 clients français

La fin des investigations ouvre une période durant laquelle les parties peuvent faire des observations ou demander des actes d’enquête, avant les réquisitions attendues du parquet national financier (PNF) puis un renvoi ou non des protagonistes en procès, décidé par les juges d’instruction.

Des documents remis par l’Allemagne aux juges leur ont permis d’évaluer à environ 13 milliards de francs suisses (près de 12 milliards d’euros) les avoirs de quelque 38’000 clients français dans la banque en 2008, a rapporté à l’AFP une source proche du dossier. Mais tous les cas ne relèvent pas forcément de la fraude fiscale.

Cette enquête a été lancée après la dénonciation d’anciens salariés.

(afp/nxp)

(Créé: 22.02.2016, 17h55)

E-commerce et franc fort saturent les routes de Suisse

E-commerce et franc fort saturent les routes de Suisse

Cela pourrait ressembler à l’histoire d’une paire de bottes. Achetée sur Zalando, Amazon ou n’importe où ailleurs sur Internet. En quelques clics, elle est commandée. Quelque part sur terre, un employé, ou un robot, s’actionne alors: il saisit les chaussures et les achemine vers la sortie de l’entrepôt dans lequel elles reposent depuis leur arrivée de Chine.

Admettons que ce soit un hangar au nord de l’Allemagne et que le commerçant collabore avec DHL Express. Un camion jaune et rouge, aux couleurs du transporteur, chargera le paquet – et son coffre au maximum – pour le conduire à la base aéroportuaire de Leipzig. Un avion achemine aussitôt le colis vers la Suisse: trois appareils de la compagnie atterrissent en effet au quotidien entre Bâle ou Genève. Du tarmac, des véhicules prennent le relais et s’en vont vers l’une des dix bases de l’entreprise situées en Suisse, ou directement chez le client.

Le fol impact du franc fort

Pour gagner du temps, éviter les embouteillages et les frais excessifs, c’est tout un art. Un métier qu’il est devenu particulièrement difficile à exercer ces dernières années. Surtout en Suisse, notamment depuis le 15 janvier 2015.

Si l’abandon ce jour-là du taux plancher par la BNS a stimulé le tourisme d’achat dans le monde réel, que dire des magasins en ligne? «Du jour au lendemain, le nombre de colis destinés à des clients privés en Suisse a doublé», indique Christophe Dupertuis, directeur des opérations de DHL Express en Suisse. Du côté de La Poste, on constate également une explosion depuis ce fameux mois.

Un tsunami qui a stimulé encore davantage l’envol des paquets depuis que la planète achète en ligne. Plus d’un tiers des envois gérés par le DHL Express en Suisse – dont le service haut de gamme est traditionnellement réservé aux entreprises – sont actuellement destinés à des privés. Alors que la part liée aux particuliers existait à peine une décennie plus tôt. «Le e-commerce a bouleversé le monde du transport», selon Christophe Dupertuis.

Les nouveaux clients sont particulièrement difficiles à gérer. Les cargaisons, petites, éparses, destinées à tant d’adresses différentes désormais, prolongent les dessertes. Et les privés sont régulièrement absents, ce qui pousse le transporteur à leur envoyer des SMS au préalable pour qu’ils confirment leur présence (DHL ne dépose jamais un colis sans s’assurer qu’il est entre de bonnes mains) ou les inviter à venir retirer leurs commandes dans des gares ou des centres de collecte qui commencent à voir le jour en Suisse. La Poste peut profiter, elle, de son réseau de bureaux, où les foules peuvent récupérer leurs emplettes.

La route, reine du transport

Dans les économies développées, la proportion des petits biens de consommation progresse, alors que celle des cargaisons en vrac tend à décroître. Cela entraîne une hausse de la demande de transport pour petites marchandises, qui se traduit par un afflux du rail vers la route. «Le e-commerce est si fragmenté que la meilleure solution, c’est de voyager en camion», indique Simone Amorosi, directeur adjoint du Transportation Center de l’EPFL.

En Suisse, selon des données recueillies auprès des douanes et selon l’Office fédéral de la statistique pour les transports au sein du territoire, jamais la part des marchandises transitant par la route n’a été aussi importante qu’aujourd’hui (voir infographies). C’est d’autant plus frappant que les produits helvétiques s’exportent de plus en plus loin avec les années.

«On n’a pas la technologie qui permet de distribuer les colis facilement sur le dernier kilomètre. La surabondance de véhicules routiers est liée au fait qu’ils sont plus efficaces sur le dernier maillon de la chaîne de livraison», précise Simone Amorosi. «Un camion est moins cher que le train, et plus flexible. Il peut faire plusieurs li vraisons et permet de garder le contrôle sur ses biens. Ce mode de transport est d’autant plus intéressant quand le prix du carburant est abordable», poursuit Christophe Dupertuis. En Suisse, le litre d’essence est cet hiver au plus bas depuis douze ans.

La Suisse en recul

Les systèmes de distribution – presque partout – ont été conçus au XXe siècle autour des routes, même aux Pays-Bas, qui interdisent l’accès aux véhicules à essence dans les villes et qui poussent DHL à recourir à des vélos électriques en zone urbaine. Les fleurs hollandaises? Les pommes de terre allemandes? Même la houille de Russie arrive en camion.

En Suisse, le réseau routier planifié dans les années 60 craquelle. Les heures d’embouteillage ont doublé depuis 2008, selon l’Office fédéral des routes. Dans un rapport alarmant, l’association EconomieSuisse estime que trains et camions subissent trop de règles (en termes d’horaires de travail, de poids, de vitesse), ce qui les rend moins compétitifs.

Deux classements phares (le Global Competitiveness Report du WEF et l’indice de performance logistique de la Banque mondiale) font reculer la Suisse logistique en comparaison internationale. Le second place la Confédération en quatorzième position en 2014, alors qu’elle pointait au sixième rang quatre ans plus tôt. EconomieSuisse s’inquiète que les besoins du trafic de marchandises, ce «système sanguin d’une économie moderne», ne soient pas suffisamment pris en compte à Berne.

Un cargo souterrain

Des solutions existent. «Cargo sous terrain», un projet visant à acheminer les marchandises dans un tunnel à une dizaine de mètres sous terre par des véhicules sans conducteur a été présenté en janvier. Mais ce réseau ne prévoit pas de relier le lac de Constance à l’arc lémanique avant plusieurs décennies.

En attendant, Christophe Dupertuis et ses collègues examinent toutes les technologies, du drone aux triporteurs électriques en passant par le big data. «Notre métier consiste à constamment optimiser, synergiser et lutter contre le temps. Il faut pour cela être mathématique et informatisé; c’est le nerf de la guerre pour faire face à la montée inexorable du e-commerce», dit-il. Et à la vente de bottes sur Zalando. (TDG)

(Créé: 21.02.2016, 20h31)