Les exportations horlogères «ont atteint le creux de la vague»

Après presque deux ans d’apnée, les exportations horlogères sortent la tête de l’eau. Les chiffres de mars publiés jeudi par la Fédération horlogère suisse (FHS) font état de la première progression enregistrée sur les 20 derniers mois. A 1,6 milliards de francs, il s’agit d’une hausse de 7,5 % par rapport à mars 2016. Sur le premier trimestre, les envois de montres à l’étranger s’affichent en baisse de 6,8%.

Il faut toutefois être prudent, nuance d’emblée la FHS. Le mois de mars 2017 «a bénéficié de deux jours ouvrables supplémentaires et d’un effet de base très favorable», explique l’association faîtière dans son communiqué. Corrigées des jours ouvrables, ces mêmes exportations ont reculé de 2,6%, précise l’Administration fédérale des douanes (AFD).

Voir notre grand format: Horlogerie, les dessous de la révolution du «Swiss made»

«Cela n’empêche que les chiffres publiés ce matin soient bons», relève Jean-Daniel Pasche. Pour le président de la FHS «cela confirme le scénario que nous avons dessiné en début d’année, qui fait état d’une stabilisation en 2017. Nous pouvons dire que nous avons atteint le creux de la vague».

Tendance à l’acier

Dans le détail, on observe notamment un rebond du côté des montres en acier (+5,4% en volume et +12,15 % en valeur), une matière qui permet notamment aux marques horlogères de proposer des pièces à des prix plus modestes sans recourir à des baisses de prix. Autre point à relever, la progression prononcée (+19,4% en volume, +49% en valeur) des montres faisant partie de la catégorie «autres matières» – cela va de la céramique aux matières synthétiques. «Ce n’est pas si étonnant, cela arrive parfois sans explications particulières», balaye Jean-Daniel Pasche.

Si l’on s’arrête sur la ventilation par pays, on observe que Hongkong conserve la première place des importateurs de montres suisses avec 13,2 % de parts de marché. La hausse qui y est observée (+18,1% à 208,8 millions de francs) met fin à «25 mois de reculs marqués», fait remarquer la FHS.

En 2016: A Hongkong, la chute des ventes de montres suisses continue

Les Etats-Unis restent en deuxième place (10,7% de parts de marché) mais, même si le résultat mensuel est qualifié de «bon» par l’association (+15,6% à 169,8 millions), «l’orientation à moyen terme est clairement négative». La Chine (+37,7% à 129,2 millions) continue sur sa lancée à la hausse de même que le Royaume-Uni (+6,2% à 98,1 millions), toujours aidé par le faible niveau de la livre sterling.

Un chapitre d’histoire: «Swiss made», aux origines d’un label controversé


Les exportations de la Suisse, corrigées du nombre de jours ouvrables, ont progressé de 2,4% au premier trimestre 2017. Les importations ont en revanche stagné. La balance commerciale boucle sur un excédent record de 10,8 milliards de francs.

La croissance des exportations repose sur le secteur de la chimie-pharma, sans lequel résulterait une baisse de 2,5%, a indiqué jeudi l’Administration fédérale des douanes (AFD). La principale branche exportatrice de la Suisse a accru ses envois de 2 milliards de francs durant les trois premiers mois de l’année. En termes réels, les exportations totales ont stagné à 54,1 milliards de francs. Les livraisons à l’étranger affichent également une hausse par rapport au dernier trimestre 2016, de 1,5%. Globalement, les sorties présentent une tendance positive depuis le troisième trimestre 2015, relève l’AFD.

Quant aux importations, elles ont fléchi de 4,2% en termes réels à 43,3 milliards. En comparaison avec le trimestre précédent, elles ont reculé de 1,5%, confirmant leur repli entamé à l’automne 2016. (ATS)

monchange.ch

Nestlé abandonne une campagne de promotion en Turquie, Novartis y songe

Nestlé et Novartis ont un problème d’image en Turquie. Les deux entreprises suisses participaient jusqu’ici à une campagne de promotion lancée fin mars par le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan et destinée à redorer l’image du pays, selon une information révélée jeudi par le Nestlé a d’ores et déjà suspendu sa collaboration et Novartis y songe. Le climat tendu instauré suite au référendum constitutionnel qui a renforcé les pouvoirs du président semble avoir changé la donne.

