Il faudra s’habituer au nouveau «modèle Nestlé». Après avoir demandé en début d’année un «temps mort» afin de réorienter le géant de l’agroalimentaire, Mark Schneider – son nouveau directeur opérationnel – a communiqué jeudi des résultats trimestriels «solides» avec une croissance organique (qui n’est pas dérivée des acquisitions d’entreprises) de 2,3%. Et des ventes globales ayant quasiment – au 31 mars de cette année – stagné à 0,4%, pour s’établir à 21 milliards de francs. Soit l’un des trimestres les plus faibles de la décennie pour le groupe établi à Vevey, et qui contraste avec sa croissance historique à 4-5%.

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En poste depuis le 1er janvier, Mark Schneider a évoqué lors d’une conférence téléphonique avec la presse et les analystes spécialisés un «début d’année particulièrement difficile» à mettre sur le compte des effets saisonniers. L’année 2016 a compté un jour de plus et a pu bénéficier de fêtes de Pâques et d’un nouvel an chinois à des dates plus propices. Conséquence: le secteur des confiseries accuse un recul de 2,9% par rapport au premier trimestre 2016.

Croissance mondiale en berne

Ces résultats s’inscrivent également dans une conjoncture difficile. La zone «Amériques» – principale contributrice au chiffre d’affaires de Nestlé avec un apport de 6,4 milliards de francs ce trimestre – est en phase de décélération. Le niveau de consommation reste faible aux Etats-Unis et au Brésil. En outre, les effets défavorables de taux de change pèsent sur les ventes de Nestlé (-0,4%), libellées en francs. En Europe de l’Ouest, la croissance a été contrebalancée par l’évolution négative des prix.

Comme le souligne Christophe Laborde, analyste chez Bordier, à l’image d’Unilever ou de L’Oréal, «l’ensemble des sociétés Consumer Staples (produisant des articles de consommation, ndlr) subissent un ralentissement de leur croissance organique des ventes depuis le troisième trimestre 2016». La croissance économique américaine n’y aura rien fait. Comme le rappelle Mark Schneider: «Il n’est désormais plus possible de corréler évolution du PIB et consommation. Ce modèle ne marche plus.»

Projets pour diminuer les coûts

De fait, Nestlé a déjà confirmé poursuivre son régime minceur. «Nous vous tiendrons informés de nos projets pour diminuer les coûts», a confirmé son directeur financier François-Xavier Roger. Afin de «générer une rentabilité future», les coûts de restructuration devraient également augmenter en 2017, indique le communiqué de presse. Mi-avril, le groupe avait déjà communiqué être en discussion avec la société allemande Frosta pour lui céder ses marques de surgelés en Italie. En outre, la coentreprise de thés glacés Beverage Worldwide Partners, entre Nestlé et Coca-Cola devrait être dissoute début 2018.

La réorientation stratégique du groupe pèse également sur les résultats. Les cessions d’activités ont représenté une baisse des ventes de 1,5%. En début d’année, Nestlé annonçait la création d’une coentreprise regroupant ses glaces et celles de la société britannique R&R. Une transaction qui s’inscrit dans la droite ligne de la stratégie de Nestlé de se concentrer sur la nutrition, la santé et le bien-être et de désinvestir les secteurs à faible marge.

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Les prévisions de croissance organique annuelle restent inchangées avec un chiffre compris entre 2 et 4%, et une marge opérationnelle stable. L’action de Nestlé était, jeudi en milieu d’après-midi, en légère hausse. Les résultats trimestriels communiqués sont supérieurs aux attentes des analystes, le consensus s’établissant autour d’une croissance de 2%.

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