Lire aussi: Erdogan reprend les purges massives après sa victoire au référendum

Participation en suspens

«Notre participation à cette campagne est actuellement à l’arrêt. Nous examinerons les étapes à venir dans un futur proche», a précisé Nestlé au quotidien britannique. Présente dans le pays depuis 107 ans, la multinationale suisse y emploie directement plus de 3800 personnes. Quelles sont les raisons de cette volte-face aux allures de courageux arrêté? «La campagne devait être initialement lancée en octobre 2016, bien avant le référendum, détaille Michael Jennings, porte-parole de Nestlé, au Temps. Le gouvernement de Receyp Tayyip Erdogan a modifié le calendrier et les détails de la campagne.» Pourquoi avoir choisi, dans un premier temps, de participer à cette opération de charme? Cela «fait partie de notre engagement envers le développement en Turquie, comme dans de nombreux autres pays où nous opérons».

Le groupe pharmaceutique Novartis, implanté depuis 1950, a quant à lui fait savoir que son implication dans le projet, censé durer un an, était toujours d’actualité. «Nous continuons de surveiller attentivement les événements», précise toutefois Sileia Urech, directrice de la communication pour la Suisse. Autrement dit, c’est bien l’actualité politique qui préoccupe. «Novartis, comme d’autres entreprises internationales, soutient la campagne de promotion de la Turquie en tant que site économique, poursuit la porte-parole. Nous employons près de 2 300 personnes dans la production, la vente et et la recherche et développement.»

17 compagnies impliquées

Menée par le ministre de l’Economie Nihat Zeybekci, l’opération de promotion implique 17 compagnies, parmi lesquelles Samsung, General Electric et Ford, mais aussi des firmes françaises telles que le groupe pharmaceutique Sanofi et l’assureur Axa. L’enjeu? Promouvoir l’attrait économique de la Turquie et stimuler les investissements. Le tout au moyen d’affiches et de courtes vidéos, accompagnées du slogan: «Venez en Turquie et découvrez votre propre histoire.» Ces derniers mois, à la suite notamment d’attaques terroristes et d’instabilité politique, le pays a vu sa croissance baisser de 6,5% en 2015 à 2,9% en 2016.

«Raconter la Turquie de l’intérieur»

«Nous allons répondre à la propagande contre la Turquie en informant un public de plus de 500 millions de personnes dans sept pays», a déclaré Mehmet Büyükeksi, président de l’Assemblée des exportateurs turcs, lors de la cérémonie de lancement le 27 mars dernier. Des propos rapportés par le site Daily News Hurriyet. Prévue pour être diffusée en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne, en Russie, en Italie, aux Etats-Unis et aux Émirats Arabes Unis, la campagne entend permettre aux investisseurs étrangers de raconter la Turquie à leur manière.

Si Nestlé et Novartis se montrent désormais frileux, d’autres sociétés ne remettent pas en cause leur engagement. Le groupe japonais Toyota a par exemple déclaré au «Financial Times»: «Nous poursuivrons nos activités en Turquie en faveur d’une croissance durable.»

Lire les propos d’un opposant: Turquie: «Ce référendum ne sera jamais légitime»

En 2015, le volume des échanges commerciaux entre la Suisse et la Turquie s’élevait à 3,2 milliards de francs. La Suisse figurait alors au 12e rang des investisseurs internationaux dans ce pays, selon le site internet du Département fédéral des Affaires étrangères.

monchange.ch

Nestlé et Novartis songent à abandonner une campagne de promotion en Turquie

Nestlé et Novartis songent à se retirer de Turquie. Les deux entreprises suisses participaient jusqu’ici à une campagne de promotion officielle menée par gouvernement de Recep Tayyip Erdogan et destinée à redorer l’image de la Turquie, selon une information révélée jeudi par le Le climat tendu instauré suite au référendum constitutionnel semble avoir changé la donne.

Lire aussi: Erdogan reprend les purges massives après sa victoire au référendum

Participation en suspens

«Notre participation à cette campagne est actuellement en suspens. Nous considérons des ajustements à court terme», a précisé Nestlé au quotidien britannique. Présente dans le pays depuis plus d’un siècle, la multinationale suisse y emploie quelque 3800 personnes. Le groupe pharmaceutique Novartis a lui aussi fait savoir que son implication dans le projet était à l’étude.

17 compagnies impliquées

Menée par le ministre de l’Economie Nihat Zeybekci, l’opération de promotion implique 17 compagnies, parmi lesquelles Samsung, General Electric ou encore Ford. L’enjeu? Promouvoir l’attrait économique de la Turquie et stimuler les investissements. Le tout au moyen d’affiches et de courtes vidéos, accompagnées du slogan: «Venez en Turquie et découvrez votre propre histoire.» Ces derniers mois, à la suite des attaques terroristes, le pays a vu sa croissance baisser de 6,5% en 2015 à 2,9% en 2016.

D’autres sociétés ne remettent en revanche pas en cause leur engagement. Le groupe japonais Toyota a déclaré au «Financial Times»: «Nous poursuivrons nos activités en Turquie en faveur d’une croissance durable.»

Lire les propos d’un opposant: Turquie: «Ce référendum ne sera jamais légitime»

monchange.ch

Pour la première fois depuis près de deux ans, les exportations horlogères augmentent

L’industrie horlogère suisse voit le bout du tunnel. Les exportations ont enregistré en mars leur première hausse mensuelle après vingt mois consécutifs de baisse. Elles ont progressé de 7,5% en comparaison annuelle, à 1,6 milliard de francs.

Ce résultat «réjouissant» doit toutefois être relativisé, indique jeudi la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH) dans un communiqué. Il a en effet bénéficié de deux jours ouvrables supplémentaires et d’un effet de base très favorable.

Voir notre grand format: Horlogerie, les dessous de la révolution du «Swiss made»

A l’exception de l’Italie (-9,1%), les principaux marchés d’exportation ont tous progressé. La Chine affiche notamment un bond de 37,7%, tandis qu’Hongkong a mis fin à vingt-cinq mois de reculs marqués, avec une hausse de 18,1%.

En 2016: A Hongkong, la chute des ventes de montres suisses continue

Les exportations de montres entre 200 et 500 francs ont connu une croissance de plus de 20%, tandis que les produits de moins de 200 francs ont affiché une légère baisse en valeur (-2%), mais avec des volumes en hausse (+6,2%). Au-dessus de 500 francs, la progression s’est située près de la moyenne générale, précise la FH.

Un chapitre d’histoire: «Swiss made», aux origines d’un label controversé


 

Les exportations de la Suisse, corrigées du nombre de jours ouvrables, ont progressé de 2,4% au premier trimestre 2017. Les importations ont en revanche stagné. La balance commerciale boucle sur un excédent record de 10,8 milliards de francs.

La croissance des exportations repose sur le secteur de la chimie-pharma, sans lequel résulterait une baisse de 2,5%, a indiqué jeudi l’Administration fédérale des douanes (AFD). La principale branche exportatrice de la Suisse a accru ses envois de 2 milliards de francs durant les trois premiers mois de l’année. En termes réels, les exportations totales ont stagné à 54,1 milliards de francs. Les livraisons à l’étranger affichent également une hausse par rapport au dernier trimestre 2016, de 1,5%. Globalement, les sorties présentent une tendance positive depuis le troisième trimestre 2015, relève l’AFD.

Quant aux importations, elles ont fléchi de 4,2% en termes réels à 43,3 milliards. En comparaison avec le trimestre précédent, elles ont reculé de 1,5%, confirmant leur repli entamé à l’automne 2016.

monchange.ch

Roche a accru son chiffre d’affaires de 4% au premier trimestre

Roche a bien démarré l’année 2017. Le groupe pharmaceutique bâlois a accru son chiffre d’affaires consolidé au premier trimestre de 4% par rapport à la même période de l’an passé, à 12,94 milliards de francs.

Lire aussi: La croissance du marché pharmaceutique sera durable

«Nous avons commencé l’année avec un bon niveau de croissance au sein de nos deux divisions, Pharma et Diagnostics, et d’importants résultats positifs issus d’études cliniques», a commenté le directeur général Severin Schwan, cité jeudi dans un communiqué.

La division Diagnostics en hausse également

Les revenus de la division Pharma ont progressé de 4% à 10,18 milliards de francs, portés principalement par les anticancéreux Tecentriq et Perjeta. La division Diagnostics a pour sa part réalisé des ventes de 2,77 milliards, en hausse de 6% sur un an. La croissance a été tirée par l’activité d’immunodiagnostic.

La direction de Roche a confirmé ses prévisions pour l’ensemble de l’exercice 2017. Le groupe table sur une croissance du chiffre d’affaires se situant dans la partie basse à moyenne de la plage à un chiffre, soit entre 1% et 5%.

monchange.ch

Le bénéfice de Swiss a explosé au premier trimestre

Swiss International Air Lines a vu son bénéfice d’exploitation croître sur un an de 67% à 37 millions de francs au 1er trimestre 2017. La compagnie aérienne à croix blanche a enregistré une hausse de 2% de son chiffre d’affaires à 1,09 milliard.

Cette évolution est due entre autres à une meilleure rentabilité en lien avec la modernisation de la flotte, a indiqué jeudi la compagnie en mains du groupe allemand Lufthansa. Le coefficient de remplissage des avions a également progressé au 1er trimestre.

En raison de l’environnement de marché qui reste compliqué, Swiss maintient ses prévisions pour l’ensemble de l’année. L’entreprise s’attend à un résultat opérationnel (EBIT) légèrement plus bas qu’en 2016. Il s’était monté à 429 millions de francs l’an dernier.

A propos de Cointrin: Genève Aéroport craint pour son modèle d’affaires

monchange.ch

Le bénéfice net trimestriel de Samsung au plus haut en trois ans

Le géant sud-coréen Samsung Electronics a publié jeudi 27 avril son bénéfice net trimestriel le plus important depuis plus de trois ans, grâce à la forte demande pour ses puces mémoire.

Lire également: Samsung renonce à son projet de scission

Le résultat net sur les trois premiers mois de l’année a progressé de 46% sur un an à 7 680 milliards de wons (6,7 milliards de dollars), selon un communiqué. Le groupe, pourtant durement touché par le fiasco du Note 7 et l’incarcération de son vice-président, n’avait pas engrangé un tel bénéfice depuis le troisième trimestre 2013.

Le bénéfice opérationnel a bondi de 48% à 9 890 milliards de wons (8,76 milliards de dollars), là encore sa meilleure performance depuis le troisième trimestre 2013. Ses activités dans les semi-conducteurs ont généré à elles seules un bénéfice de 6 300 milliards de wons (5,58 milliards de dollars), un record.

Recul de la branche téléphonie mobile

Samsung Electronics, premier fabricant mondial de téléphones portables et de puces mémoire, vend ses puces à d’autres sociétés, dont son grand rival américain Apple.

Sa branche dédiée à la téléphonie mobile a vu son bénéfice d’exploitation reculer à 2 070 milliards de wons (1,83 milliard de dollars), contre 3 900 milliards un an auparavant.

Lire aussi: Samsung lance son nouveau Galaxy S8

Samsung Electronics émerge à peine de l’une des pires séquences de son histoire puisque son vice-président Lee Jae-Yong, héritier du groupe, et plusieurs de ses cadres sont actuellement jugés pour leur implication dans le retentissant scandale de corruption qui a précipité la destitution de l’ex-présidente sud-coréenne Park Geun-Hye.

Il avait aussi dû procéder au rappel planétaire du Note 7, une «phablette», un modèle à mi-chemin entre le smartphone et la tablette, ce qui avait coûté des milliards de dollars au groupe.

monchange.ch

Elmar Mock, ce flamboyant ingénieur iconoclaste

Il y a la Swatch et sa légende. En 1980, une séance mémorable lors de laquelle le jeune ingénieur Elmar Mock, spécialisé dans les plastiques polymères, doit justifier l’achat d’une machine de moulage par injection de 500’000 francs auprès d’Ernst Thomke, le patron d’ETA. Une véritable folie alors que l’industrie horlogère suisse est en pleine agonie. Le boss est furieux face à une dépense «irresponsable», mais finit par se calmer lorsque son employé lui soumet de premières esquisses de cette montre en plastique iconoclaste. La suite est connue.

Cela, c’est du passé. Un autre siècle, une autre vie. Aujourd’hui, si l’Office européen des brevets (OEB) a sélectionné Elmar Mock parmi quelque 400 candidatures, c’est «pour l’ensemble de son œuvre», soit surtout pour ce qu’il a réalisé durant les trois décennies qui ont suivi l’aventure de la Swatch. Trente ans durant lesquels il a apposé sa signature sous 178 familles de brevets dans des domaines aussi divers que les industries de l’horlogerie, de l’automobile, de l’alimentation ou de la pharma. «Elmar Mock a toujours osé défier le statu quo», explique Benoît Battistelli, le président de l’OEB.

Une belle consécration pour ce fils d’horloger autrichien qui a fondé Creaholic, une «fabrique de l’innovation» qui développe des solutions pour plus de 200 entreprises dont Ikea, Nestlé, Du Pont, Nespresso, BMW et Roche ne sont que les plus connues. La société, qui comptera bientôt quelque 50 collaborateurs, réalisera cette année un chiffre d’affaires annuel de plus de 8 millions d’euros. Elle a emménagé dans les anciens locaux de la savonnerie Schnyder à Bienne.

Enfant difficile

Ça tombe bien! Cet homme est une savonnette qui finit toujours par vous échapper. Né à La Chaux-de-Fonds dans une famille catholique pratiquante, il se décrit comme «un enfant difficile avec une propension à détruire» et fait les quatre cents coups, allant même jusqu’à voler un dimanche 50 centimes sur la quête d’une église. Dyslexique, il met onze ans pour achever son école obligatoire. Il est le «fauteur de trouble» de la famille, rebelle à toute autorité.

Mais il est aussi doué. En 1975, à l’Ecole d’ingénieurs de Bienne où il étudie dans une ville au taux de chômage de plus de 10%, il est le premier de sa classe à trouver un emploi. «C’était un jeune passionné, dynamique et impertinent. Il n’hésitait pas à contredire son chef pour défendre ses projets, ce qui est rare», se souvient Ernst Thomke. «Il était comme un cheval fougueux. Il fallait savoir le guider».

Traversée du désert

Après le bref moment de gloire dû au succès de la Swatch, Elmar Mock quitte rapidement ETA pour créer sa propre entreprise en 1986. Persuadé que le monde n’attend que son génie, il connaît une longue traversée du désert. Creaholic ne décolle qu’au milieu des années 1990 pour devenir une fabrique de l’innovation. «L’une des clés de voûte de la construction de la Swatch est le soudage du plastique par ultrasons. Nous avons poursuivi nos recherches dans cette voie», raconte Elmar Mock. Pour Ikea notamment, Creaholic développe des solutions permettant de souder du bois. Puis elle réussit même à souder des os pour un secteur médical qui n’y croyait pas au départ.

Les clients de la société biennoise sont des entreprises ayant pignon sur rue. Pour celles-ci, innover relève un peu de la schizophrénie. Elles doivent à la fois assurer le présent, ce qui implique un certain conservatisme, tout en devant préparer l’avenir grâce à des produits disruptifs. «L’innovation est un labyrinthe et l’important est de se mettre en mouvement. Mais il faut savoir sortir du labyrinthe avec un produit concret capable de conquérir le marché», souligne Elmar Mock, qui adore citer Charles de Gaulle: «Des chercheurs qui cherchent, on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche!»

Profits redistribués

Creaholic? Une sorte de «kolkhoze capitaliste», lâche son fondateur, un champion de l’autodérision. L’entreprise appartient à ses employés et ne génère des profits pour les leur redistribuer. Ici, l’écart entre le plus haut et le plus bas salaire ne dépasse pas un multiplicateur de 2,6. Elmar Mock gagne pour sa part quelque 200’000 francs par an.

Agé de 63 ans, ce flamboyant ingénieur travaille désormais à la pérennité de l’entreprise. Le mois prochain, Creaholic accueillera 25 nouveaux collaborateurs issus de la cellule d’innovation de Swisscom, qui a pris une part de 5% du capital. Elmar Mock s’est déjà retiré de la direction opérationnelle, ne siégeant plus qu’au conseil d’administration. «Je suis devenu un vieux sage. Non, plutôt un vieux singe!»

monchange.ch

Bracken Darrell: «Logitech s’adapte sans problème»

Un dernier trimestre «phénoménal», selon Guerrino de Luca, président de Logitech. Et un nouveau record pour le fabricant de périphériques informatiques. Mercredi à Zurich, la multinationale a présenté des résultats annuels 2016-2017 (en exercice décalé) en hausse: le chiffre d’affaires a progressé de 9% à 2,2 milliards de dollars, alors que le bénéfice s’envolait de 119 à 192 millions de dollars. Logitech compte aujourd’hui 6600 employés au niveau mondial et 2800 en excluant les ouvriers dans les usines chinoises. Environ 300 personnes travaillent en Suisse, majoritairement au siège mondial de Lausanne. La cité vaudoise est aussi le siège fiscal de la multinationale.

Derrière ce succès se trouve un Américain, Bracken Darrell. Directeur de Logitech depuis janvier 2013, cet ancien cadre de Whirlpool a recentré la société sur le design, les haut-parleurs mobiles et fait désormais entrer Logitech sur le marché de la maison connectée. Il a accepté de donner son point de vue sur l’évolution de la situation politique aux Etats-Unis.

Le Temps: Le président américain annonce une baisse de l’imposition pour les sociétés américaines. En quoi cela affecte-t-il Logitech?

Bracken Darrell: D’abord, il est clair que baisser les impôts pour les entreprises est une bonne chose, de même que la réduction de la bureaucratie. Mais Logitech est si petit que des changements économiques ou politiques ne nous affectent que marginalement. Par contre, les grandes entreprises américaines peuvent être beaucoup plus concernées par ce type de changements, par exemple une réforme de la fiscalité.

– La volonté de Donald Trump de bloquer l’entrée, aux Etats-Unis, à des citoyens de sept pays musulmans a suscité la colère des géants de la Silicon Valley. Comment vous positionnez-vous?

– D’abord, de manière générale, Logitech est en faveur d’une libre circulation, y compris des employés. Les Américains ne doivent pas oublier qu’ils sont quasiment tous des immigrés de première, troisième, quatrième génération… Je comprends la volonté des Etats-Unis de se protéger contre le terrorisme: mais ce n’est pas forcément, ainsi, la meilleure façon de procéder. D’autre part, ce serait prétentieux pour moi de dire que Logitech est affecté par cette décision: vu notre taille, et vu notre capacité à faire travailler des ingénieurs aussi dans nos centres de recherche en Suisse, en Irlande ou à Taïwan. Logitech n’a rien à craindre aux Etats-Unis.

– Le candidat Donald Trump voulait forcer Apple à fabriquer ses iPhones aux Etats-Unis. Craignez-vous de devoir déplacer vos usines de Chine aux Etats-Unis?

– Je ne peux répondre à votre question. Tout ce que je sais, c’est que toutes les sociétés technologiques seraient affectées de la même manière. Il n’y aura de toute façon pas de désavantage pour nous.

– De manière générale, comment jugez-vous les 100 premiers jours du président Trump?

– Il y a une différence entre ce qui est dit et ce qui est fait. C’est valable en politique, cela l’est aussi dans une certaine mesure en économie, où un directeur fait part de sa vision et tente ensuite de s’en rapprocher. Comme citoyen, je n’ai pas de carte de parti. Je ne suis pas d’accord avec tout ce qui est décidé à Washington mais Logitech s’adapte sans problème. Mon unique but est de faire en sorte que Logitech croisse sans cesse.

– Revenons à la Suisse. Le refus de la réforme fiscale RIE 3 par le peuple menace-t-il votre implantation à Lausanne?

– Pas du tout. Les Suisses parviennent toujours à de bonnes solutions, au final, et j’ai une totale confiance dans ce pays. Nous sommes très bien à Lausanne, nous apprécions tant notre taux d’imposition que nos liens avec l’EPFL, la qualité des ingénieurs, la stabilité politique que la qualité de vie. Nous attendons avec confiance de connaître le futur taux d’imposition qui sera valable dans le canton de Vaud.

– Craignez-vous qu’un géant de la technologie, ou à l’inverse une start-up, s’attaque à l’un de vos marchés?

– Logitech est actif sur avec vingt-deux catégories de produits différents, des hauts-parleurs aux accessoires pour jeux vidéo, en passant par les claviers pour tablettes. Nous sommes extrêmement diversifiés. Je ne vois pas un géant nous attaquer: il investirait beaucoup d’énergie pour un marché au final petit. La menace vient des start-up. Cinq ou dix personnes sont capables d’imaginer et de concevoir rapidement de nouveaux produits attractifs. Mais nous surveillons de près ce qui se crée. Et le cas échéant, nous rachetons des sociétés qui sont en avance sur nous ou ont quelque chose de vraiment différent à offrir (ndlr: Logitech dispose de 547 millions de dollars en cash).

– Qu’est ce qui pourrait menacer Logitech?

– De croire que les recettes qui ont fait notre succès seront toujours les mêmes. Il faut sans cesse nous remettre en question.

Lire aussi:

  • Comment le design a sauvé Logitech
  • Guerrino De Luca: «Voici comment Logitech a ressuscité»

monchange.ch

Les centres commerciaux suisses affrontent la peur du vide

Zalando, Amazon et Alibaba. Ce sont eux, aujourd’hui, les principaux adversaires du groupe Migros. Son grand patron, Herbert Bolliger, le dit ouvertement. Et de toute façon, plus personne ne peut l’ignorer. Ces nouveaux géants du commerce de détail grignotent chaque jour des parts de marché aux enseignes traditionnelles.

On connaissait les difficultés des petits commerces des centres-villes, concurrencés par le tourisme d’achat, par Internet et par les centres commerciaux installés en périphérie. Mais les habitudes de consommation ont changé et la donne a évolué. Les grands parkings gratuits et la concentration de boutiques ne suffisent plus, face au confort et au choix des plateformes d’e-commerce. Les centres commerciaux aussi, sont à la peine.

Jusqu’à 4 francs sur 10 dépensés en ligne

En 2015, les Suisses ont dépensé 7,5 milliards de francs sur Internet. Les magasins Bata, Switcher, Blackout ou, tout récemment, Yendi – autant de marques en péril ou en faillite – sont les victimes les plus visibles de ce phénomène. Et ce n’est sans doute pas terminé. Selon les prévisions de Credit Suisse, la part des achats en ligne pourrait doubler de 5 à 10% du total des ventes d’ici à 2022. Les segments les plus touchés sont et resteront l’habillement (27%) et l’électronique (38%).

Lire aussi:  Aux Etats-Unis, les «malls» se vident

Un dixième, un quart, peut-être bientôt un tiers des achats qui s’effectuent en ligne? Il y a de quoi vider les centres commerciaux d’une partie de leurs visiteurs. La situation suisse est loin d’être aussi grave que dans d’autres pays, comme en Europe de l’Est ou aux Etats-Unis, où l’on décompte des «malls» fantômes par dizaines. Pourtant, ici aussi, l’offre est pléthorique. En une dizaine d’années, le nombre de centres commerciaux a doublé. Il y en a aujourd’hui plus de 180 dans le pays.

Au centre Balexert, à Genève, les ventes ont reculé de presque 6% entre 2014 et 2015

«Ce qui est sûr, c’est que personne ne souffre d’une trop grande distance entre chez lui et un centre commercial, tranche Jan Tanner, le président du Conseil suisse des centres commerciaux (SCSC). Il faut être réaliste, même si la population augmente, il y a une certaine saturation.»

Selon , les chiffres d’affaires au mètre carré sont en recul presque partout. En 2015, seuls trois des dix plus grands centres de Suisse sont parvenus à conserver un chiffre d’affaires stable. Balexert, à Genève, n’en fait pas partie: les ventes y ont reculé de presque 6% entre 2014 et 2015.

«Il serait stérile de chercher à lutter contre ce phénomène inéluctable, il faut agir en conséquence», expose Damien Piller. Le président de la coopérative Migros Neuchâtel-Fribourg cite Le Shop et Digitec, des filiales qui permettent de «compléter l’offre traditionnelle». Il évoque aussi les 2500 «points de contact» de Migros en Suisse. «Ses magasins, ses fitness ou ses écoles-clubs sont un atout exceptionnel pour organiser un réseau de livraison.»

Coop n’est pas en reste avec Coop@home, mondovino.ch ou encore Microspot. D’ici à mai prochain, l’autre géant orange comptera 1100 points de relais dans le pays.

Lire ci-dessous: Ikea s’entoure de concurrents 

Dans le milieu, on appelle la fusion entre commerce physique et en ligne l’omnicanal. Et on ne jure plus que par lui, afin de conserver la clientèle, qu’elle soit en ligne ou en personne. Mais cette stratégie ne ramène pas les consommateurs dans les centres. Du coup, une autre tendance de fond est inéluctable, explique Jan Tanner: «Les espaces vacants laissent la place à d’autres sortes de commerces, comme la gastronomie. Pas les take away, des vrais restaurants». En moyenne suisse, chiffre-t-il, ces «vrais restaurants» occupent 5% de la surface des centres. Cette proportion pourrait finir par atteindre jusqu’à 30%, selon lui.

Une vague de surf artificielle

Et ce n’est qu’un exemple. De plus en plus, les centres commerciaux se transforment en centres de services. L’éventail s’étend du basique – une connexion wi-fi – à des initiatives plus inédites. Une vague de surf artificielle ou des conseillers en relooking seront disponibles dès l’ouverture, en novembre prochain, du Mall of Switzerland à Ebikon, près de Lucerne.

Entre les deux, la palette est très large. Si Westside, à Berne, résiste mieux que d’autres, c’est parce qu’il est accolé à un parc aquatique et à des bains thermaux. A Avry, dans le canton de Fribourg, on ira encore plus loin. A quelques mètres du centre commercial érigé en 1973, un nouveau projet à 200 millions de francs sera inauguré en 2020. Une véritable zone de loisirs qui abritera des restaurants, une piscine, une école-club Migros, un fitness, des cabinets médicaux et des salles de cinéma. «Et différentes autres activités qui feront vivre cet endroit au-delà des heures d’ouverture», ajoute Damien Piller.

Quelle que soit la variante, l’objectif ne change pas: faire revenir les chalands et les convaincre de rester aussi longtemps que possible, eux et leur porte-monnaie.


Peu importe si les concurrents sont là aussi. C’est même mieux. «Cela permet de créer une sorte de pôle local pour tout ce qui concerne les fournitures de la maison», explique Alessandro Lamon, responsable d’Ikea Centers pour l’Italie et la Suisse. Il n’est donc pas rare de trouver dans les Ikea Centers des marques comme le français Maisons du monde.

Les Ikea Centers? Rien à voir avec les magasins d’ameublement du groupe suédois, Ikea Retail. C’est une autre entité du même groupe qui gère des centres commerciaux, principalement en Europe, mais aussi en Russie et en Chine.

Un meilleur environnement

Les deux sociétés sont distinctes – le siège suisse d’Ikea Retail est à Spreitenbach (AG), celui d’Ikea Centers à Aubonne –, mais «nous partageons les mêmes valeurs, les services marketing et ressources humaines sont partagées», explique Alessandro Lamon. Et l’un travaille au bénéfice de l’autre: «Notre mission est de créer un meilleur environnement commercial pour Ikea Retail en augmentant le nombre de visiteurs.»

En Suisse, Outlet d’Aubonne et le centre commercial de Lugano en font partie. Le troisième centre, à Rothenburg, a été mis en vente. «Le groupe se défait des centres commerciaux trop petits ou pas directement intégrés à Ikea Retail.»

Ikea Centers emploie 17 personnes en Suisse. En ajoutant le personnel des commerces, les services liés (nettoyage, sécurité) et les employés d’Ikea Retail, «l’écosystème compte environ 1400 employés», calcule Alessandro Lamon. Le centre de Lugano a généré un chiffre d’affaires de 85 millions de francs et celui d’Aubonne de 65 millions en 2016, année où près de 5 millions de personnes ont visité l’un de ces sites.

L’exemple d’Amazon

Le défi d’Internet se pose aussi. «Nos centres doivent être des espaces de rencontres où les gens se rendent quotidiennement», poursuit le responsable. La stratégie consiste à intégrer des cliniques dentaires ou médicales, des postes, des banques, des écoles de langues, des restaurants, des fitness. «Et plus seulement des cinémas ou des bowlings», explique-t-il. Enfin, le groupe parle d’un «concept à 360 degrés», où le client peut acheter sur le Web ou dans un magasin, se faire livrer ou aller chercher sur place. «Le fait qu’Amazon, champion de la vente en ligne, ait décidé d’ouvrir des magasins physiques montre bien que les deux peuvent coexister», conclut-il.

(Mathilde Farine)

monchange.ch